Ciné Quarxx Bang Bang

01/11/09 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : ,

Quarxx, c’est le gars qui vient vous chercher la chemise ouverte jusqu’au ventre – qu’il ne reboutonnera pas – et un verre de crémant à la main, pour vous emmener dans son appartement parisien : peintures sur les murs, cuisine américaine, deux canap et… une table gynécologique. Sur l’écran de sa télé, un site de jeune soumise qu’il vous propose de remplacer par les images du DVD de son dernier film Rasta Kamikaze Bang Bang. Vous acceptez.

Là, pendant qu’il change de place trois fois – “Parce que je connais le film, pas parce que je suis nerveux” -, vous voyez un OCNI [avec le C de cinéma]. Ça vous fait marrer ! Ça vous aurait surtout surpris si vous n’aviez pas déjà vu Napoléon de Nazareth son précédent court-métrage (ou Jouvence, au choix). Après quelques modules de son long-métrage à venir Marginal Tango avec Linda Hardy et Dominique Pinon, il vous laisse enfin commencer l’interview. Celle d’un artiste multimédia, complètement mégalo, qui a ses propres motivations – “je fais de l’art pour niquer des filles finalement” – mais aussi ses doutes – “je trouve que je ne suis pas assez intéressant, ça m’énerve !”. Il y raconte qu’il fantasme la réalité et les gens, il prend la mouche, hausse le ton. Puis s’interrompt pour demander à aller aux toilettes et le fait la porte ouverte parce qu’il n’y a plus de lumière – pas facile dès lors d’y lire ses magazines : Entrevue, Choc et… Science et vie?!

Vous voulez faire un portrait contradictoire, le présenter comme un nounours à cajoler – il n’est pas contre – mais vous êtes face à quelqu’un de vraiment à part (je souhaite à tout le monde d’être déviant, ça veut dire être ouvert) qui fait des films underground sans s’en réclamer. Son cinéma ? « du pop, imprégné de fétichisme ». Sauf que ce n’est pas tout à fait ça ! Quarxx, ne sait pas parler de lui, ses amis – qui débarquent au fur et à mesure de l’interview – essayent de le défendre. Vous retenez que “c’est un mec qui réfléchit pas, qui se pose pas de questions !”. Hum… Au moins, vous apprenez son vrai nom : Alex Claudin. Il fallait bien un pseudo, Quarxx, car “je ne suis rien, je suis motivé par le sexe”.

Alors, dis nous ce qu’est ton cinéma ?

C’est ce que j’ai envie de voir, 90% des courts métrages que j’ai vus, je me suis fait chier. Les jeunes réalisateurs ont des prétentions un peu trop élitistes. Je ne pense pas qu’on ait le temps en 20 minutes de poser un personnage, d’avoir matière à passer un message. Ce que je fais c’est plutôt du divertissement, avec beaucoup de références cinématographiques.

Et quelle est ta sensibilité ?

J’aime le cinéma bis des années 80, les films d’horreur des années 70, les giallos italiens. J’étais vraiment cinéphile à une époque : quand j’étais au collège, je séchais les cours et faisais la quête dans la rue pour aller au ciné. J’allais voir tous les films, me prenais tout dans la gueule et assimilais. Aujourd’hui ce que je ressors c’est cette espèce de pop-culture, un medley référentiel, dans une sauce qui m’appartient.

Dans ce cas, quelles sont tes influences ?

Mes réalisateurs cultes sont Aronovsky, Terry Gilliam – un maître absolu, j’adore Tarantino – dans Rasta Kamikaze, y’a pas mal de références à lui. J’aime le visuel, je viens du graphisme, j’adore ce qui flirte avec l’univers de la bande dessinée. Un film qui m’a super marqué : Tueurs nés. Un autre, totalement référent pour moi : Las Vegas parano. Mais je joue pas dans la même catégorie, là je parle des gens que je respecte sans pour autant faire du copié-collé.

D’autant que tu fais surtout des courts.

Je fais des courts dans un but unique : pouvoir avoir la crédibilité auprès des producteurs pour pouvoir faire mes longs. J’adore faire des courts, c’est un entrainement, un exercice, mais c’est une étape. J’ai fait de la photo, pour passer à la peinture, pour passer au court, pour passer au long-métrage.

Tu ne fais pas les choses en parallèle ?

Si, la peinture me paie ma vie. Grâce à ça je suis en mesure de m’autoproduire. Je suis toujours en autoproduction. A partir du moment où j’ai une idée, je veux que ça se tourne, pas démarcher, faire des dossiers, prendre un an de ma vie pour faire un court qui dure 20 minutes. Je n’aime pas le marasme ambiant des jeunes réals qui veulent tout faire mais ne font rien, anesthésiés par le parcours chaotique de l’argent. Mais j’ai bien vu que pour faire des longs, il faut faire des concessions. Ça fait deux ans et demi que je me fais chier. Je cherche une prod, si quelqu’un aime bien ce que je fais !


Quarxx : MARGINAL TANGO (module 3)

Si tu cherches une prod, il faut nous dire quelle est la cible de tes films.

