Avé : les vies les plus vraies sont celles que l’on invente

22/11/12 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Le cinéma bulgare provoque assez peu (ou pas du tout) de remous médiatiques lorsqu’il parvient, tant bien que mal, à faire passer à ses longs métrages la frontière locale. En 2009, on avait aimé Eastern Plays, de Kamen Kalev, joli portrait d’une jeunesse désenchantée à Sofia. Entre ce film-là et celui de Konstantin Bojanov, Avé, il existe une filiation, un trait d’union, malgré des sujets et des atmosphères profondément antithétiques : le jeune acteur Ovanes Torosyan, dont la démarche dégingandée et le regard bleu immense servent un personnage, Kamen, qu’on va suivre de la première à la dernière séquence, dans les véhicules qui voudront bien l’emmener dans le nord du pays. Là bas, il va enterrer l’un de ses amis. Autant dire que Kamen n’est d’humeur à rien. Surtout pas à supporter Avellina (Avé), qui le rejoint au bord de la route, le pouce à l’air. De voiture en voiture, Avé endosse mille vies, et entraîne Kamen dans ses fantasmagories. Tour à tour frère indigne, petit ami pervers et cadet dévasté d’un soldat mort en Irak, Kamen devient le spectateur / acteur sidéré et furieux des spectacles improvisés par la sangsue mythomane qui lui colle aux basques.

Inutile de préciser que tout l’enjeu est de savoir si Kamen va céder au charme d’Avé. Mais au-delà de la simple rencontre entre deux adolescents que tout oppose – lui, renfrogné et peu avenant. Elle, lumineuse et pleine de grâce – Avé nous mène loin, dans cet ailleurs auquel la jeunesse aspire au moment où tout va mal, et où l’âge adulte arrive, avec son attelage d’épreuves. Le road-movie, parsemé de rencontres délicieuses ou inquiétantes, laisse alors place à un moment de répit, où dans un ultime mensonge, Avé se fait passer pour la fiancée de Vikki, l’ami décédé de Kamen, pour apaiser la famille en deuil. Il est permis d’y voir un instant de méta-cinéma, où la conteuse personnifie l’idée que le cinéma est un tissu de mensonges destinés à illuminer l’écran de nos vies. Cette scène justifie qu’on aille goûter à la magie offerte par un réalisateur élève de la Beat Generation, et par deux acteurs à la miraculeuse alchimie.

Avé, de Konstantin Bojanov : en DVD depuis le 20 novembre.

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