Aya de Yopougon : la bonne humeur adaptée

17/07/13 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

Aya

On avait aimé la bande dessinée, ils en ont fait un film d’animation. Ils, ce sont Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, respectivement scénariste et dessinateur de la série Aya de Yopougon. Le film d’animation, sorti le 17 juillet, couvre les deux premiers tomes avec une extrême fidélité.

Aya est une jeune ivoirienne de 19 ans qui vit à Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan. Très intelligente et ambitieuse, elle contraste avec ses deux meilleures amies, Adjoua et Bintou, qui aspirent surtout à faire la fête et un bon mariage. L’histoire se corse lorsqu’Adjoua tombe enceinte. L’option de la « dame qui enlève les grossesses » est coûteuse et surtout dangereuse, elle devra faire face à la colère de son père Hyacinthe. De son côté, Aya doit composer avec les ambitions professionnelles de son père et lui faire accepter qu’elle préfère les études à la recherche d’un mari.

« Nous, les Ivoiriens, avons cette fâcheuse tendance à rire de choses qui ne sont pas drôles, y compris de la mort ». Cette phrase de Marguerite Abouet résume l’atmosphère qui règne dans Aya. Tout concourt à établir une ambiance légère : les couleurs, le graphisme, l’accent chantant et les musique rythmées de groupes africains. Si bien que le spectateur se prend à sourire de situations graves.

Loin du misérabilisme que le continent africain traîne comme un boulet, Aya de Yopougon montre le quotidien et les préoccupations des habitants du quartier d’Aya, pas si différentes de celles qui prédominent sous nos latitudes. Il casse des clichés, comme celui de la femme soumise, et montre comment les grandes firmes ivoiriennes singent celles des sociétés occidentales, « un héritage de la colonisation », d’après Marguerite Abouet.

aya-de-yopougon-filmSi on a aimé le BD, on aimera le film, c’est incontestable. Les visages des personnages et les décors sont les mêmes que dans la BD, et le dessin, même s’il est plus détaillé et plus léché dans le film, est lui aussi fidèle. Quant aux dialogues, on retrouve ceux de la BD, presque à la virgule près. On pourra le regretter ou au contraire s’en réjouir. Le choc n’est pas le même que lorsqu’il s’agit d’un roman adapté au cinéma. Le visuel est déjà connu, restent l’aspect sonore et l’animation. Comme pour les musiques, Marguerite Abouet a selectionné elle-même les « voix » du film. Elle s’est attachée à choisir des personnes aux accents de divers pays d’Afrique. On retiendra l’exemple de l’actrice Aïssa Maïga qui a vécu au Sénégal jusqu’à l’âge de 4 ans et interprète la voix d’Aya. Le résultat est convaincant : que ce soient les voix ou la gestuelle des personnages, elles collent parfaitement à ce que la BD laissait imaginer. Hormis ces adaptations indispensables, les auteurs ont ajoutés un bonus cinématographique : des spots publicitaires ivoiriens authentiques. Le film démarre par l’un d’eux si bien qu’il laisse le spectateur perplexe quelques secondes : « c’est pas un film d’animation en fait…. Ohlala j’ai encore rien compris… ». Ces spots d’époque sont une bonne surprise. Ils contribuent à montrer une facette légère et matérialiste de la société ivoirienne.

Pour ceux qui n’ont pas lu la BD, le film est l’occasion de découvrir Aya. Le vocabulaire et les tournures très imagés du français ivoirien pourront toutefois donner un peu de fil à retordre au novice durant les premières minutes – le « petit lexique » présent à la fin de chaque tome de la BD étant difficilement consultable au cinéma.

La BD est actuellement constituée de six tomes, seuls les deux premiers ont été adaptés. Si le succès est au rendez-vous, une suite pourrait bien voir le jour. Chez Envrak, on espère que ce sera le cas car celui qui a lu les six tomes reste un peu sur sa faim.

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