Cannes 2013, #7 : Gonzalez / Bruni-Tedeschi / Haroun

25/05/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

Levés à 7h, couchés à 3h, on demande le minimum à notre appartement cannois, à savoir : pouvoir dormir, se laver, et utiliser les toilettes un peu plus longtemps que ceux du Palais – si on n’est pas constipé. Convenons le : c’est trop demander pour une envrakée. Suite aux pluies de samedi, l’enseigne du tabac d’en bas a subi comme un court-circuit. La prise de terre aurait alors envoyé tout son jus à notre tuyauterie. S’il n’y a pas mieux qu’une douche électrique pour réveiller le matin, nous avons eu peur de rejoindre Claude François, sans même avoir vu le Nicolas Winding Refn (cf Cannes 2013 #2). Découvert lundi, le mystère fut résolu mercredi. Aujourd’hui, vendredi 24 mai, ce sont les canalisations qui sont bouchées : le bac et la cuvette font vases communicants. Au delà du glamour du tapis rouge se déroule pour Envrak un autre festival : celui de la poisse.

Semaine de la critique : Les rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez

rencontres-d-apres-minuitUne journée qui débute par une électrocution peut toutefois être une bonne journée, la meilleure en l’occurrence pour ce lundi 20 mai qui diffusait La Grande Belleza de Paolo Sorrentino, Un Château en Italie de Valeria Bruni-Tedeschi et Les Rencontres d’Après Minuit de Yann Gonzalez. Avec A Touch of Sin, L’inconnu du Lac, et bientôt La vie d’Adèle (à paraître), Les Rencontres d’Après Minuit s’assure une place quasi-indélogeable dans notre top 10 de l’année. Romantisme, onirisme, surréalisme, lyrisme, orgie, Yann Gonzalez prend le risque d’un univers très personnel, celui de s’exposer, et celui des sentiments – quand les films en compétition semblent vouloir les éviter. Il ose aussi Béatrice Dalle et Éric Cantonna dans une scène qui frôle la série Z, totalement assumée. Parce qu’il nous a profondément touché, ce premier long-métrage inventif, créatif, et non exempt de défauts, fera l’objet d’une couverture complète sur Envrak. Avec, dès la semaine prochaine, les interviews de Niels Schneider, Kate Moran et Yann Gonzalez (ci-dessous).

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Sélection officielle : Un Château en Italie de Valéria Bruni-Tedeschi

IMG_20130520_155203“Valéria, ramène toi, on t’attend à l’intérieur”. On a gravi l’escalier du Théâtre Lumière et patienté bien installé l’arrivée de l’équipe d’Un Chateau en Italie. Dans la salle, l’écran (ci-contre) projette la montée des marches de la réalisatrice, entourée (entre autres) de sa mère Marisa Borini, son acteur Louis Garrel, et sa co-scénariste Noémie Lvovsky. A ce stade de la journée, on ne sait pas encore qu’on va voir son meilleur film, le plus intense et le mieux rythmé. Avec, toujours, cette touche autobiographique quelque peu nombriliste (qui déplaira à une bonne partie de la presse, internationale surtout), puisqu’il s’agit là de l’histoire d’une famille bourgeoise italienne et plus précisément de Louise, ancienne actrice un brin hystérique, séduite par un jeune homme lui-même acteur (et fils de cinéaste). Son frère se meurt du SIDA, son désir de mère est plus fort que tout. Valéria Bruni-Tedeschi jongle ainsi entre drame et comédie.

Un Château en Italie raconte une histoire d’amour et de femme, tournée en Italie et en France (en italien et en français) avec une telle fluidité qu’on ne s’aperçoit pas toujours que la langue a changé. Après Tel père, tel fils de Kore-Eda, c’est la deuxième fois qu’on pleure devant un film en compétition ; la première fois juste après avoir ri comme une abrutie. Drôle et émouvant donc, le Valéria Bruni-Tedeschi ose lui aussi le romantisme cher aux fleurs bleues et soigne la totalité de ses scènes pour une véritable efficacité. Elle est servie par ses acteurs (le charmant Filippo Timi, l’espoir confirmé Céline Salette) et une bande-son à l’italienne, qui donne envie de taper du pied – et met du soleil là où il sera le bienvenu début octobre, à la sortie du long-métrage – qu’on vous conseille dès aujourd’hui de découvrir au ciné.

Sélection officielle : Grigris de Mahamat-Saleh Haroun

grigris-afficheAlerte à la discrimination positive ! Notre affection pour Grigris se résume à sa nationalité tchadienne, voire à un cocorico boiteux – et c’est le cas de le dire – pour un film francophone. Loin de la perfection des autres compétiteurs, le cinquième long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun se construit autour de sa faiblesse principale, un acteur peu crédible (débutant) mais ô combien intriguant : Souleymane Deme. Handicapé, édenté, l’homme à la peau d’ébène se fait filmer de près, son torse musclé, son dos luisant, et de plus loin : sa jambe atrophiée, paralysée. Dans la nuit, ce sont ses dents et ses yeux blancs qui captent la camera conférant à Grigris tout son charisme, qui ne serait rien sans ce corps auquel trois dialogues suffisent – merci.

Car Grigris, le personnage, danse malgré son handicap, dans les clubs pour faire tourner le chapeau et seul en scène, sans spectateurs, pour s’exprimer. Son beau-père tombe malade et il lui faut payer les frais d’hôpitaux, quitte à travailler dans l’illégalité. Grigris, lui, tombe amoureux d’une prostituée avec une perruque afro, qui ne montre ses cheveux que dans l’intimité – jolie idée. Le Tchad, ses trafics d’essence, ses huttes en paille à quelques kilomètres de la ville et de ses boîtes de nuit : le film de Mahamat-Saleh Haroun vaut surtout pour son contexte, ses scènes de danses magnifiées, et cet instant comique dans un village de femmes que nous ne voulons pas spoiler. Son scénario pèche en revanche, faute à l’accent mis sur l’agaçante naïveté de son personnage principal. “Heureux les simples d’esprit” semble dire Grigris en disposant des obstacles de taille sur le parcours de son estropié, qui les surmonte dans la souffrance et le mutisme, mais en un claquement de doigts. On regrette également les trop nombreux plans de dos de Soulemane Deme qui mettent en avant sa démarche bancale : comme pour ne pas perdre la balle lors d’un match de tennis, nous n’avons pu cesser de nous incliner.

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