Martyrs : la violence a ses raisons…

07/09/08 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Lucie, encore adolescente, a été séquestrée et torturée par des inconnus avant de parvenir à s’échapper. Retrouvée errante et incapable de raconter ce qu’elle a vécu, la jeune fille est placée dans un hôpital psychiatrique où elle se lie d’amitié avec Anna. 15 années plus tard, Lucie, armée d’un fusil de chasse, massacre un à un les membres d’une famille dans lesquels elle pense reconnaître ses anciens bourreaux. Anna la rejoint sur les lieux pour l’aider à se débarrasser des corps.

Il faut (le) voir pour (le) croire

Si le premier film de Pascal Laugier, Saint Ange, n’avait que très peu convaincu critiques et spectateurs, son deuxième long, Martyrs, a déjà commencé à diviser le public. Boucherie sadique pour certains, chef-d’œuvre instantané pour d’autres, le film risque d’être longtemps handicapé par une étiquette qui ne lui sied qu’à moitié, celle de “torture porn”, sous-genre du film d’épouvante remis au goût du jour par la franchise Saw et par Eli Roth, réalisateur des deux Hostel. Soit des scènes de torture jusqu’au-boutistes ayant pour but de choquer et de substituer au plaisir de la chair celui de faire souffrir physiquement les personnages. Pourtant, c’est avec intelligence, à défaut de tact, que Martyrs évite les écueils dans lesquels les Hostel ont tendance à lourdement se vautrer : gratuité des effets, humour lourdaud, second degré, citations à outrance… Rien de tout cela chez Laugier qui, en empruntant des chemins encore non balisés dans le cinéma français, livre une œuvre unique et violente dont la froideur a des accents mystiques, et dont le scénario, sinueux et inattendu, raconte une histoire d’amour désespérée et une lente descente aux enfers. Une mise à l’épreuve insupportable et traumatisante, qui mène à une surprenante révélation.

Dédié à Dario Argento (Suspiria, Profondo Rosso…), le film pâtit parfois des mêmes défauts parcourant l’œuvre du cinéaste italien : seconds rôles approximatifs et caricaturaux, dialogues parfois naïfs… mais est servi par une mise en scène étonnante, des contrechamps à la fois ignobles et fascinants, et deux actrices prometteuses (Morjana Alaoui et Mylène Jampanoï). Poétique à sa manière, violemment métaphysique et frénétiquement déchirant, Martyrs doit beaucoup plus à Michael Haneke (Funny Games), Brian De Palma (Soeurs de Sang) et Clive Barker (Hellraiser) qu’au cinéma faussement controversé et ultra-commercial qui pollue le genre depuis peu. Malgré son ambiance perturbante et ses images crues, Martyrs n’est définitivement pas un film d’horreur, mais un film sur l’horreur, celle qui s’immisce dans une famille modèle, celle qui prend la forme d’une créature tapie dans le noir, celle encore qui s’arrête à quelques lignes de texte dans la rubrique des faits divers mais qui laisse des traces indélébiles dans la vie et sur les corps des martyrs que Laugier filme sans une once de perversité. Un long-métrage qui s’apparente à une expérience difficile mais qui ouvre une véritable réflexion sur les limites de la violence.

Martyrs, de Pascal Laugier, en salles depuis le 3 septembre. Film interdit aux moins de 16 ans

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