Cannes 2009 : gros plan sur la sélection

02/05/09 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Outre les habitués, la compétition réserve quelques surprises, dont la présence de cinéastes français enthousiasmants.
Le cru cannois est chaque année attendu comme le dernier beaujolais : avec une impatience de midinette. Et pourtant, on sait que l’on sera un peu déçu – pas assez de saveur, pas assez fruité, un peu rude en bouche… un goût de déjà-bu, peut-être. Il est bien là, le problème : on y pense onze mois à l’avance en persistant à croire que “non, ils ne vont quand même pas oser nous faire ça tous les ans…” Et pourtant si, “ils” le font. Les Gilles Jacob (sélectionneur officiel) et consorts trouvent finalement toujours le moyen de caser dans une sélection qui se veut pourtant impartiale les éternels enfants sages qui ont leur préférence.

On prend les mêmes et on recommence

La valse des habitués continue donc. Non pas que leur présence fâche l’amateur de bon ciné, mais un peu de nouveauté serait tellement bienvenue qu’on ne l’espère même plus…
En attendant le renouveau de “l’esprit Cannes” – l’esprit Cannes, c’est bien connu : Canal + sur la plage du Martinez, troupeau de top models sur le tapis rouge, footballeurs en limousines, affiches promotionnelles de la taille d’un gratte-ciel avec quelques films à voir entre deux cocktails – on retient de cette sélection des attentes monumentales, quelques surprises et la présence, donc, d’élèves assidus. Parmi ces derniers, le maître de la movida, Pedro Almodovar (meilleur réalisateur à deux reprises pour Tout sur ma mère et Volver) revient pour la énième fois sur la Croisette avec Los abrazos rotos avec pour la énième fois la Loréalienne Penelope Cruz, qui brigue pour la énième fois le prix d’interprétation féminine après l’avoir remporté pour Volver (un prix collectif, cependant, qui récompensait toutes les comédiennes du film).

Penelope Cruz dans le dernier Almodovar. Comme d’habitude.

Tarantino à Cannes, c’est un peu comme les olives sur une pizza : c’est bon, mais on pourrait aisément s’en passer… et on est obligé de faire avec. Même le moins réussi de ses longs-métrages, Bullet Proof / Boulevard de la mort, avait eu les honneurs de la compétition sans qu’on sache trop pourquoi. Révélé au grand public sur la Croisette en 1992 avec Reservoir Dogs, ce pur produit cannois revient cette année avec Inglorious Basterds et son casting rock and roll alignant Brad Pitt, Diane Kruger, Mike Myers, Mélanie Laurent et Maggie Cheung.

Il y a fort à parier que l’Anglais Ken Loach et le Danois Lars Von Trier ont droit à leur propre jeu de clés du palais des festivals. Cinéma toujours social pour le premier, souvent expérimental pour le second, ces deux-là ont en commun une palme d’or – réciproquement pour Le vent se lève et Dancer in the dark – un prix du jury – Land and Freedom et Europa – l’ami Lars ayant également cumulé tous les prix possibles et imaginables (prix de la commission technique – ça existe – pour Element of crime, grand prix pour Breaking the waves…) Le premier viendra présenter Looking for Eric, qui s’annonce pour le moins étonnant : un facteur de Manchester dont le quotidien est une accumulation d’échecs n’a qu’un seul confident : le poster de son idole, Eric Cantona. Ce dernier, pour faciliter le dialogue, se libère de son carcan de papier. Alléchant.

Eric Cantona chez Ken Loach : un binôme inédit et prometteur.

Quant à Von Trier, il viendra défendre Antichrist, dans lequel Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe font face à la perte de leur fils dans une cabane nichée au cœur d’une nature hostile. On n’en sait pas plus pour le moment, sinon que le Danois est d’ores et déjà en terrain conquis et en lice pour une double-palme.

Pas de doute : c’est du Lars Von Trier.

C’est également le cas de la néo-zélandaise Jane Campion, à ce jour seule réalisatrice à avoir remporté la palme (pour La leçon de piano en 1993), en compétition cette année avec Bright star, consacré à la vie du poète anglais John Keats.

L’autrichien indéboulonnable Michael Haneke se penche une fois de plus sur les travers de l’être humain avec Le ruban blanc, dont l’action se déroule pendant la Grande Guerre.
On s’étonnerait presque de ne pas voir dans la sélection les noms de David Lynch, Bruno Dumont ou les frères Coen.

