Les gremlins atomisent les fêtes de Noël

18/12/10 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

Il neige à Kingston Falls. Dans les maisons, où les tourne-disques envoient des décibels de mièvreries de saison, les familles se sont réparti les taches : on prépare le pain d’épice, on accroche les chaussettes aux cheminées, on décore le sapin. Aux Etats-Unis, on ne plaisante pas avec Noël. C’est sacré, car c’est familial. Joe Dante, lui, dit fuck à Noël. Nous voici en 1984, au milieu de personnages tellement caricaturaux qu’ils nous sont d’emblée antipathiques. Tant mieux. Dante va leur bousiller leur belle fête, en balançant quelques dizaines de gremlins dans les chaumières – ces créatures un peu hideuses et très méchantes (mais drôles).

A la base, il faut le rappeler, le gremlin est un mogwaï, un joli petit animal à grandes oreilles, qui aime chanter, danser et faire des calins. Mais que c’est niais, un mogwaï… Heureusement, il a aussi des tas de défauts, comme se démultiplier au contact de l’eau, ou se transformer en gremlin s’il mange après minuit. Imaginons donc le résultat si un gremlin prend l’eau. C’est plus ou moins ce qu’il va se passer à Kingston Falls le soir de Noël, et symboliquement, c’est peu de dire que les belles traditions américaines que Joe Dante abhorre vont en prendre un grand coup : déguisés en petits chanteurs de Noël ou dissimulés dans les sapins, les gremlins se bafrent de pop-corns au cinoche devant Blanche-Neige, attaquent le Père-Noël en pleine rue, se murgent la gueule au bar du coin, et effraient toute une génération de petits spectateurs américains. Les mêmes spectateurs qui, plus tard, reverront le film en se pliant de rire, si possible quelques jours avant le 24 décembre – date de diffusion classique du film à peu près chaque année. Au passage, Dante en profite pour donner le coup de grâce à cette grande fête capitaliste en insérant dans son scénario une anecdote aussi horrible que vraisemblable, et qui ne laisse plus de place au doute quant à l’objectif implicitement affiché par sa note d’intention : faire voler en éclats les valeurs familiales, et puis tant qu’on y est, les valeurs tout court. Dans cette scène, la petite amie du héros lui raconte pourquoi, depuis qu’elle est enfant, elle déteste les fêtes de fin d’année, et comment elle a découvert que le Père-Noël n’existait pas (mais attention : les gremlins, eux, existent). Un pur moment d’humour noir où la gravité des personnages et de la situation provoquerait presque l’hilarité.

Nos excuses aux personnes de bon goût qui, comme nous, préfèrent regarder les films en version originale. On n’a rien trouvé d’autre.

Précédemment dans l’Avent-Vrak :
Jour 17 – Soupe choco-neige
Jour 16 – Noël à Tokyo
Jour 15 – Un cauchemar de Noël par Desplechin
Jour 14 – Belle-mère, belle-fille
Jour 13 – L’Avent-vrak d’avant
Jour 12 – La petite fille aux allumettes
Jour 11 – Tokyo godfathers
Jour 10 – Mémère Noël
Jour 9 – Noël comme à la maison
Jour 8 – Noël, ça troue l’cul !
Jour 7 – Le jeu de société, à nouveau tendance
Jour 6 – Le Sapin vert, une Histoire rouge
Jour 5 – Le combat de Noël : Tino 1 – Lily 0
Jour 4 – Un pyjama et bonne chance dans la vie
Jour 3 – Le noël de Saute-Flocon
Jour 2 – Une nuit avec Biolay
Jour 1 – Les marrons glacés

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