At li Layla d’Asaf Korman – Quinzaine #Cannes2014

31/05/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

ait li layla afficheLa Quinzaine présente : le deuxième film israélien de sa sélection, sur un sujet encore différent de tout ce qui a été présenté.

Home-invasion movie

Chelly s’occupe de sa sœur handicapée Gaby. Quand elle travaille, Gaby, laissée seule, fait un boucan monstre que les voisins ne supportent plus. Pour éviter les services sociaux, Chelly place Gaby dans un centre. Elle se rapproche aussi de Zohar, nouveau collègue, bien décidé à la séduire et à se faire une place dans la vie des deux sœurs.

Asaf Korman et Liron Ben-Shlush (Chelly), livrent ici un scénario modeste dont le déclencheur (la tierce personne) et l’issue (les visages en pleurs) sont assez attendus. Leur trouvaille, c’est le lieu. Le film possède quelques extérieurs certes, mais se déroule essentiellement dans l’espace confiné de l’appartement. Un deux pièces plutôt terne, dont les sœurs se servent comme d’un studio, dormant enlacées dans le canapé, tandis que la chambre fait office de débarras. Dans ce salon résident tous les enjeux de leur relation, se posent toutes les questions de leurs intimités. Gaby ne peut ni manger ni se laver seule. Chelly porte et puise dans sa sœur toute l’attention que son dévouement lui empêche de trouver ailleurs. L’interdépendance est à son apogée, l’inceste psychologique, non consommée. Quand le centre s’occupe de l’handicapée et Zohar de la valide, quand il suggère de réaménager la chambre, d’élargir le champs des possibles, il se heurte à la résistance de l’être aimé. Zohar, pourtant, ne juge pas, homme admirable comme il en existe peu dans la réalité. Asaf Korman (monteur – entre autre – de Jaffa de Keren Yedaya) filme ses personnages de près, les femmes surtout, leurs mouvements répétitifs, et les regards que chacun(e) pose sur l’autre dans ce nouveau trio. A ce titre, l’appartement joue aussi son rôle devant sa caméra : ses entrebâillements des portes, sa profondeur, les arrières-plans.

La force du film, quant à elle, c’est la justesse, la puissance des œillères cristallisée par cette intrusion. Chelly a pris l’habitude de se priver de ce qui est bon pour elle, supposer de ce que préférerait Gaby – à tort ou à raison – quitte à leur refuser à toutes les deux les libertés de leur vingtaine. Une habitude aussi : les gestes de soin qu’elle lui procure, que Liron Ben Shlush calque sur ceux qui étaient jadis les siens. L’actrice et co-scénariste d’At Li Layla (par ailleurs compagne du réalisateur) s’est en effet inspirée de sa propre vie, de ce qu’elle aurait pu être si elle avait choisi le sacrifice au lieu du cinéma, pour s’occuper de sa sœur handicapée. Avec qui Dana Ivgy (Gaby) a d’ailleurs passé un certain temps pour modeler son jeu – bluffant. Une affaire de famille presque, de relations professionnelles chargées d’émotion, d’empathie et de partage pour un film qui s’en ressent.

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