Un cauchemar de Noël par Desplechin

15/12/10 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

La famille est-elle insupportable? Voici la question que pose le magazine Psychologies en une de son numéro de décembre. Question légitime à l’heure de la grand’ messe hivernale, Noël, seul temps de l’année où les rapprochements familiaux, même les plus improbables et lointains, s’opèrent bon gré mal gré quelques jours durant.
On se rappelle alors qu’Arnaud Desplechin, fin scrutateur des mœurs familiales petit-bourgeoises de province argentée, s’interrogeait de la même manière dans son brillant Conte de Noël, sorti en mai 2009 sous le soleil de Cannes, la dinde version 2008 déjà loin derrière. Film brillant donc, injustement passé à l’as du palmarès, et qui relevait le tour de force de rassembler tout ce que le cinéma français compte de monstres sacrés en nous faisant croire qu’il s’agit d’une famille type. Enfin, famille type, il faut le dire vite – plutôt famille bord-cadre, oui, au verbe acerbe et à l’affection fraternelle en berne. Tous portent des noms de figures mythologiques ; Catherine Deneuve, atteinte d’un cancer, adore répéter à son Amalric de fils qu’elle ne l’a jamais aimé, et affiche le plus grand mépris pour sa belle-fille à l’écran, Chiara Mastroianni (superbe mise en abîme plausible des relations compliquées qu’elle entretient avec sa fille dans la vraie vie), et Anne Consigny a tout bonnement banni son frère à jamais de la maison familiale, fêtes ou pas fêtes. Pourtant, ce qui se dégage de tous les plans d’Un conte de Noël, c’est un amour gigantesque, qui submerge tout sur son passage, tellement fort qu’on lui substitue la haine, c’est plus facile.

A l’heure où, dans un esprit de Noël un rien surfait, les Bettencourt affichent leur réconciliation miraculeuse en unes des journaux, les personnages de Desplechin donnent décidément plus matière à aimer la famille, aussi maudite et insupportable soit-elle. C’est par petites touches, reliés par un fil invisible mais solide, qu’ils se rabibochent, momentanément ou durablement. Là, un spectacle de Noël apaise les esprits ; ici, une confession amoureuse vient, trop tard mais quand même, remettre du baume au cœur de la cousine bafouée dans ses choix conjugaux. A la toute fin, le réveillon n’est déjà plus qu’un lointain souvenir, Anne Consigny “habite désormais le royaume des rêves inventé par [son] fils”. Et délivre peut-être bien la clé par laquelle la traversée de fin décembre devient enfin possible : Noël n’est, en fait, qu’un mauvais rêve.

Précédemment dans l’Avent-Vrak :
Jour 14 – Belle-mère, belle-fille
Jour 13 – L’Avent-vrak d’avant
Jour 12 – La petite fille aux allumettes
Jour 11 – Tokyo godfathers
Jour 10 – Mémère Noël
Jour 9 – Noël comme à la maison
Jour 8 – Noël, ça troue l’cul !
Jour 7 – Le jeu de société, à nouveau tendance
Jour 6 – Le Sapin vert, une Histoire rouge
Jour 5 – Le combat de Noël : Tino 1 – Lily 0
Jour 4 – Un pyjama et bonne chance dans la vie
Jour 3 – Le noël de Saute-Flocon
Jour 2 – Une nuit avec Biolay
Jour 1 – Les marrons glacés

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