Cannes 2013, #2 (compétition officielle) : Farhadi / Kore-Eda

19/05/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , , ,

lepassé

Avant-hier, vendredi 17 mai, la pluie n’était annoncée qu’à partir de 14h et la compétition officielle présentait – le même jour – Le Passé d’Asghar Farhadi et Tel père tel fils d’Hirokazu Kore-Eda. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous, enchaîner les cinéastes iranien et japonais dans la même journée voulait dire beaucoup. Si Nicolas Winding Refn avait complété le trio, on aurait pu mourir tranquille à Cannes, et au soleil ! Au lieu de quoi, nous allons devoir survivre quelques jours de plus à la météo changeante et au manque de sommeil. Déjà qu’on a survécu aux tirs à blancs sur le plateau du Grand Journal où on n’était pas…

Le Passé : futur César

le-passe-past-posterDepuis A propos d’Elly, nous suivons Farhadi de près et nous efforçons de le faire connaître à nos lecteurs, quitte à comparer Une Séparation à Harry Potter. L’avantage avec Le Passé, c’est que nous n’aurons pas besoin de stratagème pour vous intéresser : c’est un film (en) français, avec Tahar Rahim, césar du meilleur acteur en 2010 pour Un prophète, et Bérénice Bejo, césar de la meilleure actrice en 2012 pour The Artist. Il faut croire que nos récompenses nationales excitent Asghar (détenteur de celle du meilleur film étranger 2012) et qu’il prévoit une orgie en 2014 avec ce que Le Passé aura raflé. On mise sur sa nomination, et éventuellement une ou deux sculpturettes au choix : meilleur réalisateur, meilleure actrice pour Bejo, meilleur acteur pour Ali Mossafa et peut-être meilleur espoir masculin pour le petit Elyes Aguis. Pour les palmes, on est plus sceptiques, Le Passé, bien que brillant, n’est pas du niveau de la filmographie de son metteur en scène. Mais quel metteur en scène !

Ahmad, iranien, débarque à Paris pour divorcer de Marie, française, et se retrouve à régler les conflits entre cette dernière et sa fille aînée. L’intervention du tiers, étranger à la situation, étranger de nationalité, permet un recul sur cette famille recomposée de classe moyenne. Le film fonctionne sur le même principe : il aura fallu Farhadi pour atteindre ce degré de justesse dans les dialogues ou les contextes, la vie modeste, la banlieue et le Paris de Porte des Lilas. Haut degré de subtilité également dans les petits riens qui font notre pays, sans qu’on ait besoin de les emphaser, voire d’en faire le sujet. Le Passé nous emmène au tribunal où le divorce à l’amiable se prononce selon les règles de la bureaucratie (ici rapide et insensible comme l’écho contraire à la scène d’ouverture d’une Séparation), dans le pressing où l’employée travaille au noir, dans le bistrot où le patron est aux petits soins. Farhadi – et son appétence pour les huis clos – oblige-nt, la camera ne nous entraine pas plus loin : hormis la station de RER, la voiture et l’aéroport, la totalité des autres scènes se déroule de la maison de Marie. Asghar offre une démonstration de réalisation, discrète et huilée, où le lieu est l’outil et le cadre de génie. On ne reproche au Passé que son absence de dénonciation ou de constat social plus général qui – sans être obligatoire – conféraient aux précédents longs-métrages (iraniens, ceux-là) du cinéaste davantage de cachet. Le rythme du film s’avère bancal lui-aussi, monotone puis passionnant. Cette deuxième partie de suspens fait cependant la force du film dont on n’était plus sûr qu’il nous intéressait.

Tel père, Tel Fils : laisse pas trainer ton film

telpèretelfilsDepuis Nobody Knows, nous suivons Kore-Eda et promouvons – dès que l’occasion se présente – son cinéma. Nous vendons Nobody Knows en trois phrases, Still Walking en ne décrivant qu’un seul de ses plans. On aura du mal cependant à vous présenter les scènes les plus fortes de Tel père, tel fils sans vous spoiler, à savoir : ses répliques à fendre le cœur et cette idée visuelle qui a mouillé nos yeux, jusqu’alors persuadés qu’ils avaient vu un film magnifique mais dénué d’empathie. Sur ce point, le dernier Hirokazu rejoint son concurrent iranien : quand vient l’ennui frappe le talent.

Si on sent passer les 2h durant les moments creux, c’est qu’ils sont accentués par notre antipathie envers le personnage du père, et ceux qui voudraient le laisser faire – non, notre nuit de trois heures n’y est pour rien. Kore-Eda prend son temps tandis que son spectateur bouillonne intérieurement, impatient d’une résolution et dérangé par l’absurdité du système japonais, où deux bébés échangés à la naissance doivent reprendre leur place biologique une fois le crime révélé. Car c’est là l’histoire de Tel père, tel fils, celle des riches Nonomiya, obsédés par la réussite professionnelle, et des Saiki, dont les parents, propriétaires d’une petite droguerie, ont gardé leur âme d’enfants. Leurs garçons respectifs Keita et Ryusei, six ans, ne partagent pas leur sang. Les familles, en procès avec l’hôpital, essayent de trouver un arrangement. Confrontation des classes encore, mais aussi des styles de vie, sans condescendance aucune du réalisateur envers les uns ou les autres. Et casting merveilleux toujours : des deux gamins si kawaï à la grand-mère loufoque, dont les bouffées d’humour donnent des envies de câlins. Depuis Nobody Knows, il est de plus en plus évident qu’Hirokazu Kore-Eda possède un don unique pour la direction d’enfants. On pourra peut-être mettre un mot, un jour, aussi, sur sa façon de filmer les liens familiaux, d’une sensibilité et d’une finesse remarquables. Un cinéma de petites fulgurances enfin : pour ces trois dialogues-là, cette lumière-ci, ces quatre scènes, ces deux sourires ou encore ce paysage, Tel père, tel fils (Soshite chichi ni naru) aurait pu durer le double sans cesser de nous fasciner – – mais oui, on aurait piqué du nez.

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1 commentaire

    TAG 3 und 4: Alles über das Festival de #Cannes2013 | CINEONLINE.NET  | 06/03/14 à 14 h 56 min

  • […] Der Film “LE PASSÉ” ist ein den Film den letzten Tagen der irgendwie geschafft hat sich der Aufmerksamkeit der Presse zu erhalten… was schon immer eine Leistung ist. In sicht der Palme d´Or für “LE PASSÉ”? ist aber schon im Kino seit 17. o5 in Frankreich zu sehen […]

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