#Cannes2015 : Haynes, Nasser – carré court et dégradé

18/05/15 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

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Dimanche 17 mai, quatrième journée au festival de Cannes.

Notre programme :

12h – Carol de Todd Haynes (compétition officielle)
17h15 – Dégradé de Tarzan et Arab Nasser (semaine de la critique)

Deux films, et c’est pas si mal. Au quatrième jour du festival, nous n’avons été recalé que deux fois par manque de place : pour The Sea of Trees de Gus Van Sant en compétition officielle vendredi, et pour Green Room de Jeremy Saulnier à la Quinzaine des réalisateurs aujourd’hui. Ce matin, le réveil a sonné en vain huit fois pour Mon Roi de Maïwenn, qu’on ne pourra malheureusement pas rattraper.

Carol :

Hier en soirée, Carol nous était survendu : les personnes avec qui on traine, trainent avec des chamallows. L’esthétique des années 50 c’est sympa mais la fourrure, les gants, les chapeaux et les cols d’impers remontés ne suffisent pas à maintenir notre intérêt. Après une petite demi-heure à chercher une position confortable sur notre strapontin, Cate Blanchet a dénoué son peignoir et on n’a plus bronché. Pourtant happés dès les premières minutes par la main de Carol (Cate, donc) sur l’épaule de Thérèse (Rooney Mara), et par son émoi manifeste, nous avons mis du temps à nous attendrir de cette romance, dont la littérature semblait nous avoir déjà abreuvés. Perdue dans ses pensées, Thérèse se souvient d’abord de sa rencontre avec l’élégante Carol, à l’époque où elle n’était que bourgeon troublé. Rooney Mara interprète au mieux son personnage paradoxalement illimité : mignonne, polie, en retrait bien que centre de l’attention de Carol – et de Carol. Ne sachant ce qu’elle veut, Thérèse dit oui à tout jusqu’à ce que ses approbations se conforment à ses désirs, et les lui révèlent. Ici nous entrons dans l’histoire, presque par le même cheminement, occupés jusqu’à présent à nous satisfaire de la jolie photographie comme Thérèse se contentait de sa vie. Si la sophistication du Todd Haynes, et la performance de ses actrices, permettent au film de se laisser regarder, une poignée de scènes nous permet, quant à nous, de sincèrement l’apprécier. La dernière notamment, vaut à elle seule le déplacement : quand la camera subjective peine volontairement à tout capter dans son image, on a failli se lever pour l’y aider – mais on ne peut en dire plus sans spoiler.

Dégradé :

On ne voulait pas la faire mais on l’a pensé et quand on a pitché le film aux copains, ils ne l’ont pas loupé : “Dégradé, c’est un peu le Caramel palestinien”. Certes, plus réducteur tu meurs : l’esthétisme, l’ambiance, le contexte, rien ne colle à part le procédé. Les conversations de treize femmes dans un salon de coiffure dressent l’état des lieux de la vie des Gazaouis. Dehors, un conflit entre le Hamas et la mafia (tiré d’un fait divers). A l’intérieur, des personnalités fortes, archétypes assumés : la bourgeoise amère, la gérante russe, la droguée, la religieuse, la future mariée, la divorcée, etc. Les caricatures permettant d’apporter l’humour nécessaire au récit sans le priver de sa sensibilité. Au delà du conflit israélo-palestinien, les frères Nasser s’intéressent ainsi aux quotidiens de ces figures féminines, à leurs façons de sauver les apparences et à leurs réactions face à l’absurdité – quasi-burlesque – de la guerre. Pour justifier que les langues se délient, les employées sont lentes, et les clientes s’ennuient. Le film en pâtit, son absence de rythme à peine voilée par une utilisation malavisée de la musique mais efficace des bruits extérieurs. Les faiblesses de ce premier long-métrage entament cependant peu l’ambition de ses réalisateurs loufoques (de 27 ans !). On salue leur emploi malin de deux grands miroirs (en “triptyque”) dans l’institut de beauté, qui conservent à l’image toutes ses protagonistes. La sortie du huis clos, par ailleurs, fut un crève-cœur.

2-Degrade

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