Cannes 2013, #3 (un certain regard) : Coppola / Guiraudie

20/05/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

inconnulac

Cette année, on fait le choix de ranger les films au feeling – en l’occurence parce que ces deux là sortent ensemble le 12 juin – et de ne pas publier chronologiquement. Une décision dictée par notre expérience passée et notre retard rédactionnel actuel, accumulé pour cause de problèmes logistiques et non – ou pas encore – de soirées débauchées. Chiche tu prends tes billets de train pour Cannes une heure avant le départ et sans avoir de logement ? Chiche t’es obligée d’en trouver un dans les deux jours et tu publies dès que t’es installée ? Si Envrak s’avère fidèle à son nom, c’est avant tout grâce à son absence de moyens financiers. Visez un peu le prix des annonces, les 100€ par nuit chez l’habitant, les 1500€ la quinzaine à 30 minutes à pied du Palais. Mettons que vous vous y êtes pris à la dernière minute parce que vous n’étiez pas sure d’avoir de quoi payer le transport ET vous loger, mettons que vous soyez la seule accréditée parce que l’audience de votre support est trop faible pour que le service presse vous accorde deux rédacteurs, vous n’aviez pas d’autres choix que d’attendre les bonnes rencontres, et profiter des désistements de dernière minute.

Jeudi 16 mai : The Bling Ring de Sophia Coppola

The-Bling-Ring-poster-trailerjpgDu coup, on regarde les histoires d’adolescents friqués d’un autre œil, à la fois plus curieux et plus agacé. Le film de Sofia Coppola tombe pourtant un point nommé. D’une part, nous le voyons après le Jia Zhangke, soit comme une bouffée d’air futile, distrayante et bienvenue. D’autre part, il est diffusé le même jour que le François Ozon. On se délecte déjà de les rapprocher, histoire de flatter Sofia, vu que Jeune et Jolie, on n’a pas apprécié. Les deux cinéastes, sensiblement du même âge, traitent – d’une manière ou d’une autre – de la jeunesse. L’un semble ne rien en avoir compris et rythme son film avec Françoise Hardy, l’autre se paye le luxe d’une bande-son pertinente et punchy (M.I.A, Azaelia Banks, etc).

Trois jours après, notre enthousiasme retombe comme un soufflé. Nous étions sortis mitigés de la séance, somme toute agréable. Il ne nous en reste pas grand chose, à peine l’envie d’en parler. Avec ses jeunes dans l’illégalité, son utilisation de la BO, ou encore le dynamisme de son montage, on préfère rapprocher The Bling Ring à Spring Breakers, et réhabiliter le film d’Harmony Korine qu’on a trouvé plus riche, plus pensé, plus barré (et que nous n’avions pas traité). A l’origine de celui de Sofia Coppola, une histoire vraie, dont elle s’empare avec efficacité. On aime sa façon de montrer l’univers factice de ces adolescents, l’utilisation des réseaux sociaux (de facebook surtout et ces photos à bout de bras, prises en soirée), celle de google map / actualité aussi, qui permet au gang de savoir que Paris Hilton est à Vegas ce soir, et de voir sa maison sur street view, avant d’y pénétrer par infraction. On ne s’enlève néanmoins pas de la tête que Sofia aurait pu faire mieux sur le même sujet, en lâchant le fait divers pour plus d’inventivité (et d’intérêt). The Bling Ring manque d’ambition, de prise de risque, et décourage finalement le spectateur d’aller chercher plus loin que la distraction – certes maitrisée – au bout de son nez. Quant à Emma Watson, on croyait bêtement qu’une actrice qui passait par Coppola était promise à un grand avenir (ex : Kirsten, Scarlett, Elle) mais son rôle n’a rien du rôle d’une vie. Sa carrière reste à tracer.

Vendredi 17 mai : L’inconnu du Lac d’Alain Guiraudie

C’est la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et c’est aussi le jour où la loi sur le mariage pour tous a été promulgué, ce qui a permis à certains de se lâcher dans la queue – et pas de la même façon que Guiraudie – : “Franchement, c’est un film que j’ai pas du tout envie de voir, moi les histoires d’homos et de mariage gay je m’en fous complètement”. Nous non. On est pour, on était aux manifs de l’égalité et le hasard à voulu que les deux rédactrices en chef d’Envrak s’y fasse immortaliser par rue89 [ndlr : mais on ne peut pas linker ici la photo de Sabrina, 33 ans, hétéro, sans se faire censurer quand elle nous relira]. On est également pour les histoires d’homos au ciné, d’amour et de sexualité débridée comme dans L’inconnu du Lac, belle surprise de la sélection Un Certain Regard. Elle nous a été présenté sur scène par son réalisateur, qui a fait monter à ses côtés de la stagiaire régie à la production, en passant par les figurants. Il parlait avec beaucoup d’émotion Alain, et au spectateur qui lui a crié “à poil”, il a répondu “ça vient”.

inconnulac2C’est venu dans les premières images du film : Guiraudie à la fraiche, en mode bronzette sur sa serviette de bain. Son personnage principal, Franck, fréquente en effet une plage naturiste gay, dont le sous bois adjacent fait office de lieu de drague libertin. Dans ce huis-clos à ciel ouvert (le parking, le sous-bois, la plage, l’eau), il y croise deux garçons qu’il n’avait encore jamais vu : avec l’un il sympathise, avec l’autre il s’ébat. Ça bande, ça gicle, ça branle, ça suce, ça baise. Au bout de trente minutes de films, certains festivaliers quittent la salle. Leur départ nous surprend plus que toutes ces bites à l’écran. Un jour à Cannes, nous aurons peut-être des messages d’avertissement “attention scènes à caractère pornographique”, ça nous tristera. On plaint déjà ces personnes de ne pas être restée jusqu’à la fin, magnifique, et d’avoir manqué toute la poésie qui nous a – nous – profondément touché. L’inconnu du lac raconte une communauté qui se mate, à la fois tendre et égoïste, loin des clichés de métrosexuels urbains ou des préjugés sur le cul comme acte de consommation dénué de sentiments – y’a pas que la mécanique dans la vie, y’a la magie aussi. Mieux, le long-métrage traite des rencontres éphémères, à la fois grisantes et dangereuses (surtout quand un meurtre vient les corser), des cœurs qui s’emballent – et des corps qui s’empalent. Mention pour l’écriture, pour ces dialogues parfois si banals qu’ils en deviennent drôles ou émouvants. Mention pour la réalisation anxiogène, la lumière et les plans récurrents, comme les arrivées de Franck sur le parking de la plage, systématiquement filmées, qui nous permettent d’attribuer chaque voiture à son habitué. Mention, enfin, pour Alain Guiraudie et ses acteurs, qui donnent tout sans budget – on se sent bien plus proche de ce cinéma-là.

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