César 2008

01/02/08 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Sans surprise, c’est le biopic La Môme, d’Olivier Dahan, qui rafle la mise coté nominations, avec 11 possibilités de statuettes. Plus inattendu, Un Secret, de Claude Miller, compte le même nombre de citations, et se pose en outsider de poids. En 2ème position sur la ligne de départ, Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel pourrait très bien créer la surprise. Le détail des nominations dans les principales catégories.

Meilleur espoir féminin
En section parallèle l’année dernière sur la croisette, le film Naissance des Pieuvres, de Céline Sciamma, a fait sensation auprès des festivaliers, et dans la foulée, a révélé deux actrices précieuses, Adèle Haenel et Louise Blachère, que l’on retrouve légitimement dans la catégorie “espoir féminin”. Toutes deux ont leur chance, mais c’est certainement Hafsia Herzi, pour la Graine et le Mulet, d’Abdellatif Kechiche, qui touchera le jackpot. Si Clotilde Hesme enlevait aussi le morceau dans Les Chansons d’Amour, Audrey Dana semble avoir un peu moins retenu l’attention dans le dernier Lelouch, Roman de Gare.

Naissance des Pieuvres, la naissance de deux grandes actrices

Meilleur espoir masculin
Excellent dans 99 francs, Jocelyn Quivrin, qui y volait carrément la vedette à Jean Dujardin, pourrait aisément préparer son discours de remerciements. Mais il faudra compter avec le petit favori, Grégoire Leprince-Ringuet, qui, dans la catégorie “Nom à coucher dehors”, rafle déjà toutes les récompenses. De la cérémonie des César, il pourrait bien repartir avec un diplôme de 7 kilos pour sa performance dans Les Chansons d’Amour. Aux côtés de ces deux acteurs de poids, Nicolas Cazalé (Le Fils de l’Epicier), Johan Libéreau (le principal outsider, qui a fait forte impression dans Les Témoins) et Laurent Stocker (Ensemble, c’est Tout), auront fort à faire pour s’imposer.

Meilleur premier film
Egalement nommé dans la catégorie “Meilleur Film”, Persepolis, adapté de la bande-dessinée de Marjanne Satrapi, fait office de vainqueur tout désigné, permettant au méga-favori La Môme d’être en meilleure place pour rafler la récompense ultime. Naissance des Pieuvres a lui aussi toutes ses chances. Ceux qui restent, d’Anne Le Ny, et Et toi t’es sur qui, de la jeune Lola Doillon, sont d’honnêtes concurrents. On ne peut pas en dire autant de Tout est Pardonné, de Mia Hansen-Love, l’un des films les plus prétentieux et rébarbatifs de l’année, dont on se demande à quoi exactement il doit sa présence parmi les nominés.

Persepolis sera t-il le premier film d’animation à rafler le césar?

Meilleur second rôle féminin
Compétition très ouverte, dans cette catégorie où aucune actrice ne se détache vraiment. Jugez plutôt:
Julie Depardieu dans Un Secret, Noémie Lvovsky dans Actrices, Bulle Ogier dans Faut que ça danse !, Ludivine Sagnier dans Un Secret et Sylvie Testud dans La Môme. Si l’on doit vraiment s’avancer, c’est à cette dernière que l’on prédit la victoire.
On profite de l’occasion pour s’élever contre l’absence absolument injustifiée, dans cette catégorie, des actrices du Scaphandre et le Papillon, toutes formidables, de Marie-Josée Croze à Emmanuelle Seigner en passant par Anne Consigny et Olatz Lopez Garmendia. La réussite du film leur doit beaucoup, ce qui a visiblement échappé à l’Académie des César.

Meilleur second rôle masculin
On attend avec impatience le sacre de l’excellent Sami Bouajila, que l’on espère voir repartir récompensé grâce à sa performance dans Les Témoins. Face à lui, l’incontournable Pascal Greggory n’aura probablement pas de César cette année pour La Môme, et Fabrice Luchini ne renouvelle pas son jeu dans Molière. Reste Michael Lonsdale (La Question Humaine), qui pourrait créer la surprise, tout comme Laurent Stocker, qui a du impressionner l’académie dans Ensemble c’est Tout puisque deux nominations couronnent cette seule performance.

