Bullhead : vache de pot belge !

20/02/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Dans le plat pays qui est le sien, Jacky Vanmarsenille découvre, dès son plus jeune âge,  la cruauté de ses semblables. Adolescent sans couilles, sa vie n’est plus qu’une succession de prises d’hormones et de testostérone.  Devenu fort comme un  bœuf, Jack s’est aussi renfermé et est devenu sombre, parfois violent. Il a suivi la voie de sa famille : l’élevage de bovins. Avec son cortège de trafic d’hormones. « On se fait toujours couillonner ». Son passé lui revient soudain à la gueule quand un policier fédéral chargé d’enquêter sur cette mafia se fait trucider et quand réapparaît un ami d’enfance partageant son lourd secret. « Cesser de me gonfler mes vieilles roubignoles avec votre art flamand.. » chantait Brel. Bullhead, c’est tout un poème !

Chef d’œuvre à ne manquer sous aucun prétexte, quitte à voler le vélo de Contador, Bullhead est un polar où les culs-terreux fricotent avec des garagistes sans scrupules, des vétérinaires perfides et des mafieux sans envergure. On se croirait dans un bouquin d’un Poulpe belge (ça aurait pu être Les Pis Rennais) tant l’humeur générale du film ressemble comme deux gouttes de lait à celui du héros aux longs bras. Le réalisateur Michaël R. Roskam, dans cette investigation au pays des trafiquants d’hormones, dresse un portrait sans concession du monde des éleveurs flamands et de la mafia qui les entoure. Si le film se rapproche de l’affaire Van Noppen (le vétérinaire assassiné le 20 février 1995), ce n’est que pour mettre en exergue d’autres qualités – loyauté, trahison, amour, amitié, famille, innocence – voire des défauts – vengeance, mensonges… -, le tout dans un pays qui se déchire entre Flamands et Wallons. La caméra de Michaël ose tout. De longs travellings en gros plans en passant  par l’épaule et  jeté, ou en plans-séquences, elle colle aux personnages, et surtout à  celui de Matthias Schoenarts (l’énuqué de service), LA grande révélation du film. Le mâle sans rut qui a pris 27 kilos pour le rôle. L’homme tout en muscles saillants, bourré de frustrations, de colère contenue, d’âme tourmentée et qui n’attend que son heure pour entrer dans l’arène, meuglant parfois son impatience ou son désarroi. Bullhead est une tragédie shakespearienne. Un film sur le destin, sur le passé qui vous rattrape, sur le futur qui vous échappe. Plus de deux heures intenses de film où l’humour est très loin d’être absent, où l’amertume vous colle au palais, où le dégoût vous donne envie de devenir végétarien, où la Flandre ne sera pas votre prochaine destination de voyage et où vous vous remettez les noix (de veau) en place toutes les dix minutes (désolé les filles, j’ai rien pour vous). Bullhead est un film à consommer sans modération. Sont forts ces Belges. C’est comme les Espagnols, va falloir surveiller ce qu’ils prennent au petit-déjeuner !  De carcasse en sucrier !  dixit les louchébems. Bullhead, c’est la destinée qui va de mal en pis.

BULLHEAD de Michaël R.Roskam
Avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy, Barbara Sarafian…
Sortie en salle le 22 février 2012

Photographie © Nicolas Karakatsanis

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