Blood ties : Canet trop ambitieux ?

28/10/13 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

blood ties
New York, 1974. Chris, la cinquantaine, est libéré pour bonne conduite après plusieurs années de prison pour un règlement de compte meurtrier. Devant la prison, Frank, son jeune frère, un flic prometteur, est là, à contrecœur. Ce ne sont pas seulement des choix de « carrières » qui ont séparé Chris et Frank, mais bien des choix de vies et une rivalité depuis l’enfance. Leur père Léon, qui les a élevés seul, a toujours eu pour Chris une préférence affichée, malgré les casses, la prison… Pourtant, Frank espère que son frère a changé et veut lui donner sa chance : il le loge, lui trouve un travail, l’aide à renouer avec ses enfants et son ex-femme, Monica. Malgré ces tentatives, Chris est vite rattrapé par son passé et replonge. Pour Frank, c’est la dernière des trahisons, il ne fera plus rien pour Chris. Mais c’est déjà trop tard et le destin des deux frères restera lié à jamais.
 
L’expérience Hollywoodienne, pour les réalisateurs français qui tentent l’aventure du rêve américain, est parsemée d’échecs notoires face à un box office rarement satisfait, dont Mathieu Kassovitz et le bide retentissant de ‘Babylon A.D”(2008) est devenu un cas d’école, immortalisé par “Fucking Kassovitz”, un making-of pas piqué des vers. De là à dire que tous les metteurs en scène Français se cassent les dents au Pays de l’Oncle Sam est une fausse vérité. L’industrie cinématographique américaine, après avoir fait un tour en Asie pour “draguer” les esprits créatifs (John Woo, Ringo Lam…) s’oriente  depuis bien une décennie a employer du cinéaste made in France : Aja, Leterier – devenu grand habitué des Blockbusters – Gondry, Delpy… dernièrement Arnaud Desplechin avec Jimmy P. Percer, ou du moins pouvoir sortir des eaux troubles avec son projet, implique cependant des compromis : ils doivent accepter de ne pas être les seuls maîtres à bord. Face aux réalisateurs siègent une pléthore de producteurs qui suit chacune des décisions : de quoi sévèrement compliquer la liberté artistique. Sans compter qu’une fois la caméra prête à filmer, le réalisateur découvre des méthodes de travail sur le plateau presque ubuesques. Michel Gondry à en a fait les frais face à la machine Sony lors du tournage de  The Green Hornet, luttant pour que ses idées soient un minimum acceptées.  Guillaume Canet, sur ce sujet, a essuyé plusieurs montées de stress : désistement de l’acteur principal (Mark Walbergh) à deux mois du tournage, difficulté de dialogue avec les acteurs à cause de  la langue… Et donc, passé l’onirisme factice  d’avoir traversé de l’autre côté du miroir Hollywoodien, que reste t-il de ce premier exercice  pour le réalisateur bankable  de Ne le dis à personne et Les petits mouchoirs  ?
Blood ties Cotillard

Les frenchies à Hollywood, ça passe ou ça casse

Et bien Guillaume Canet, comme Tintin, découvre l’Amérique avec son premier long-métrage tourné en anglais aux États-Unis. Soit une adaptation du film de Jacques Maillot, Les liens du sang, d’après le récit des frères Papet.  Bruno le flic, Michel le truand, qui se sont couru après pendant des années. Canet, dans le film original, interprétait le rôle du flic, face à François Cluzet dans le rôle du voyou. Le réalisateur  déménage l’intrigue à Brooklyn en 1974, et souhaite donner à sa copie la veine du Nouvel Hollywood cher aux années 1970, celui de l’âge d’or des réalisateurs audacieux et novateurs (Cassavetes, Scorsese, Coppola, Friedkin, Lumet, Cimino…)  et dont l’empreinte est encore indélébile. L’hommage de Canet est donc lourd à porter, malgré l’atout d’un James Gray à la place (du mort ?) du co-scénariste (qui mieux que lui d’ailleurs pour écrire sur les problèmes de frangins ?) et d’un casting impressionnant :  Clive Owen, Billy Crudup, Matthias Schoenaerts, Zoe Saldana – qui crève l’écran par son magnétisme – James Caan, figure du cinéma seventies, Mila Kunis et… hélas : Marion Cotillard.

Là, ça passe pas

Cotillard a beau baragouiner en plusieurs langues (Italien, Espagnol, Anglais), jouer une pute tenancière de bordel camée jusqu’à l’os, rien n’y fait, ça ne passe pas.
Les autres acteurs sauvent  comme ils peuvent le film. Blood Ties se traîne (2h24 quand même) : malgré une bonne mise en scène (on sent un gros travail sur les plans, les mouvements de caméra…) c’est sur un rythme d’escargot que s’enchaînent les scènes sans relief et sans surprises, mais truffées de bavardage anodin à vous plomber d’ennui – n’est pas Tarantino qui veut. L’adrénaline n’est injectée que par petit coups, dès l’ouverture du film (plutôt réussie), dans l’attaque du fourgon à la Michael Mann, ou lors du dénouement mené tambour battant. L’ensemble pique les yeux par sa photographie instagramienne (la scène – inutile – sur la plage avec Billy Crudup et Zoe Saldana… notre œil gauche souffre encore) et il ne reste plus qu’à attendre les intermèdes musicaux d’une bande originale pop, pour souffler un bon coup.  Au final c’est un projet  trop ambitieux pour les épaules de Guillaume Canet. Le film peine à convaincre, et ce qui devait être un bel hommage sincère au cinéma américain d’antan, qu’affectionne le réalisateur, devient presque anecdotique.

Blood Ties, de Guillaume Canet, avec Clive Owen, Billy Crudup, Zoe Saldana, Mila Kunis, Marion Cotillard, James Caan… Dans les salles le 30 octobre 2013.
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