Meilleur scénario
On croise les doigts pour Abdellatif Kechiche, déjà largement récompensé en 2005 pour L’Esquive, mais qui mériterait de voler la vedette à Olivier Dahan (La Môme). Jolie surprise pour Julie Delpy, avec une nomination pour Two Days in Paris, ainsi que pour Anne Le Ny (Ceux qui Restent). Peut-être trop académique pour s’attirer les faveurs des votants, le scénario de Molière, pondu par l’ancien critique Laurent Tirard et son complice Grégoire Vigneron, se voit tout de même gratifié d’une nomination.

La Graine et le Mulet, d’Abdellatif Kechiche, créera t-il l’évènement, trois ans après L’Esquive?

Meilleure adaptation
Du très très lourd dans cette catégorie, avec les adaptations de cinq bestsellers qui ont donné naissance à cinq films d’envergure. Coté rédaction ciné à envrak, le coup de coeur va au film de Schnabel, Le Scaphandre et le Papillon, et à Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, lequel pourrait bien repartir victorieux. En face, Claude Berri défend Ensemble c’est Tout, et Claude Miller, associé à Nathalie Carter, porte Un Secret à bout de bras.

Mathieu Amalric et Marie-Josée Croze dans Le Scaphandre et le Papillon, le très beau film de Julian Schnabel

Meilleur film étranger
Chaque année, les cinéphiles se demandent si la palme d’or cannoise – quasi systématiquement nommée dans cette catégorie – emportera le morceau aux César. 4 mois, 3 semaines et 2 jours, du cinéaste roumain Cristian Mungiu, avait été plébiscité en mai dernier. Mais on voit mal comment la récompense pourrait échapper à l’Allemand Florian Henckel Von Donnermarck et à son film La Vie des Autres, archi favori et ultra méritant. Trois autres grands films font partie de la liste: De l’Autre Côté, de Fatih Akin, La Nuit nous Appartient, de James Gray, et, plus inattendu, les Promesses de l’Ombre de David Cronenberg, que l’on avait malgré tout connu plus inspiré dans sa période américaine, notamment avec son précédent film, A History of Violence.

La vie des Autres: le césar ne lui échappera pas

Meilleur film documentaire
Encore une fois, les 3 500 votants risquent de s’arracher les cheveux. Avec les Animaux Amoureux, qui a beaucoup plu au public français, Laurent Charbonnier se pose en favori. On préfèrerait voir récompenser le très engagé les LIP, l’imagination au pouvoir, de l’excellent Christian Rouaud, ou bienL’Avocat de la Terreur, portrait de Jacques Vergès dressé par Barbet Schroeder. Les outsiders dans la catégorie: Le Premier Cri de Gilles de Maistre, et Retour en Normandie, de Nicolas Philibert, vainqueur en 2003 pour Etre et Avoir.

Meilleure actrice
Si les admirateurs de Marion Cotillard – également nommée aux Oscar pour ce rôle – imaginent mal comment la statuette pourrait échapper à leur actrice préférée, ils oublient un peu vite que dans cette catégorie précise, les surprises sont légion. On se souvient encore du sacre d’Emmanuelle Devos pour Sur Mes lèvres au détriment de la très (trop?) attendue Audrey Tautou dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, ou encore aux coups de théâtre créés par les victoires de Yolande Moreau (Quand la Mer Monte, toujours face à Audrey Tautou, cette fois pour Un long Dimanche de Fiançailles), Dominique Blanc pour Stand By en 2001 face à Emmanuelle Béart, Isabelle Huppert et Juliette Binoche, Ariane Ascaride pour Marius et Jeannette face à Sabine Azéma dans On connaît la Chanson ou Marina Hands l’année dernière pour Lady Chatterley contre… deux Cécile de France (Fauteuil d’Orchestre et Quand j’étais chanteur). Face à la Môme, Marina Foïs est la mieux placée pour créer cette surprise devenue habituelle, d’autant qu’elle est la seule parmi les nominées à n’avoir jamais remporté de César. Isabelle Carré s’impose naturellement avec Anna M., tout comme Cécile de France dans Un Secret. Moins bien servie, Catherine Frot est citée pour Odette Toulemonde, mais rares sont les actrices à être récompensées pour des rôles comiques. Dommage pour elle.

