Blue Valentine : le meilleur et le pire

16/06/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

C’est quoi qui fait tenir un couple ?
Peut-on survire à la routine ?
C’est quoi être un couple ? Se regarder dans le blanc des yeux ou regarder dans la même direction ? Doit-on marcher du même pas ?
Et le désir, bordel !
Les histoires d’amour finissent mal… en général.

Attention : couples dysfonctionnels, n’allez pas voir ce film, il y a de grandes chances que vous n’y surviviez pas. Amateurs de cinéma, allez voir ce film stupéfiant de vérité qui met deux âmes à nu. Couples et amateurs de cinéma : vous êtes dans la merde ! Ryan et Michelle* se sont aimés, avec toute l’ingénuité de leurs 20 ans. A 30 ans ils tentent de se souvenir de ce qui les a rapprochés, comme deux étrangers qui auraient rigolé ensemble en partageant le même taxi un soir de cuite.

Michelle et Ryan, comme n’importe quels amoureux, se sont fait des promesses : de celles qu’on lit dans les yeux qui pétillent et le ventre qui papillonne (indicibles, donc forcément traîtresses). Michelle était contente de trouver un gars qui savait la faire rire en jouant de l’ukulélé. Ryan n’avait pas beaucoup d’ambition, sinon d’être gentil avec sa belle.

Si les jeunes écoutaient les vieux, si Michelle avait pris exemple sur son père et sa mère (“Tu veux vraiment que je mange cette merde ?“), si les filles écoutaient leurs mères (“Je t’avais prévenue…”) on aurait moins de divorces mais moins de bébés aussi, et on s’ennuierait grave. Certains vous diront que ça ne se passe pas toujours comme ça, que de toute manière les corps se fanent, qu’on peut rester ensemble même débarrassés du joug judéo-chrétien, même quand les enfants ont grandi, simplement parce qu’on continue de briller dans les yeux de l’autre – et surtout parce qu’on a des choses à se dire. D’autres vous diront que l’amour est une invention des poètes, qu’il dure 3 ans (ou 7 maxi), que nous sommes programmés pour la nouveauté, et qu’il n’y a pas de mal à zapper (abonnements à Meetic ou mieux : Gleeden, le Meetic des infidèles), qu’on peut compléter l’autre par un autre, et qu’on a qu’une vie.

Largement improvisé par ses deux acteurs principaux, Blue Valentine est ce que le couple et ses ruptures a rendu de plus cinégénique depuis Eternal Sunshine of the spotless mind et Conversation(s) avec une femme. Il y a cette scène stupéfiante, dans une chambre d’hôtel miteux, la “chambre du futur” (déco an 2000 tel qu’on l’imaginait dans les années 70, avec lit qui tourne sur lui-même). Ryan et Michelle tentent de se donner une seconde chance. Deux corps autrefois impatients, aujourd’hui étrangers malgré les bouteilles d’alcool bon marché. Autour d’eux des barrières invisibles : celles du temps, de l’usure, et du désir qui se refuse.

Déménageur ou peintre en bâtiment, il n’a jamais été un chevalier servant. Elle est peut-être trop exigeante, éternelle insatisfaite. Patiente, mais insatisfaite.

Qu’est-ce qui fait et défait un couple ? C’est quoi l’amour ?

C’est tout ça que filme Derek Cianfrance, avec une âpreté et une justesse qui démontre que de bons acteurs sont les meilleurs effets spéciaux au cinéma, et ce malgré une certaine complaisance dans la caméra tremblotante labellisée Sundance. Oscar d’honneur pour Michelle Williams. Michelle, on t’aime. Cette nana peut tout jouer à la perfection : le rire, le grain de folie, l’insouciance, l’espoir ; mais aussi la lassitude, la fatigue, la gueule de bois, le corps qui s’offre mais qui dit non, sans que la caméra aie besoin de faire grand chose. Gosling est génial dans un rôle qui lui demande de vieillir de 24 à 30 balais, du prolo magnifique (et bon père sinon bon mari). Qu’on y réfléchisse, et c’est beaucoup moins évident que de grimer quelqu’un pour lui donner des apparences de vieillard.

Le secret du film obligera à prendre parti pour Ryan ou Michelle. La conclusion est bouleversante et remet la balle au centre. Un superbe film-miroir.

* En vrai, leurs personnages s’appellent différemment, mais ils sont si bons, si habités dans leur rôle qu’on se devait de le souligner. Trois fois.

Blue Valentine, de Derek Cianfrance, avec Michelle Williams et Ryan Gosling, en salle depuis le 15 juin.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire