Cannes 2013, #8 : Soderbergh / Payne / Des Pallières

26/05/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , ,

Sabrina se sent toute petite depuis qu’elle a regardé le cinéma dans les yeux avec Only God Forgives, mercredi 22 mai. Un statut facebook, un échange de textos et nous décidons qu’elle écrira l’article, puisqu’à Cannes, nous n’étions pas emballés. Dans la lignée de ses précédents long-métrages, Nicolas Winding Refn propose un film ultra mis en scène, violent et lent, avec Ryan Gosling. Une synthèse ou un condensé de sa filmographie sans fautes : le trafic de drogue Pusher, le mysticisme – et l’absence de scénario – de Valhalla Rising, la violence esthétisée de Bronson, le bovin de peu de mots de Drive. Adepte des ponts entre ses films, le réalisateur danois ne propose ici rien d’autre qu’une variation sans épaisseur, qu’il élève toutefois au rang d’art cinématographique. Pour le comprendre : suivre la plume d’une autre envrakée.

Behind the Candelabra (Ma vie avec Liberace) de Steven Soderbergh

ma_vie_avec_liberace“Attends mais c’est Scott Bakula ?!”. Quand on l’a vu à l’écran, on s’est senti picoter de l’intérieur, en mémoire de Code Quantum. Scott a un second rôle dans le Soderbergh, de brèves apparitions, juste assez pour qu’on veuille partager notre nostalgie à la sortie. Et là, c’est le drame : nos camarades de festival ne connaissent pas la série télévisée, il nous faudra attendre de croiser Perrine Quennesson (Radio Campus Paris / Ecranlarge.com) en soirée pour dire notre plaisir de voir l’acteur au cinéma.

Retour sur le propos de notre introduction Cannes #6 : Ma vie avec Liberace était un de ces films bien fait qui ne nous ont pas touché. Ou presque, car le dernier Soderbegh raconte la terrifiante histoire de Liberace, un pianiste à succès de la fin des années 70, qui se nourrit de l’âme de ses amants pour y injecter ensuite sa solitude et ses excentricités – jusqu’à en faire des clones (ou des horcruxes). Ici, le cas plus particulier de Scott Thorson, apprenti vétérinaire étranger aux paillettes qui – par amour – sombrera dans les strings, les régimes, les opérations, les médicaments et les fourrures. De leur rencontre au terme de leur romance, cette même gêne et l’envie d’un happy end pour ces personnages auxquels on s’attache puis on s’empoisonne tant ils représentent “la raison pour laquelle l’homophobie existe” (Jean-Baptiste Viaud / Il était une fois le cinéma). A savoir : des homosexuels profondément clichés, narcissiques et malsains, à la limite de l’inceste (puisque Liberace voudrait adopter Thorson). Steven Soderbergh s’applique à filmer cette déchéance, aussi physique, sur les visages de Matt Damon et Michael Douglas (bons pour la statuette) et via le traitement horrifique – et éloquent – de la chirurgie esthétique. Dans le rôle du chirurgien, Rob Lowe, dont la composition hilarante vaut à elle-seule le déplacement.

Nebraska d’Alexander Payne

nebraska-payneTrois jours qu’on se pose LA question : pourquoi ce noir & blanc ? Quel intérêt dans l’absence de couleurs de ce road trip sur quatre états, ponctué d’enseignes, de granges, etc – et qui, en plus, s’appelle Nebraska ? Esthétisez-le un peu, ou rendez-nous nos camionnettes bleues, nos néons rouges, nos autoroutes aux bordures sablées. Tant qu’à s’interroger : pourquoi ce film en compétition officielle ? On l’aurait bien vu à Sundance mais on saisit mal la raison pour laquelle il côtoie à Cannes La Grande Bellezza ou le Jia Zhangke.

Woody a reçu un prospectus lui annonçant qu’il avait gagné un million de dollar. Le vieil homme, alcoolique, sénile et borné, veut récupérer son gain dans le Nebraska. David, son fils cadet y voit l’occasion de s’échapper de sa vie monotone et de passer du temps avec un père qu’il connait peu. Il comprend également la raison de tout ceci : plus que l’argent, Woody a besoin d’un but dans sa vie. Nebraska est un film mignonnet qui repose sur sa galerie de personnages et son duo d’acteurs : Bruce Dern et Will Forte. Le premier a aujourd’hui 76 ans, et une filmographie impressionnante qui s’étend jusqu’en 1960. Son air hagard et sa démarche trainante insufflent son rythme à l’image. Le second campe un personnage doux et compréhensif qui contribue à l’aura sympathique du film : ses bons sentiments, son postulat, son humanité. Sensible à l’humour d’Alexander Payne, son Amérique dérisoire, ses répliques parfois noires, on a plus de mal avec celui des festivaliers présents à notre projection, à leurs éclats de rires tantôt forcés, tantôt déplacés – comme s’ils avaient la responsabilité d’attribuer son étiquette comédie à Nebraska. Il émane pourtant du long-métrage une certaine tristesse et une immense mélancolie que les yeux de chiens battus de ses deux interprètes ne cessent d’accentuer.

Michael Kohlhaas d’Arnaud Des Pallières

kohlhassOn a cru rêver quand on a vu l’acteur pour lequel Envrak a créé un tag qu’il ne prononce qu’avec hystérie (comme celui de Michelle Williams), réduit à un rôle qu’on lui a déjà vu jouer, soit un type des grands espaces en costume d’époque (ou quand Le Guerrier Silencieux rencontre Royal Affair). On a cru défaillir, aussi, quand on a vu Arnaud Des Pallières à deux doigts de gâcher le talent de Mads Mikkelsen et Mads jouer en français.

Ici, deux choix : écrire une critique honnête sur ce western cévenol qui rejoint la série cannoise des bien faits, bien interprétés, ou avouer qu’on le pense radical et ennuyeux à souhait. En cette fin de festival, alors qu’on risque de piquer du nez, on trouve moyen cool de nous imposer Michael Kohlhaas en soirée. L’astuce Envrak, c’est le chewing-gum, car mâcher tient éveillé : on mâchera ici à s’en mordre les joues. Si le parallèle est possible – et pertinent – avec la violence de notre société actuelle, cette austère histoire de marchand de chevaux du XVIème siècle qui entre en guerre pour la justice, peut facilement bercer voire agacer. Sous l’angle de la bonne foi, ce héros intègre veut qu’on respecte ses droits, sans faire de compromis (élémentaire et admirable, sauf pour la partie “on tue des gens” que Denis Lavant (<3), en bon pasteur, viendra dénoncer). Sous celui de la mauvaise, c’est un mec qui chipote parce que ses chevaux sont sales : il devient très facile pour nous de s’en moquer, malgré la noblesse de cette reconstitution en extérieur, de ce cinéma sec et rigoureux. Au final, seul un trait du film retiendra notre attention : l’obstination de Des Pallières à filmer la solitude de son personnage incompris. S’il y avait une palme de la droiture, de la loyauté, ou de la monomanie, elle serait pour lui.

Photo de UNE : la terrasse de la salle presse du Palais.

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