Marina Foïs, à contre-emploi dans Darling: une autre môme est possible.

Meilleur acteur
Au risque de paraître mauvaise langue, on n’hésitera pas à imaginer Jean-Pierre Marielle lauréat d’un César pour Faut que ça danse !, moins pour la qualité de sa performance que pour son âge qui impose le respect de la profession (c’est ainsi que Romain Duris, qui méritait largement d’être récompensé pour De Battre mon Coeur s’est arrêté, s’était fait voler la cérémonie par Michel Bouquet, le Mitterrand du Promeneur du Champ de Mars il y a deux ans). Mais Mathieu Amalric dispose d’un atout de taille pour s’imposer le 22 février: son rôle dans Le Scaphandre et le Papillon est typiquement “césarisable”. On s’étonne d’ailleurs de ne pas le retrouver aux Oscars, les spectateurs Américains étant très friands de ce genre de performance.
Ici, on parie plutôt sur Michel Blanc, qui mériterait une fois pour toutes que l’on décolle de son crâne chauve l’étiquette “Jean-Claude Dus” qu’il se trimballe depuis la fin des années 70, malgré de magnifiques incursions dans le cinéma d’auteur (chez Blier, notamment, et chez lui-même, excellent réalisateur, entre autres, de Embrassez qui vous voudrez). Avec Les Témoins, Blanc est bien parti – on l’espère – pour décrocher la timbale. Vincent Lindon (Ceux qui restent) et Jean-Pierre Darroussin (Dialogue avec mon jardinier), ont largement moins de chances.

Michel Blanc, Emmanuelle Béart, Johan Libéreau et Sami Bouajila dans Les Témoins: tous nominés sauf une

Meilleur réalisateur
Olivier Dahan semble bien parti pour monter sur scène (et n’ayons pas peur d’avouer qu’on ne l’espère pas…) pour La Môme, même si Julian Schnabel, déjà récompensé à Cannes pour la mise en scène du Scaphandre et le Papillon, est un adversaire redoutable et autrement plus méritant. Renouveler l’exploit de l’Esquive (meilleur film et meilleur réa en), c’est tout le mal que l’on peut souhaiter à Abdellatif Kechiche. Reste Claude Miller (Un Secret) et André Téchiné (Les Témoins), deux valeurs sûres du cinéma français, que l’on soupçonne d’avoir attiré la sympathie des votants pour la rigueur de leur travail depuis des années.

Meilleur film
Grand favori de cette cérémonie, La Môme, d’Olivier Dahan, repartira certainement auréolé du césar suprême, même si l’on préfèrerait voir récompensé le très beau film de Julian Schnabel, Le Scaphandre et le Papillon, ou La Graine et le Mulet de Kechiche. Quant à Un Secret, de Claude Miller, on aurait aimé le voir remplacé par le film de Téchiné, Les Témoins sacrifié au profit, visiblement, de Persepolis, qui sera probablement plébiscité dans la catégorie “premier film”, ce qui lui laisse peu de chance ici.

S’il existait une catégorie “meilleurs maquillages” aux César, La Mome n’aurait aucune chance…

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2 commentaires

    nempower  | 23/02/08 à 9 h 53 min

  • je pensais que le film d’Olivier Dahan serait plus récompensé…Bravo pour le film de Kechiche,meilleur réalisateur,meilleur filmet meilleur scénario..
    Bravo Sabrina! Tu as vu juste pour le meilleur espoir féminin.Je suis déçue pour la meilleur actrice, j’aurais préféré Catherine Frot…Super article comme d’hab.Tu es génial…
    Les articles de Holden sont très bien écrit également

  • Sab  | 23/02/08 à 15 h 49 min

  • Très très bien, ce palmarès. Mérité pour Kechiche, Dahan n’est pas venu, il a du flairer la défaite…
    Mais attends, j’ai vu juste pour plein d’autres trucs, hein, j’ai le droit de me la péter. J’ai pas mis les césar techniques, mais j’ai fait carton plein hier soir (le montage, le montaaaage du Schnabel, … popopo). Maintenant, il faut louer le Scaphandre et le Papillon, vite vite vite. Et surtout la Graine et le Mulet. Vite

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