Ce n’est qu’un début : un jeu d’enfants

21/11/10 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

Prenez une caméra. Placez-la dans une école, devant quelques élèves de maternelle. Allumez une bougie, prononcez le mot “philosophie”, et filmez le tout. Vous obtiendrez Ce n’est qu’un début, café philo en couches culottes où on fait parler les enfants de mort, d’amour, de liberté et de bonheur.

” Les enfants sont tous philosophes, seuls certains le demeurent “ : cette affirmation radiophonique de Michel Onfray serait à l’origine du projet selon la productrice, Cilvy Aupin. L’initiative, inédite en France, permet donc à une poignée d’enfants de 3 à 4 ans de l’école Jacques Prévert (au Mée-sur-Seine) de se frotter au difficile exercice du débat d’idées. Tout ceci est très louable. Mais le résultat à l’écran soulève quelques légitimes questions au vu des partis-pris de mise en scène, l’un deux consistant à montrer le moins possible l’institutrice, pourtant indispensable au bon déroulement de l’exercice et quasiment réduite ici à une vague présence hors-champ. Les enfants paraissent donc livrés à eux-mêmes, animant les débats à la lueur de la bougie et ponctuant leurs interventions de très posés “ah non je suis pas d’accord avec toi”, et “moi je suis d’accord avec Naomi” (car la petite Kyria est toujours d’accord avec Naomi, et les réalisateurs semblent s’en amuser). Lorsqu’ils parlent d’amour – et de sexualité – les discussions prêtent à sourire : “c’est pas possible, deux filles qui s’aiment” affirme Abderahmène, dont les fantaisies capillaires et les tendances narcoleptiques constituent un indéniable ressort comique. “Eh ben moi j’aime Naomi, mais je suis pas amoureuse d’elle” répond Kyria. C’est qu’ils ont oublié d’être idiots, ces enfants, et comme la vérité sort toujours de leur bouche, on ne s’étonnera pas outre mesure de les entendre affirmer avec aplomb que la liberté, c’est quand on peut sortir de chez soi pour aller chez sa tata en face, ou que “quand on meurt, on va au paradis de son dieu. Évidemment, le débat continue une fois la bougie éteinte. A la maison, donc, auprès de parents dont on aimerait connaître les points de vue, et qu’on aimerait entendre expliquer à leurs petits que oui, deux filles qui s’aiment, c’est possible. Mais non. La caméra de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier n’aime pas les adultes, comme si ça n’était pas le propos alors que le sel de l’exercice réside précisément dans la “confrontation” grands-petits. Une frustration renforcée par l’issue d’une conversation sur le bonheur, durant laquelle la question d’un garçonnet à ses parents, “mais à quoi ça sert de faire des enfants ? Ca sert à rien, je le vois bien que ça rend pas heureux : vous arrêtez pas de me gronder” reste sans réponse. Coupée au montage.
Au final, la copie n’atteint que péniblement la moyenne, souffrant de l’absence quasi-constante d’un contrechamp essentiel.

Si la présence de tout petits au générique d’un documentaire est souvent gage de moments drôles et attendrissants – les enfants, c’est mignon et joufflu – mieux vaut donc ne pas attendre de Ce n’est qu’un début qu’il atteigne le niveau de Etre et avoir, de Nicolas Philibert (2002), qui avait le mérite, à défaut de faire palabrer les enfants sur le comment du pourquoi l’Homme, de donner aussi la parole aux adultes.
“Ce n’est qu’un début”, de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier, en salle depuis le 17 novembre.

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1 commentaire

    verlad  | 20/11/10 à 22 h 59 min

  • Pas du tout d’accord avec cette analyse. Quant à Etre et avoir, il montrait surtout un instituteur rétrograde (dont on sait depuis quel profit il a tenté de faire avec le film une fois le succès de celui-ci acquis). Ce n’est qu’un début ne montre pas le point de vue des adultes, parce que c’est un choix scénaristique. Je n’ai pas l’impression d’avoir vu le même film ! Tu passes à côté du fait — essentiel à mon sens — que le film est une réponse aux propos de Darcos qu’on entend dans le générique sur le fait que les enseignants de maternelle sont surdiplômés par rapport à leur mission qui serait de changer des couches et de faire faire des siestes aux petits. D’ailleurs, tu parles toi-même de couches culottes en début d’article, tombant (involontairement, bien sûr) dans le même travers… Dommage.

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