Cannes 2013, #1 (compétition officielle) : Ozon / Zhangke

18/05/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

Cannes2013

Cannes premier jour, Cannes toujours. Avant-hier, jeudi 16 mai, nous avons retrouvé le festival de Cannes comme nous l’avions laissé l’année passée, avec sa pluie, ses râleurs (“Bad movies, bad weather”) et ses files d’attente, qui – quand elles ne débouchent sur rien – nous font rejoindre ledit camp des jamais contents. Ce fut le cas en fin de matinée avec The Bling Ring de Sofia Coppola, que nous avons pu rattraper dans la soirée après Jeune et Jolie de François Ozon, et Tian Zhu Ding (A Touch of Sin) de Jia Zhangke.

Jeune et Jolie : équipe contre

JeuneetJolieAfficheAu milieu des petits groupes de journalistes enjoués, la déception sur les jeunes et jolis visages de nos compères de projection (dont vous entendrez reparler). Comme nous, tous deux sont horrifiés par la fadeur d’un film que ne sauvent pas les quelques touches d’humour, pourtant bienvenues. C’est qu’on en attendait un peu, voire beaucoup, du petit dernier du réalisateur français (après Dans la Maison), pour le cocorico de la compétition officielle. On aurait souhaité qu’il aborde l’éventuel désir de prostitution dans un portrait osé de lycéenne ; et non qu’il souffre d’un manque de positions (sic) et d’une overdose de clichés.

La première image, via l’objectif de jumelles, annonce la couleur du cinéaste. Elle introduit Isabelle, 17 ans, qui ne ressentira rien en faisant l’étoile de mer – sur la plage – avec son jeune amant, histoire de passer le cap adulte. A la rentrée, elle couchera avec des vieux pour de l’argent, histoire d’inverser le processus. Avec, pour l’illustrer : ses arrivées en tailleur et chemisier de soie aux rendez-vous clients, ses départs post-coït en jean et pull trop large pour chez ses parents. Sur quatre saisons, Isabelle agit sans trop se demander pourquoi, à l’instar de son réalisateur. C’est que Jeune et jolie se contente – sûrement à raison – de poser la question de l’émotion (ou de son absence) chez une adolescente, filmée en format paysage.

Qu’importe le point de vue pourvu qu’on ait le panorama ? François Ozon s’égare à observer une jeunesse qui lui est étrangère, mais esquisse cependant d’autres thèmes avec plus de discernement, notamment la jalousie des femmes plus âgées (la mère, l’amie de la mère, la femme de l’habitué) – cet autre film aurait pu nous intéresser… Loin d’être un navet pour les gens de bonne foi, le dernier Ozon reste sous exploité, de son sujet principal à ses acteurs secondaires (pauvres dialogues que ceux de Géraldine Pailhas!). De Marine Vacth, qui interprète son héroïne, on ne retiendra qu’une scène de soirée lycéenne et un visage rendu expressif par la redécouverte d’une jeunesse “normale” (chez les riches). Une scène et deux adjectifs pour la forme, non pas jeune et jolie, mais maigre et gâchée.

Tian Zhu Ding : le pouvoir de l’objet

A touch of SinIl paraît que le long-métrage de Jia Zhangke ne ressemble pas aux précédents, que nous n’avions pas vus. A notre décharge, les amateurs de films d’auteurs ont aussi leur faiblesses : Zhangke nous avait été présenté comme un cinéaste sociétal, souvent sombre, parfois lent, tantôt bavard, tantôt silencieux. Ça avait l’air vachement bien mais on avait pas envie. A Cannes, si. Puisqu’on hoche la tête à chaque nom de cinéaste (et qu’en face, ils font pareil), on constate que les bagages sont différents, les cinéphilies aussi. On y voit l’occasion de participer à la tour de Babel du cinéma, sans plus de prétention que si on apprenait une autre langue après un week-end à l’étranger.

De retour sur Paris, nous n’apprendrons pas le chinois mais découvrirons volontiers Jia Zhangke. Bien que Tian Zhu Ding (A Touch of Sin) possède quelques longueurs, ses plans regorgent d’intelligence, ses scènes de propos, ses acteurs de talent. On a été séduit par ces quatre histoires, ces quatre personnages, tour à tour assaillis par le système, la routine, la condition féminine ou sociale. Ils luttent pour leur propre cohérence, héros discrets d’une Chine des temps précaires, du travail à la chaîne et des écart de classes. Ils trouveront leur salut (ou pas) dans la violence, offerte à eux par le biais de l’objet : le fusil, le pistolet, le couteau, la barre de fer. A chaque protagoniste son combat (contre les corrompus, l’ennui, les hommes, la société), à chaque combat son arme, et à chaque arme son sens, bien entendu. Toujours – et de façon certes répétitive – le sang conclut le parcours humain. Il se déverse dans un savant mélange de réalisme et de burlesque.

Savant, comme l’est Jia Zhangke qui jongle avec les thèmes comme avec les genres (du western à la romance contrariée). On adhère à ce cinéma, ce cinéaste, ainsi qu’à sa déclaration à l’AFP : “ce qui m’importe, c’est que ce film soit vu par le maximum de gens dans le monde, faire en sorte qu’il fasse naître des discussions, suscite des réactions. Ce serait le plus grand des bonheurs”. Ça fera le notre.

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