Looking for Eric, looking for life

22/06/09 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Et si de notre jeunesse il ne restait que cela : des icônes, des idoles, des rêves… voire même des buts. Les particules d’un monde où loin d’être parfaits on avait au moins le sentiment de participer à quelque chose. A un effort surhumain.

L’effort de tout un peuple qui, au moment de prendre l’avantage à Old Trafford contre Aston Villa, hurle revenant aux instincts primaires de l’homme. 72 000 bêtes affamées souhaitant plus que tout voir le badboy reprendre ce foutu cuir de volée et l’envoyer valdinguer dans le but adverse. Mais quel pied ! Tu oublies tout (c’est pas moi qui le dis, c’est Bishop): les impôts, les putains de factures, ton travail de merde, la médiocrité du monde, la poésie antique, la chute du NASDAQ.

Pour tout dire en allant voir Looking for Eric au Méliès de Montreuil (une salle où il faut aller !), je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre… Loach commençant à se perdre depuis quelques films dans des directions étranges et banales…

Ainsi donc les idoles de notre jeunesse seraient devenues nos seules issues.

Ken Loach raconte ce que tout le monde fuit : Loach raconte l’entre deux. Il nous présente des quinquas prolos mancuniens à bout de souffle dans une Angleterre perdue au fin fond du relativisme.
La vie et les pintes ont marqué les visages de ces anges modernes, ils ne se reconnaissent plus dans le maillot qu’ils portent et dans les places du stade qu’ils n’ont aujourd’hui plus les moyens de se payer. Ils cherchent des références qui leur ressemblent.

La vieille caste usée et appauvrie a laissé la place au triomphe des jeunes cadres dynamiques incapables de donner le coup de poing, mais disposés à payer 150 ou 200 £ les 90 minutes. La vieille caste s’en va chasser vers d’autres terres. Plus précisément la vieille garde fuit vers la gaste terre de T.S. Elliot, celle où il n’y a plus rien sinon ces quelques murets de briques rouges, ces faubourgs usés où les lads jadis punk et amateurs de musique rêvent aujourd’hui de rap-US et de blondes dégueulasses. Cette terre où plus rien ne poussera. Jamais.

Et c’est au moment où l’on aurait pu croire le crépuscule des idoles arrivé que (ce que vulgairement les cinéphiles appellent) “la ficelle de récit” se dévoile.
Il faut ressusciter les idoles. Plus précisément il faut faire revenir l’Idole.

“I’m not a man, I’m Cantona”. Eric Bishop parle avec le maître. Dans une époque où les coachs personnels sont musclés ou à gros seins, où la consultation s’effectue en direct sur M6 ou dans les colonnes du Sun. Bishop au bord de la crise de nerfs a droit au meilleur coach qui soit : un “vieux” qui fait de la pub pour les autos familiales, un français anti-français, un ex-obèse, un mec qui a laissé son cœur dans une ville pourrie du North West England.

Et Loach ne raconte pas l’histoire d’un vieux qui s’en sort parce qu’il croit parler à Cantona, Loach raconte bien l’histoire d’un monde où il n’y a que la foi (et la foi dans les 82 buts du King en rouge n’est pas moins valable que la véritable) qui puisse sortir le perdant de l’impasse.

L’objet du film est peut-être quelque part par là. Dans ce monde désincarné, dans ce monde plus complexe que jamais, dénué de baroque et foutu, la solution passe par les sauvetages en règle, les sauvetages ex-nihilo. La solution d’Eric Bishop ça n’est pas lui-même, mais bien sa capacité à créer de la distanciation. En Praxitèle moderne, Eric Bishop sculpte ce qui manque à son monde : une référence.

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