Camille Redouble, et Noémie saute une classe

11/09/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

Il faut que jeunesse se (re)passe. Prenant l’adage au mot, Camille, comédienne paumée et alcoolique sur le point de divorcer, revit l’année de ses 16 ans à la faveur d’un coma éthylique, s’offrant ainsi l’occasion de ne pas céder au charme de l’homme qui lui brisera le cœur à l’aube de la quarantaine. On a déjà vu ça ailleurs. Pas dans la Delorean de Marty McFly, malgré un thème proche de celui abordé par Robert Zemeckis dans le premier Retour Vers le Futur, mais plutôt dans Peggy Sue s’est Mariée (1986), de Francis Ford Coppola, dont Noémie Lvovsky calque le synopsis, mot pour mot et sans vergogne. C’est là l’un des seuls reproches qu’on a envie de faire à la réalisatrice, même si c’est un regard sensiblement différent de celui de Coppola qu’elle pose sur ses personnages. Contrairement au classique Peggy Sue, qui regardait en arrière avec nostalgie, Camille recule non pour mieux sauter, mais pour revivre exactement la même vie et commettre sciemment les mêmes erreurs. Inutile donc de chercher dans le scénario de Camille Redouble la volonté de faire rire le spectateur grâce à des gags impulsés par le désir de recommencer sa vie, en mieux. De retour dans la maison de ses 16 ans, Camille s’autorisera seulement deux entorses : essayer d’éviter la mort de sa mère (Yolande Moreau, difficile à reconnaître au premier coup d’œil), et ne pas croiser le regard de l’homme qui la rendra malheureuse. Deux paris qui s’avèreront vite impossibles à relever. L’intérêt du film est donc ailleurs : dans la peinture délicieuse des années 80 et dans celle, jamais triste, d’une adolescence sans faille ne souffrant aucune dérogation malgré le souvenir d’un futur peu reluisant.

Une vie au passé (re)composé

Le soin apporté à la bande originale, aux vêtements et aux décors (on s’amusera quand même à compter les anachronismes) ne sont, au final, pas aussi efficaces que la performance étonnante de Noémie Lvovsky. L’actrice incarne elle-même la Camille de 16 ans, sans jamais s’encombrer de maquillage superflu ou d’effets faussement spéciaux. Lvovsky parle, rit, sourit, court et rêve à l’écran comme une ado, à tel point qu’on ne s’offusque pas de la voir bondir dans le lit d’un lycéen encore puceau alors qu’un simple baiser échangé avec Denis Podalydès suffit à nous arracher une grimace de désapprobation. Quand Camille s’engonce dans des jupes de jeune fille tout juste pubère, elle conserve ses traits de quadragénaire, asseyant d’emblée une théorie selon laquelle changer le passé ne nous changera pas. Le constat pourrait paraître terrible. Il est simplement réaliste, justifiant le parti pris auteurisant et anti-spectaculaire de la mise en scène. La présence de Jean-Pierre Léaud dans le rôle du gardien du temps est d’ailleurs moins un hasard du casting qu’une caution truffaldienne entièrement assumée. Débarrassé de fioritures fantastiques (et de clichés sur l’adolescence), le film permet aux comédiens de briller sans artifice. Et la magie opère.


 

Le passé est le passé, on ne peut le changer, nous raconte Camille. A quoi bon revenir en arrière, alors ? A Lvovsky de répondre, elle qui se défendant pourtant d’avoir endossé le rôle titre pour économiser une séance de divan, semble avoir trouvé en Camille une jumelle de cinéma plus Noémie que nature. Car si la scène d’ouverture est un hommage appuyé à celle de L’Important c’est d’Aimer, elle est aussi un clin d’œil à la collaboration entre le dessinateur Riad Sattouf et Noémie Lvovsky. Le premier, qui avait dirigé la seconde dans Les Beaux Gosses en 2009, y campe un réalisateur de slasher de bas étage, arguant en off que Camille Vaillant “n’est pas la meilleure actrice du monde, mais [qu’] elle fera l’affaire“. Car Camille Vaillant est actrice. Comme Noémie Lvovsky. Et l’une comme l’autre trouvent un rôle à leur exacte mesure : celui d’une adolescente dont les choix de vie la mèneront vers un avenir inexorablement déprimant, et celui d’une femme de 40 ans qui ne regrette rien. En redoublant, Camille prouve que pour revivre son passé, il n’y a finalement rien de mieux que les souvenirs qui restent et – magnifique paradoxe – le temps qui passe.

Camille Redouble, de Noémie Lvovsky. Avec Noémie Lvovsky, Samir Guesmi, Yolande Moreau, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Judith Chemla, India Hair, Mathieu Amalric… En salle le 12 septembre.

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