David Fincher, à fond la forme ?

15/01/09 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Certes, tout le monde n’a pas la chance, comme Benjamin Button, de naître avec un corps d’octogénaire atrophié et de mourir en portant des couches. Mais mis à part ce chemin en contre-sens, le héros n’est rien d’autre qu’un pantin passif de la première à la dernière image du film. Tiré d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, le nouveau David Fincher, L’étrange histoire de Benjamin Button sort en salles le 4 février.

Né en 1918, l’homme traverse le XXe siècle en voyageant, témoin simplet et naïf des grands évènements de l’Histoire. Sa vie est une succession de miracles et de moments fabuleux, extraordinaires, inouïs (continuer avec n’importe quel adjectif dithyrambique). Tout devient prétexte à montrer le caractère quasi-mystique de son parcours. Sauf que le spectateur s’en moque, gagné par l’ennui dès la première séquence, interloqué par la niaiserie et la lenteur du scénario, agacé par le jeu éthéré de Brad Pitt (que Fincher dirige pour la troisième fois) et les minauderies de Cate Blanchett.

Benjamin Button lorgne du côté de Forrest Gump de Robert Zemeckis pour l’ambition – le même scénariste, Eric Roth, est derrière les deux longs métrages – et de L’homme sans âge de Francis Ford Coppola pour la prétention. Le film de Fincher suinte, à chaque plan, d’un ego hypertrophié. De Se7en à Zodiac, le cinéaste arrivait à nous surprendre (presque) à chaque fois, plutôt dans le bon sens. Certains ont cependant pu lui reprocher une virtuosité technique gratuite dans ses précédentes réalisations.
Formaliste, le réalisateur américain l’est sans nul doute. Mais avec L’étrange histoire, il s’attache davantage au fond (une série de clichés du type « qu’importe le sens dans lequel va la vie, du moment qu’on la vit pleinement ») qu’à la forme (à part deux-trois scènes, notamment celles où apparaît Tilda Swinton –toujours impeccable). Aux plan-séquences mémorables de Panic Room ou à la photographie léchée de Fight club succède, avec ce film, une esthétique de pacotille et papier mâché. Ce qui importe ici, c’est le plaisir de raconter une Histoire avec un H majuscule. Pour un cinéaste de sa trempe, le défi de porter sur grand écran un tel projet était, a priori, excitant… mais Fincher a vu trop grand.

Si c’est bien le récit qui est au coeur de Benjamin Button, il se fait au détriment d’un regard, de véritables choix de mise en scène, d’une vision. Il n’y a aucune saveur dans ce fourre-tout indigeste, ce pot-pourri où s’enchaînent les moments de vie juxtaposés chronologiquement sans que se dégage une réelle structure narrative qui donnerait du souffle et de la cadence au film. Celui-ci s’embourbe dans la naïveté et la fadeur de son héros.
Pour la même durée, 2h40, on regrette le précédent Zodiac où le spectateur était maintenu en haleine avec une intrigue quasi-inexistante. Le film fonctionnait par la seule force du style de son metteur en scène, et de cela Fincher ne devrait rougir. Il est meilleur quand il ne dit rien, mais qu’il le dit bien.

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