Brian De Palma, l’incorruptible

01/07/07 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : , , ,

Au moment même où Brian de Palma préparait le tournage du Dahlia Noir, Wild Side avait la bonne idée d’éditer en DVD l’un de ses premiers films, le cultissime Sisters. A cette occasion, un retour sur les plus grands films du maître s’impose. Entre comédies et thrillers, films de guerre et horreur pure, le réalisateur n’a pas chômé. Souvent pour le meilleur, parfois pour le pire.

1966 : The wedding party

Premier film important de la carrière de De Palma, cette comédie dans laquelle apparaît déjà William Finley, l’un de ses acteurs fétiches,  raconte les derniers moments de la vie de garçon d’un futur marié. Le film est surtout connu pour avoir révélé Robert de Niro… Pour le reste, les moments de comédie pure, réussis dans la plupart des cas, font part égale avec quelques sursauts de maladresse.


1968 : Greetings

Farouchement opposé à l’intervention américaine au Vietnam, De Palma évoque le sujet sur le ton de la comédie, genre dans lequel il a fait ses armes. De Niro endosse le rôle principal, celui d’un jeune homme qui cherche par tous les moyens à éviter la mobilisation et qui en profite pour se livrer à ses fantasmes avant la convocation devant le bureau militaire. L’inspiration très “Nouvelle Vague” du film est prétexte à une expérimentation formelle de l’image, avec un choix étonnant de narrer l’histoire au moyen de saynètes déjantées qui s’enchaînent avec plus ou moins de logique.

1973 : Sisters (sœurs de sang)

Véritable joyau rendant un hommage non dissimulé à Alfred Hitchcock – la musique signée Bernard Hermann relève carrément de la citation – Sisters marque un premier tournant dans la carrière de De Palma, qui signe là un thriller angoissant où se succèdent les morceaux de bravoure (un split screen d’anthologie, une scène de meurtre traumatisante et une image finale inoubliable). Inspiré d’un simple cliché montrant deux sœurs siamoises au bord d’une piscine, le film réunit tous les thèmes chers au cinéaste et réussit à le faire entrer dans la cour des grands. Un premier chef-d’œuvre.

1974 : Phantom of The Paradise

Le tout puissant Swan, à la tête de la plus grosse maison de disques des États Unis, vole la musique d’un inconnu avant de le faire jeter en prison. Ce dernier s’échappe. Suite à un accident qui le défigure, il se met à hanter la salle de concert de Swan, le “Paradise”. Opéra “barock” s’inspirant de classiques littéraires (Le fantôme de l’opéra, Le portrait de Dorian Gray, Histoires extraordinaires, Faust, Frankenstein…), de groupes de rock (Elton John, Kiss, Beach Boys…) et de cinéastes renommés (Hitchcock, Powell, Welles…), ce long-métrage gagne rapidement ses galons de film culte, notamment grâce à sa fabuleuse bande originale. Rarement un cinéaste aura filmé la musique avec autant de virtuosité.

1976 : Carrie au bal du diable

Nouvelle incursion dans l’horreur avec l’adaptation du roman de Stephen King, “Carrie”, qui révèle Sissy Spacek, traumatise toute une génération de lycéennes et accumule les séquences chocs. La sanglante scène de bal de fin d’année est restée dans les mémoires. Récit triste et effrayant d’une jeune fille aux prises avec une mère bigote, un complexe d’infériorité qui en fait le souffre douleur du lycée et un pouvoir de télékinésie assez encombrant, Carrie demeure encore à ce jour l’une des meilleures adaptations d’un roman de King.

1977 : Obsession

Hitchcock, encore et toujours, dans l’ombre de De Palma. Ou l’inverse… Très ouvertement inspiré de Vertigo (sueurs froides), Obsession confronte un veuf inconsolable à la certitude qu’il pourra reprendre goût à la vie grâce à cette mystérieuse inconnue qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa défunte épouse… Lent, envoûtant et mélancolique, le long-métrage bénéficie d’un thème musical sublime signé… Bernard Hermann. La boucle est bouclée. Une fois de plus.

1978 : Furie

Un casting deux étoiles : Kirk Douglas dans le rôle du gentil, John Cassavettes dans le rôle du méchant. Le premier veut retrouver son fils, enlevé par le second, qui convoite les dons de voyance du jeune garçon à des fins politiques. Un scénario improbable qui tient pourtant la route, et des explosions de violence qui laissent bouche bée. La scène de fin n’a rien à envier aux grands moments de la filmo d’un David Cronenberg.

