Animal Kingdom : la loi du plus fort

02/01/12 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Quelque part dans la banlieue de Melbourne. La famille Cody – Smurf et ses trois fils, des criminels endurcis – règne sur le quartier. L’irruption parmi eux du jeune Joshua, le neveu des frères Cody, offre à la police le moyen de les infiltrer. Il ne reste plus à Joshua qu’à choisir son camp…

A sa sortie, Animal Kingdom a fasciné les critiques, qui ont immédiatement crié au chef d’œuvre, et auréolé David Michôd du titre de réalisateur scorsesien. Il est temps, alors que le film existe désormais en DVD, de rétablir certaines vérités à son sujet : non, Michôd n’est pas le fils spirituel de Scorsese – ça n’est pas parce qu’on affiche un faible pour les ralentis qu’on peut se prétendre élève du grand Martin. Il est en fait le petit cousin naturel de James et James, Gray et Foley. Ce qui, en tout cas pour le premier, oblige Michôd à mettre la barre très haut.

Un premier film qui connaît ses classiques

On n’a pas fini d’entendre parler de cette fameuse “maîtrise” qui fait de David Michôd un petit surdoué : chez James Gray, elle est entérinée. Mais ici, on parle d’un premier film, ce qui force encore plus l’éblouissement. C’est sans doute ce qui a leurré la critique, tellement admirative face au travail accompli qu’elle a souvent oublié de dénoncer une propension au plagiat, pourtant flagrant dés les toutes premières minutes du film, et cette scène d’ouverture magistrale où on découvre le protagoniste, Josh. Alors que sa mère agonise à ses côtés, le jeune homme tourne le dos à sa tragédie personnelle en ne quittant pas des yeux le poste de télévision, tandis que les pompiers tentent de ranimer la victime. Cette première mort va en appeler d’autres, au sein de cette famille où Josh, monstre d’innocence confronté à une tripotée d’oncles criminels, va inévitablement payer au prix fort son passage à l’âge adulte. Dominés par l’amour quasi incestueux que leur porte leur mère – Mamie Smurf, campée de façon impressionnante par Jacki Weaver,  nommée aux Oscars pour ce rôle – les frères Cody donnent à leur neveu un rôle déterminant dans une virée au cours de laquelle deux policiers sont assassinés. Un inspecteur (le toujours irréprochable Guy Pearce) veut coincer la famille Cody, et tente de faire parler le jeune homme, désormais suspecté de haute trahison par la fratrie.

Pourquoi le nier ? L’australien David Michôd sait filmer comme personne. Ou plutôt, comme James Gray. Les mêmes accents tragiques, les mêmes déchirement familiaux, la même noirceur dans le propos et à l’image, les magnifiques contre-jours, la musique aux accents de requiem, la même obsession pour la vie privée des criminels. Ici, Michôd semble vouloir rendre hommage au sublime Little Odessa (dont le héros s’appelait… Joshua), et y parvient si bien que le moindre de ses plans transpire le cinéma de James Gray. C’est bien là le problème : on peut difficilement reprocher à Michôd de ne pas faire correctement son travail, tant le résultat frôle souvent la perfection. Mais à trop vouloir citer les grands, le film y perd de sa dimension personnelle, là où il affiche pourtant clairement ses intentions : dépeindre le milieu criminel de Melbourne – une entreprise jusqu’alors inédite. Difficile aussi de ne pas songer au très beau (et unique bon) film de James Foley, At Close Range (Comme un Chien Enragé, 1986), où Christopher Walken en père indigne, et Sean Penn en fils indigné, se renvoient les balles avec un magnétisme confondant. Un grand film culte, auquel le scénario d’Animal Kingdom doit à peu près tout.

Filmer la violence, oui, mais avec élégance

Chaque auteur crée ses propres précurseurs, écrivait Borges. En rendant hommage de si belle manière, à nombre de modèles, David Michôd sacrifie son propre savoir-faire, qu’on devine énorme. Au final, ce sont donc les originaux, et pas la copie, qui en ressortent grandis. Beaucoup de Gray et un peu de Scorsese dans la forme, du Foley dans le fond… L’impression de déjà vu terrasse celle d’assister à l’éclosion d’un réalisateur hyper-doué. Étonnamment, c’est donc son manque de défauts qu’on reprochera à Animal Kingdom, ce qui est assez rare pour qu’on prive tout cinéphile qui se respecte de le découvrir. De la très, très belle ouvrage, en somme, mais dénuée de cette touche d’authenticité et de maladresse qui rendent souvent les premiers films inestimables.

Animal Kingdom, de David Michôd, avec Guy Pearce, James Frecheville, Jacki Weaver, Ben Mendelsohn, Joel Edgerton. En DVD et Blu-Ray le 3 janvier chez ARP Sélection.

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3 commentaires

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