Je n’ai pas de cible. Si tu veux vraiment caricaturer le truc, je dirais que c’est pour des mecs entre 15 et 35 ans, nerdy un peu, cinéphiles. Mais je ne suis pas d’accord, ça peut être pour n’importe qui. En réunion de travail, on me demande “la cible marketing c’est qui ?”. Je n’ai pas à répondre, moi j’ai fait un scénario.

Et qu’est-ce qui te démarque du délire entre potes ?

Je pense que c’est l’originalité. J’essaye de trouver des thèmes, histoires et personnes qu’on n’a pas forcement l’habitude de voir tout le temps.

Et pourtant, tu tournes avec les mêmes comédiens.

Y’en a un qui revient souvent c’est Phillipe Pasquini – mais je vais me calmer avec lui – parce qu’il est en adéquation totale avec mon univers. J’aime bien bosser avec les mêmes personnes, et avec des gens atypiques, mais ce n’est pas un film entre potes.

Oui compris, parce que c’est original… et marginal ?

J’aime bien inventer des personnages un peu irréalistes mais auxquels tu peux quand même croire, à la limite du docu filmé. C’est un peu ambivalent, parce qu’à la fois j’aime ce côté Strip Tease et à la fois j’aime aussi le côté pop tarantinesque cinématographique. C’est le mélange des genres, mes films sont un peu fantastique, un peu porno, un peu comédie.

Et un peu malsains ? Comme Jouvence par exemple…

Non, si ça dérange, super, mais je le fais pas dans ce but là ! Dans tout ce que je fais, y’a vraiment une grosse dose d’humour qui désamorce tout ce qui pourrait être malsain. Par exemple dans ma scène d’accouchement de Rasta Kamikaze. Et Jouvence c’est vachement sympa, ce sont des hommes bébés qui se font câliner par la déesse Xtasia. Y’a des maitres du malsain, genre Gaspar Noé, j’adore, je pourrais tendre vers ça mais non.

Onirique alors ?

Avec un message freudien derrière ? Non. Je n’ai pas ce côté intellectuel avec interprétations multiples. Je fais des films comiques – mais pas les Ch’tis.Ma grande référence c’est Araki, sa trilogie. Je revendique pas le côté lynchéen que j’adore, je me prends pas pour ce que je suis pas, je veux pas me positionner en réalisateur intellectuel.

C’est donc le moment de parler de tes films –comiques -, qu’est-ce que tu peux dire sur Rasta Kamikaze Bang Bang?

Rasta ça parle de moi, de la difficulté de faire un film, et de celle que j’ai à faire Marginal Tango. C’est de la triple mise en abîme : un film dans un film dans un film, qui parle de l’auteur qui a écrit le film.

Tu donnerais trois bonnes raisons d’aller voir Rasta ?

Des meufs, des flingues, du fun, du flow.

Waw, c’est d’un original ça…

Ouais, c’est nase mais c’est explicitement nase [ndlr : là il est (faussement) vexé]. J’en ai rien à foutre que tu voies mon film, tu me rapportes aucune tune de toute manière. Tu vas voir mon film parce que tu as envie de le voir, que tu en as entendu parler et que tu m’aimes bien ! Si t’as pas envie, tu restes chez toi et tu te tapes une branlette.

Et Marginal Tango?

Marginal, c’est mon film. Mon long. J’ai mis dedans tout ce que j’avais. Je reste dans mon univers mais en 170 pages, je peux développer beaucoup plus ce que je peux faire en 20 minutes. Un concentré de tout ce que j’ai fait en mieux.

Vraiment ?

Je pense que ça tue, que c’est un bon script et que les gens en ce moment n’ont pas les couilles de le produire parce que mes courts ne plaisent pas forcement à tout le monde et que ce qu’on veut en ce moment c’est de la comédie familiale où tu peux emmener ta mère, ta grand-mère, ta sœur, ton copain ou ton mari. Ce que je fais c’est plus radical… et sûrement générationnel.

Dans ce cas, comment tu convaincrais les mamans de voir ton film ?

Je suis un gendre idéal.
Écoute [ici : prénom de la mère], ça va bien se passer. J’ai l’air d’un mec funky mais je suis super sympa. Je vais bien t’accueillir, ça va pas forcement te plaire mais ça va créer le débat. Te laisser une forme de gêne peut-être. Ça va vous aider en famille à avoir un meilleur dialogue parce que vous aurez au moins un truc en commun, c’est d’avoir vu mon film.

Une conclusion ?

Je pense que mes films n’impliquent pas un côté tiède, soit t’aimes, soit t’aimes pas. Soit t’adhères, soit tu rejettes en bloc. Soit tu me dis “t’es un gros connard”, soit tu me dis “baisse ton pantalon”.

* Projection gratuite de Rasta Kamikaze Bang-Bang, le 3 novembre à la péniche Blue’s Café, sous le pont de Bercy (quai de la gare), 75013 Paris.
* Plus de Quarxx sur son myspace
* Photos (c) Capucine Henry.

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1 commentaire

    Maeva Orchidéa  | 27/01/14 à 9 h 27 min

  • Je n’ai qu’une seule chose à dire à ALEX: “FELICITATION J’ADHERE :-)”

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