Cannes 2012 : le bilan d’Engy

06/06/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

“Alors, t’as vu des stars ?” Dur de faire un bilan du festival quand autour de soi ne prime plus le cinéma. Ce qu’il y avait de bien à Cannes, ce que j’ai envie de retenir, c’est que toute personne croisée parlait des films, vus à la même période, dans les mêmes conditions. “Alors, t’as vu des films ?” Ça oui, et des bons. C’était il y une semaine et demi, et je n’ai qu’une envie : rattraper ceux que j’ai manqués, revoir ceux que j’ai aimés.

 

Il y a d’abord Holy Motors, de Léos Carax, qui sortira le 4 juillet 2012. Une telle claque que j’ai enchainé avec Les amants du Pont Neuf de 1991 en rentrant, pour tendre l’autre joue, et en prendre une autre, un brin longuette, un brin vieillie, mais avec ce même talent pour filmer Paris. On a eu envie de comparer Holy Motors à Cosmopolis, à Cannes, les deux films se faisaient écho. Ils avaient pour fil rouge une limousine blanche : dans le Léos Carax, leur parking/garage s’avérait être le titre du film et son dernier plan. Dans le David Cronenberg, le personnage principal ne cessait de s’interroger : “Où se garent les limousines la nuit ?”. Le réalisateur canadien, lui, ne filme pas New York, une ville virtuelle qui échappe à son héros, qui n’est pas de celles où on retrouve de vieux amants. Mais on a envie de revoir Cosmopolis – déjà dans les salles -, pour se concentrer sur son ambiance maintenant qu’on a décrété que les dialogues nous ennuyaient.

On ne manquera pas Amour de Michael Haneke, le 24 octobre 2012. Palme d’or méritée. Parce que deux semaines plus tard, on pense toujours que les histoires d’amour appartiennent à ceux qui les vivent. On a compris, depuis, la froideur de Michael Haneke, qui joue moins sur le partage que le ressenti. On trouve encore merveilleux qu’il reste à ce couple des anecdotes et des moments de grâce inédits. Et on trouve remarquable ces personnages, remarquablement interprétés.

On reverra volontiers In Another Country, de Hong Sangsoo, le 17 octobre 2012. Le film d’1h20 était une véritable bouffée de fraicheur à Cannes où les longs-métrages duraient en moyenne deux heures – qu’on sentait souvent passer. Une respiration innovante, qui, non contente de nous faire sourire présentait une réelle originalité, maline qui plus est, dans sa naïveté. Une qualité, que le jury a prêté à La Part des Anges de Ken Loach (sortie le 27 juin 2012), qui détendait sans surprendre vraiment.

On reverrait bien Au-delà des collines de Christian Mungiu, le 21 novembre 2012. Pour son plan de fin. Ce plan, dont on ne peut rien dévoiler, n’est pas un twist. C’est juste, je crois, ce que j’ai vu de plus intelligent au cinéma. Tout en pouvant être facultatif, il clarifie ce dont on se doutait, justifie et condense le propos du film, lui confère une autre perspective et s’avère particulièrement sensé. Les actrices et le scénario d’Au-delà des collines ont été récompensé. On lève, nous, notre chapeau à Christian Mungiu.

Pour finir, on ira revoir La Chasse de Thomas Vinterberg, le 14 novembre 2012. De toute la sélection cannoise, c’est celui qu’on a trouvé le plus efficace. Il n’exigeait pas du spectateur un œil aiguisé, ne s’affranchissait pas pour autant d’un propos fort, ni d’un travail léché. C’est le premier qu’on a voulu récompenser, et très vite, on a douté. La critique, loin d’être unanime, a accusé Thomas Vinterberg de manipuler son spectateur. Des reproches qu’on a entendus à Cannes 2000, envers un autre réalisateur danois issu du dogme : notre ami Lars Von Trier, pour son film Dancer In The Dark, taxé de lacrymal. Il avait gagné la palme, on ne décerne pas la notre à La Chasse, qu’on soutient toutefois.

Il est donc là, notre palmarès :

Palme d’Or : Holy Motors de Léos Carax
Grand Prix : Au-delà des collines de Christian Mungiu
Prix d’interprétation masculine : Jean-Louis Trintignant pour Amour de Michael Haneke
Prix d’interprétation féminine : Emmanuelle Riva pour Amour de Michael Haneke
Prix du jury : In Another Country de Hong Sangsoo
Prix de la mise en scène : Cosmopolis de David Cronenberg
Prix du scénario : La Chasse de Thomas Vinterberg

Il paraît loin, le temps où on guettait les rumeurs sur twitter. Audiard et Cotillard avaient été rappelés sur la croisette, on imaginait De Rouille et d’Os récompensé. On disait que le jury ne donnerait pas une palme d’or de plus à Haneke, que machin aimerait tel cinéma, que bidule le boycotterait. En fait, on s’en foutait. On faisait bien : la plupart des réalisateurs primés l’avait déjà été, le palmarès officiel (- qu’on vous fait confiance pour trouver), fut étonnamment attendu. On ne l’approuve pas mais on respecte ce qu’il dit : donner la palme au meilleur, la mise en scène à un exercice masturbatoire, le prix du jury à une comédie. Ce sont sur ces critères qu’on rend le notre, comme un hommage à ce festival de Cannes 2012, qui fut notre premier.

Bonus :

On a vu 12 des 22 films en compétition, et deux d’Un Certain Regard dont il sera l’objet plus tard. Par un complet hasard, deux canadiens : Laurence Anyways de Xavier Dolan (sortie le 18 juillet 2012), et Antiviral de Brandon Cronenberg (prochainement dans les salles, et sur Envrak!).

Quelques liens Cannes 2012 :

* Notre dossier complet sur Envrak
* Le bilan de Jean-Baptiste, notre acolyte d’Il était une fois le Cinéma.
* Les bilans de Guillaume (en français), ou Jon (en anglais), nos compères de France24.
* Les coups de cœur et déceptions par quatre critiques à Cannes 2012, le dernier jour sur le site Ecran Large.

Crédit UNE : AFP PHOTO / VALERY HACHE

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