Trève de médisance, on applaudit la présence du cinéaste coréen Park Chan Wook, lauréat d’un grand prix qui fleurait bon la palme, la vraie, pour Old Boy (au profit du consensuel Farenheit 9/11 de Michael Moore). Cette année, on attend de pied ferme et la bave aux lèvres son film de… vampires. Thirst, où un prêtre transformé par la science en suceur de sang lutte contre sa propre dépravation pour faire survivre en lui une étincelle d’humanité. Les rumeurs prédisent un déluge d’images violentes et sensuelles. Le film a fait scandale en Asie avant sa sortie à cause de son affiche jugée offensante.

Thirst : l’affiche qui dérange.

Parmi les autres stars de la sélection, on note la présence de Johnny To, qui dans Vengeance dirige un autre Johnny, et pas des moindres : le nôtre. Johnny Hallyday, dont les talents d’acteur n’ont pas encore convaincu les foules, mais qui pourrait bien trouver chez le cinéaste chinois de quoi laisser libre court à ses excès de papy bad-boy.

Un casting inattendu pour le dernier Johnny To.

Tsai Ming-Liang (Visage) sera également de la partie, tout comme Ang Lee (Taking Woodstock), Marco Bellocchio (Vincere) ou encore Brillante Mendoza (Kinatay).

Quand Resnais côtoie Noé

Enfin, on sort la bière et les drapeaux pour accueillir notre délégation, encore auréolée de la palme d’or obtenue par Laurent Cantet et ses collégiens turbulents pour Entre les murs l’an dernier.
Jacques Audiard revient sur la Croisette plus de dix ans après y avoir présenté Un héros très discret (prix du scénario) pour y défendre son Prophète au synopsis chaud comme la braise un soir de figatelli : un délinquant tombe en prison sous la coupe d’un groupe de détenus corses dont il parvient à gagner la confiance avant de mener son propre gang. On n’attend pas d’Audiard qu’il tombe dans le cliché, mais on espère qu’il ne lorgnera pas trop du côté de l’entertainment ricain.
Après avoir remporté l’adhésion avec son très beau Quand j’étais chanteur, Xavier Giannoli vient cette année à Cannes avec A l’origine, portrait d’un petit escroc amoureux prisonnier d’une vie de mensonges, avec le couple François Cluzet-Emmanuelle Devos.
Le toujours fringuant Alain Resnais, quant à lui, emmène dans ses valises ses Herbes folles et ses acteurs fétiches – Sabine Azéma, André Dussollier. Un petit mystère entoure ce film dont on peut présager le plus grand bien venant d’un cinéaste dont la carrière n’est émaillée d’aucune fausse note.

Alain Resnais et Sabine Azéma sur le tournage des Herbes folles.

Gaspar Noé sent le soufre et il en joue. Sa filmographie ne fait pas l’unanimité, et pourtant on tient là l’un des réalisateurs les plus virtuoses d’une génération qui ne sait que trop rarement dissocier l’auteurisme pur d’un parisianisme un peu gênant. Noé avait signé avec Irréversible l’un des films les plus bluffants – au moins formellement – de la sélection 2002, dont il était reparti sous les huées. Avec Soudain le vide, il n’arrangera certainement pas sa situation. Tant mieux pour les cinéphiles que nous sommes, tout émoustillés par un pitch saisissant : installés à Tokyo, un jeune homme dealer et sa sœur stripteaseuse ont fait le serment de ne jamais se quitter. C’était avant que Oscar ne se prenne une balle en pleine tête lors d’une descente de police et que son esprit refuse de quitter ce monde pour continuer à veiller sur Linda. Mais l’univers dans lequel il erre s’avère cauchemardesque, hallucinatoire. Il serait temps que la profession reconnaisse le génie de Gaspar Noé, et on en arrive à se demander si la compétition, finalement assez encline à faire le bonheur des esprits étriqués et académiques, est pour lui la meilleure vitrine. La section Un certain regard lui conviendrait sans doute davantage. Mais là encore, wait and see…

Enfin, on applaudit des pieds et des mains le choix du film de clôture, qui s’est porté sur le dernier Jan Kounen – la même génération que Noé, le même goût d’un cinéma davantage porté sur le formalisme, et on ne s’en plaint pas – biopic consacré à Coco Chanel avec l’actrice Anna Mouglalis, que l’on annonce comme l’anti Coco (par Anne Fontaine) actuellement en salles avec la moins glamour Audrey Tautou. Entre ce film-là et le long-métrage qui ouvrira les festivités – le dernier Disney, Up – il y a un monde. Il y a 11 jours.
Festival de Cannes 2009, du 13 au 24 mai prochain.

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