Rec, la mort en direct

23/04/08 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Angela, journaliste, et son cameraman Pablo travaillent sur une émission pour insomniaques d’une télé locale. À la caserne de pompiers du quartier cette nuit là, la routine, l’ennui. Quand l’heure de la première intervention sonne enfin, c’est une vieille dame qui apparemment perd un peu la boule dans son appartement fermé à double tour, et crie suffisamment fort pour inquiéter les voisins. La police est déjà là. Tu filmes tout, chuchote Angela au micro de Pablo, dans l’espoir d’un peu de spectaculaire. Une fois la porte de l’appartement enfoncée, quand la vieille dame, hagarde, en haillons trempés de sang, se jette sur un secouriste et lui arrache un morceau de cou avec les dents, Angela tient finalement le scoop de sa vie. Littéralement.

[Rec] reprend les choses là où Le projet Blair Witch les avait laissées prés de dix ans auparavant, soit en présentant un film de fiction comme un testament du réel, enregistré à la première personne par ses personnages principaux, sans qu’il y ait intervention extérieure, disons, d’un réalisateur parfaitement conscient du langage de l’image et des possibilités des effets spéciaux. L’action est ici vue par l’objectif unique du caméraman acteur de l’histoire. Et en dépendant de ce point de vue, le spectateur devient de fait lui aussi l’un des protagonistes. Malin. Les coups de feu saturent (ou grésillent) au micro de la caméra, les effets spéciaux privilégient le direct, (les acteurs portaient sur eux les poches d’hémoglobine à écraser sur leurs blessures), on utilise de longs plans séquences au cadre parfois approximatif et l’action semble prise « sur le vif ». L’illusion de réel est presque parfaite.

Ce qui n’empêche pas les deux réalisateurs derrière Pablo le caméraman, Jaume Balaguero et Paco Plaza, stars du genre et par ailleurs co-auteurs d’un documentaire sur la Star Ac Espagnole, de maîtriser leurs classiques, d’Hitchcock à Robert Wise (La maison du diable) tout comme les succès récents, par exemple The Descent (les monstres vus à travers le mode night-shot verdâtre de la caméra). Ni de jouer avec les pistes sonores 5.1, le hors champ, la peur du noir. La menace vient de partout, le cameraman/spectateur est cerné, il n’y aura pas d’échappatoire. Un sentiment d’oppression renforcé par la bonne idée du huis clos, l’appartement étant cerné par l’armée, dont les porte-paroles font clairement comprendre aux prisonniers de l’immeuble de ne pas chercher à sortir “pour leur propre sécurité “.

[Rec] n’est ni plus ni moins au film d’horreur ce que Cloverfield est au film catastrophe : une réactivation du film de zombies (ou d’infectés, pour les puristes) 2.0 à l’heure de Youtube. C’est surtout un film à sensations fortes et un fleuron du film d’horreur (et croyez-moi, je suis loin d’être complaisant avec un genre qui m’est en général hérmétique). Aussi, on ne sait pas trop si l’on doit rire ou pleurer alors que le cinéma hollywoodien (peu friand de versions originales sous-titrées et allergique au doublage) a déjà achevé le remake Quarantine, 6 mois après la sortie de [Rec] en Espagne.

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2 commentaires

    Elena  | 24/07/08 à 17 h 07 min

  • J’ai vu ce film il y a deux semaines,et j’en suis sortie bien terrifiée…L’effet “catastrophe” sur les gens très sensibles est tout à fait assuré.
    Bravo aux réalisateurs de toute façon…

  • Cacalotl  | 02/08/08 à 1 h 05 min

  • J’ai découvert le phénomène il y a seulement deux mois par le biais d’un collègue. Il est évident que le film prend aux tripes, sous certains aspects. Toutefois, je trouve qu’il rappelle trop Blair Witch dans le format de cadrage et de réalisation proposé.

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