1981 : Dressed to kill (Pulsions)

L’ombre du réalisateur de Psychose plane à nouveau sur cet opus typiquement “De Palmien” où un jeune garçon enquête sur le meurtre de sa mère, tailladée dans un ascenseur. Ses investigations le mettent sur les traces d’une femme étrange. Dans un rôle de docteur taillé sur mesure, Michael Caine glace le sang. La séquence de drague dans le musée, au début du film, est à elle seule une grande leçon de cinéma. On en redemande, malgré le malaise ambiant. Un très grand De Palma.

1982 : Blow Out

Magnifique hommage au Blow Up de Michelangelo Antonnioni, Blow Out marque la seconde rencontre du cinéaste avec John Travolta (après Carrie), qui habite son rôle de preneur de son témoin “auditif” d’un meurtre. La place laissée par le suspense au profit d’une mélancolie latente étonne de bout en bout. La séquence finale est une pure merveille cinématographique. Quentin Tarantino place d’ailleurs Blow Out dans le top 3 des meilleurs films de tous les temps. Une admiration sans borne à laquelle on doit la présence de Travolta au générique de Pulp Fiction douze ans plus tard.

1984 : Scarface

Le film marque la première rencontre entre Al Pacino et De Palma, qui offre à l’acteur le rôle du gangster Tony Montana. Faux remake largement modernisé du légendaire film homonyme d’Howard Hawks, la version 80’s multiplie les scènes baroques, les répliques cultes et les excès de violence. Vingt ans après sa sortie, Scarface devient le film phare des jeunes des cités, visiblement moins marqués par la déchéance sanglante d’un homme qui a complètement raté sa vie que par son champ lexical très fleuri. Un monument qui gagne à être vu et surtout expliqué dans les lycées, donc…

1985 : Body Double

Célèbre pour sa violentissime scène de meurtre à la chignole, Body Double a surtout le mérite de révéler la sulfureuse Mélanie Griffith. A part elle, tout a vieilli dans ce film qui persiste pourtant à rester profondément ancré dans le cœur des fans de De Palma. Un homme, qui vit temporairement dans l’appartement d’un ami, espionne tous les soirs sa voisine d’en face, adepte du striptease en solo. L’espionnage tourne à l’obsession, jusqu’au soir où l’homme assiste, impuissant, au meurtre de la jeune femme. Une intrigue qui n’est pas sans rappeler celle de Fenêtre sur cour, d’Alfred Hitchcock. Allons donc…

1987 : The Untouchables (Les Incorruptibles)

Premier film de commande en provenance d’Hollywood. De Palma aurait pu s’y casser les dents. C’est sans compter sur son sens de la virtuosité et sa propension d’alors à s’approprier le moindre scénario. Celui-ci, en l’occurrence, écrit par l’immense David Mamet, relate la bataille que se sont livrés, pendant la prohibition, le chef de la pègre Al Capone et le policier Eliott Ness. Fort d’un casting où se côtoient monuments (Robert de Niro, Sean Connery) et stars en devenir (Kevin Costner, Andy Garcia), le film entre instantanément dans la légende, grâce à la scène de la gare, hommage flamboyant au Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, dans laquelle le génie visuel de De Palma ne fait plus aucun doute.

1990 : Casualties of war (Outrages)

Outrages est le premier film de guerre du réalisateur, qui donne à Michael J. Fox le rôle d’une jeune recrue, Eriksson, sauvé de la mort par son commandant, Meserve (Sean Penn). Ce dernier, qui a gagné l’admiration d’Eriksson, enlève une villageoise suite à la mort de l’un de ses hommes. Le sort réservé à la jeune vietnamienne force Eriksson à s’insurger contre Meserve. Principalement axé sur les séquelles de la guerre, Outrages met l’accent sur la bestialité de certains hommes, sur l’humanité des autres et sur l’absurdité de la guerre. Les scènes de viol et de tortures frisent l’insoutenable, condamnant le film à une sortie peu fracassante. Après Retour vers le futur, Michael J. Fox, lui, prouve que ses talents ne se limitent pas à la comédie.

1991 : The bonfire of vanities (Le Bûcher des Vanités)

Sous-estimé et incendié à sa sortie, le Bûcher des Vanités, adaptation du roman de Tom Wolfe, provoque un tollé sans précédent et la ruine du studio qui l’a financé. A l’origine du scandale, un rejet total, de la part du public, de l’acteur incarnant le golden boy déchu suite à un accident qui coûte la vie à un jeune noir dans les quartiers pauvres. Tom Hanks, pourtant, y fait montre d’une réelle maîtrise dans le domaine de la tragi-comédie, auquel il n’était pas accoutumé à l’époque. Quinze ans plus tard, l’acteur est l’un des plus populaires aux États Unis. Le film n’a pas pour autant rencontré le succès a posteriori, malgré la présence, aux côtés de Tom Hanks, de Bruce Willis et Morgan Freeman.

