Beginners : destins croqués

02/06/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

En matière relations humaines, nous sommes tous débutants. Autant vous la faire tout de suite, c’est l’idée de base du film, sa note d’intention, celle qu’on verra partout après la sortie de Beginners, le 15 juin au cinéma. Ce qu’on lira moins dans la presse française, professionnelle ou amateur, c’est le mot quirky, désignation d’un (sous) genre utilisée dans la presse anglophone. En France, on appelle ça grossièrement la comédie “indé”, dans laquelle se rangent Little Miss Sunshine, Away We Go ou encore les films de Wes Anderson. Le premier long-métrage de Mike Mills, Thumbsucker (Age difficile obscur) y trouve sa place comme son second, qui en a les caractéristiques, les qualités et les défauts.

Dans la famille indé, je voudrais la situation familiale insolite. Hal sort du placard à 75 ans. Ses débuts dans la communauté homosexuelle sont aussi l’occasion pour lui de revivre sa jeunesse. Oliver, son fils, prend la nouvelle avec apathie. Bonne pioche chez les quirky où les personnages se veulent tout en retenue bien qu’excentriques. Quand Hal meurt des suites d’un cancer, Oliver fait les premiers pas d’une vie endeuillée, plonge dans une mélancolie, propre à notre sous-genre où la créativité a aussi part belle : ici, le héros est illustrateur. Oliver rencontre alors Anna, pour une comédie romantique originale et sans éclats. Famille.

Il y a donc du chocolat dans ce gâteau au chocolat. Si utiliser les ingrédients d’un genre ne gâche jamais un film, se reposer sur la recette le peut. Mike Mills y échappe uniquement grâce à sa touche autobiographique et un équilibre dans les codes qui évite les gros sabots. Calqué sur celui de son propre père à la mort duquel il a écrit le scénario de Beginners, le parcours d’Hal semble authentique autant qu’atypique. La sincérité se dégageant de leur amour filial tait toute mauvaise foi – il y en avait – face à un film dont le décalage fait argument. Lui-même dessinateur, Mike Mills distille ses bons concepts graphiques qui, si ils ne réussissent pas à la vie professionnelle d’Oliver (douce ironie), donnent chair au personnage et charme au récit. Les photographies d’archives cadencent le montage, les slogans historiques replacent le contexte, le tout se veut générationnel et griffé.

L’identification ne suit cependant pas : l’intime peut être hermétique et l’hétérogénéité du rythme laisse au spectateur le temps de décrocher. Hal et Oliver, l’un brossé en relief, l’autre en creux, incarnés avec talents, se découvrent au gré des souvenirs et non de l’action narrative. Ce passé nourrit le présent de la romance, fictive elle, moins réussie aussi. La faute au caractère peu palpable d’Anna, à laquelle on s’attache uniquement par chauvinisme (pour une réplique en français, sisi). Muette à leur rencontre, Mélanie Laurent dialogue peu, appuie son jeu sur le minaudage auquel elle excelle, et s’avère complémentaire d’Ewan McGregor, à l’interprétation plus modérée. Leur complicité ne transpire pas à l’écran mais fait écho à celle des deux hommes. L’histoire d’Oliver et Anna, aussi centrale soit-elle, officie comme loupe, miroir ou prétexte pour tout ce qu’il y a à dire et construire à côté. En basant son film sur un triangle de personnages, ou deux duos et un chien à l’humour intelligent, Mike Mills puise plutôt sa force dans une nouvelle trinité : le père, le fils, et le trait d’esprit.

De Beginners, on retient au final la fraicheur, pas le propos. Une vague impression de richesse dans les idées, de soin dans la réalisation, sans en tirer de leçon. Hal s’adapte et vit quand Oliver subit. Les débutants devraient donc s’affranchir pour aller de l’avant, se délester de toute nostalgie. On suit si Mike Mills laisse son deuxième long derrière lui pour un troisième plus durable que touchant.

Beginners de Mike Mills, sortie en salle le 15 juin.

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