C’est bon, la honte : Adam Sandler

17/06/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

jack_and_jill1Double ration de Sandler dans Jack and Jill : un film tellement honteux qu’il en est tordant.

J’ai honte.

J’aime Adam Sandler. Ceux qui répondront “C’est normal, Punch Drunk Love, c’est génial” auront raison. Ceux qui répondront “c’est pas normal, Big Daddy, Click, Jack and Jill, Le Mytho, c’est de la merde“, auront raison aussi. Mais ils seront bien plus nombreux. C’est un peu le drame de sa vie, à Adam Sandler, et par ricochet, le drame de la mienne : on ne retient de sa carrière que les films tout pourris, sans doute parce qu’il n’a fait quasiment que ça. A tel point que je suis obligée de cacher que j’aime Adam Sandler. Parce que Big Daddy, Click, Jack and Jill, Le Mytho, c’est nul. Parce que ça ne fait rire personne à part les beaufs à l’humour limité, les férus de gags gras et de comique poussif à base de pets et de concours de filets de bave. Et moi. Alors qu’habituellement je conchie cet humour là quand il est pratiqué par d’autres, lui parvient à me faire mourir de rire dés qu’il soulève un sourcil. Mais en creusant bien, en touchant le fond comme Sandler sait si bien le faire, il y a une raison : le comédien a imposé son génie en 2008 dans You don’t mess with the Zohan, de Dennis Dugan (Rien que pour vos cheveux en français. Ca donne le ton), un timing comique impeccable associé à un don de mimétisme accentuel rare, qu’on a déniché aussi chez Sacha Baron-Cohen (même si lui choisit mieux ses films). Sans compter son physique à mi-chemin entre Matthew Fox et un Playmobil. You don’t mess with the Zohan est un chef d’oeuvre du film con, un écrin au talent de Sandler, un vivier à gags désop(o)ilants : le Zohan en question, y tronche tout ce qui ressemble de près ou de loin à une femme (y compris la vieille maman de son meilleur pote), les clientes de son salon de coiffure y font la queue pour avoir le privilège d’admirer la sienne. La vulgarité de You don’t mess with the Zohan ne connaît aucune limite, et pourtant le personnage est un parangon de sophistication ultime. Zohan ne nage pas : il survole les flots. Il ne danse pas : il ondule. Il n’a pas besoin de se défendre : il arrête les balles à main nue. Il ne coiffe pas les cheveux : il les sculpte, “silky smooth“, madame. “Silky smooth“, réplique devenue aussi culte que le film lui-même, lancée dans les conversations les plus banales, est devenue le clin d’œil de ralliement de ceux qui aiment Sandler mais n’osent pas le dire – pratique pour assumer en toute discrétion.

Punch Drunk Love : un magnifique accident de parcours

Avec You don’t mess with the Zohan, le film le plus vulgaire et le plus débile – donc le plus génial – de la décennie, Adam Sandler est devenu une star. Dommage : Paul-Thomas Anderson s’était chargé de faire de lui un acteur. C’était dans Punch Drunk Love, en 2001, le seul vrai beau film de sa carrière. Avec Emily Watson dedans, gage de sérieux (elle a quand même été nommée deux fois aux Oscars, s’il te plait. Le jour où une chose pareille arrive à Sandler*, je veux bien me couper un cheveu). Adam Sandler, l’acteur, le vrai, le crédible, l’émouvant, le fragilement amoureux, n’aura pas fait long feu. Punch Drunk Love était un magnifique accident de parcours. Un nouveau départ… Mais les gagas du pipi-caca ne lui auraient jamais pardonné de faire autre chose que des rots tonitruants dans des films qui atteignent rarement plus de 3 sur 10 sur l’imdb. Malgré une nouvelle et dernière incursion dans un film plein de larmes (Reign over me, de Mike Binder, en 2007, passé inaperçu), cette implication totale dans des rôles qui le ridiculisent force l’admiration. C’est peut-être ce qui a convaincu Al Pacino (pas le dernier des tâcherons, celui-là) d’incarner un homme accro à la femme interprétée par Sandler dans Jack and Jill : moche, idiote, imbibée de sueur et sujette aux flatulences. Si Pacino lui-même est capable d’aimer ça, on rit avec moins de retenue, parfois même jusqu’à se pisser dessus (ce que les personnages des films de Sandler sont capables de faire juste pour le plaisir – se pisser dessus).
Cet acharnement à donner à son public ce que son public lui demande, est ce qui fait de lui l’un des acteurs les plus fascinants au monde. Si Scorsese en personne vient lui proposer le premier rôle de son prochain film, Adam Sandler sera capable de lui dire non, sauf s’il est autorisé à y lacher un pet. Il est comme ça : Il file droit, même si c’est dans le mur. C’est pour ça que j’aime Adam Sandler.
J’ai honte…

…C’est bon, la honte.

 

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*Histoire de rendre à Adam Sandler ce qui est revenu à Richard Gere (pour Chicago), notons que l’acteur a tout de même été nommé aux Golden Globes en 2003 dans la catégorie meilleur acteur de comédie, pour Punch Drunk Love (qui n’est pas vraiment une comédie, mais on s’en fout).

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