1992 : Raising Cain (L’esprit de Cain)

Rien de bien inoubliable dans cette histoire de dédoublement de personnalité, flop critique et public qui bénéficie tout de même d’une excellente performance de John Lithgow, déjà à l’œuvre en ami ambigu et manipulateur dans Obsession, puis en insatiable serial killer, dans Blow Out. On retrouvera l’acteur quelques années plus tard dans la saison 4 de la série Dexter. Une fois de plus, il y joue un psychopathe. Quand un rôle vous colle à la peau…

1993 : Carlito’s way (l’impasse)

Dernier chef d’œuvre en date d’un cinéaste alors touché par la grâce, le film met en scène la rédemption impossible d’un gangster qui veut se ranger et épouser la femme qu’il aime. Al Pacino et Sean Penn y trouvent deux rôles parmi les plus marquants de leurs carrières respectives. Le réalisateur, lui, ne s’en est pas encore relevé.

1996 : Mission: impossible

Casting international (Cruise, Béart…), moyens financiers énormes pour un foisonnement de scènes impersonnelles où l’improbable côtoie le ridicule. Un ratage complet et une énorme déception pour les fans de De Palma, qui y cherchent encore la patte de leur idole, comme pour ceux de la série, qui y cherchent encore Jim Phelps.

1998 : Snake Eyes

Un plan-séquence anthologique au début du film rattrape les défauts scénaristiques visibles de ce polar où Nicolas Cage fait des étincelles. La virtuosité de la mise en scène occulte les rapports entre les différents personnages et leur proximité avec les spectateurs, admiratifs devant tant de maîtrise, mais pas transcendés par le récit. Irréprochable au niveau technique, le film relève donc du pur exercice de style. Ce qui n’est déjà pas mal.

2000 : Mission to Mars

On touche le fond. Les fans de science fiction se gaussent devant tant de médiocrité, les fans de De Palma se cachent, les acteurs (Gary Sinise, Tim Robbins…) s’ennuient. Le réalisateur, lui, s’excuse : “C’est un film de commande !” plaide t-il, oubliant que Les Incorruptibles en était un également. Trop tard : le mal est fait, le film est nul, et le temps n’y changera rien à l’affaire.

2002 : Femme fatale

L’acteur aux mille nanars, Antonio Banderas, incarne un photographe subjugué par la vénéneuse Lily. Un jeu du chat et de la souris palpitant, mais complètement foutraque (il est déconseillé d’en rater une miette). La virtuosité s’essouffle légèrement, le plaisir du spectateur aussi, qui se console à la vue de la très belle Rebecca Romjin Stamos, disparue, depuis, des génériques.

Après une absence que beaucoup considéraient de bon augure pour la suite de sa filmographie, Brian De Palma a de nouveau déçu. Les spectateurs néophytes trouveront peut-être dans Le dahlia noir quelques moments de cinématographie pure. Les fans de la première heure, eux, broient sérieusement du noir. Aux dernières nouvelles – directement en provenance de la croisette – le réalisateur s’attellerait à un préquel des Incorruptibles, dans lequel Nicolas Cage interprèterait le jeune Al Capone. Opération marketing ou dernière carte ?

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5 commentaires

    Marie  | 18/07/07 à 18 h 33 min

  • Si tu devais me conseiller l’un de ses films (pour commencer), lequel tu choisirais?

  • Sab  | 19/07/07 à 0 h 51 min

  • Pour commencer, les Incorruptibles ou l’Impasse. Et si t’aimes la zik, Le Phantom. J’adoooooore.
    C’est dur de choisir… Si t’aimes les trucs rigolos, essaye Blow Out en version française. Le film n’est pas drôle, mais Travolta avec la voix de Depardieu, ça vaut son pesant de cacahouètes

  • Marie  | 19/07/07 à 10 h 31 min

  • Merci du conseil. En effet, rien que d’imaginer Travolta avec la voix de Depardieu, ça me fait bien rigoler. Comme quoi les vf c’est vraiment mauvais…

  • Sab  | 19/07/07 à 10 h 34 min

  • Ben écoute, tu passes à la casa, on se fait une session De Palma-Poker. La totale. Dés qu’on revient de Londres, allez

  • Marie  | 19/07/07 à 17 h 29 min

  • Chiche. ;)

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