Antichrist de Lars Von Trier

09/06/09 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Un couple perd son enfant laissé sans surveillance en pleins ébats amoureux. Le mari, psychiatre, entreprend de soigner la douleur de sa femme dans une cabane au fond des bois dénommés “Eden”.

Antichrist est un film qui secoue à divers degrés : selon sa capacité à se laisser subjuguer très vite par la mise en scène et l’image, magnifiques, selon sa capacité de résistance à certaines scènes choc, selon ce que l’on sait du cinéma de LVT et de ses démons, misogynie en tête. Antichrist demande l’abandon, le sérieux, l’analyse. Film anti-câlins par excellence, il est néanmoins fortement recommandé d’aller le voir en couple. Il exige de se confronter à ses représentations du sexe opposé, et aux diverses interprétations des deux personnages. Un petit débat avec sa moitié autour d’une bière sera salutaire.

La descente aux enfers d’un couple reclus au fond des bois, ou comment une thérapie de deuil se transforme en manifeste mystico-religieux sur l’hystérie féminine. Une chute du Paradis qui peut se lire de plusieurs niveaux selon la chronologie que l’on se fait des événements.

Le personnage d’Elle est-il condamné par la mort de son enfant ou par des péchés plus anciens, voire archétypaux ? Ou bien est-ce l'”Eden” pourri qui la fait basculer dans la chute ? L’Antichrist est-elle la femme, ou l’enfant qui en mourant ne fait du sexe que douleur, chagrin et désespoir ? Un peu de tout ça : la perte de l’enfant réactive des choses très anciennes et très fragiles, que le lieu ne fait qu’amplifier.

Lui est la rationalité, la solidité – l’arrogance diront certains. Elle est la sensibilité, l’inconstance, un réceptacle d’émotions à cœur ouvert. Entre eux deux, une nature perverse, païenne – et magnifiquement filmée – de celles célébrées dans les grimoires de sorcières, la nature qui meurt et se renouvelle tout en nous renvoyant à notre propre finitude. Un poison pour le cerveau d’Elle, qui déplace le problème de la perte de l’enfant sur le plan de la psyché féminine : perverse, hystérique, intrinsèquement mauvaise – d’après Lars Von Trier.

Il faut voir le personnage d’Elle comme la somme de Selma (Dancer In the Dark), Grace (Dogville), Beth (Breaking the Waves), Antichrist comme le travail de catharsis d’un réalisateur qui a un problème avec la femme et prend ses démons à bras le corps. Écrit en pleine dépression, Antichrist ne suggère ici rien de moins que la femme soit brûlée sur le bûcher pour que l’homme puisse se relever. C’est aussi l’histoire d’une rédemption d’ignobles pêchés anciens, et de libération de toutes les femmes.

Pour explorer ces pistes – destinées à lancer le débat et non le clore ici – il faudra accepter de se laisser porter par sa rudesse, sa beauté froide – qui l’approche du film d’épouvante – ses acteurs majestueux.

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark – chez la femme – dans la Nature – dans le monde – dans le cinéma de Lars Von Trier (rayez la ou le(s) mentions inutiles). Mais quel cinéma !

Lire aussi notre dossier Lars Von Trier.

Photos Zentropa Entertainment

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Pas de commentaire

    Elise  | 10/06/09 à 11:19

  • rien que ton article m’a dejà fait froid dans le dos…Mais en tout cas je vais aller le voir tres bientot c’est certain!

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