Cinéma Allemand 2012 : Condition et Beauté

23/10/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Des arrières de Benoit XVI aux derrières de 5 allemands

Condition de Thomas Heise

Après 30 minutes de longs plans panoramico-agricoles sur de vastes étendues du paysage germanique, les paupières sont lourdes. Le pitch nous assure que Condition est censé suivre de l’intérieur le voyage du pape Benoit XVI dans son pays natal. Pourtant aucune toge n’est à déplorer depuis le début de la séance.

Cachés sous leurs cagoules, les visages des tireurs d’élites postés sur les toits ne permettent pas de dire si l’humeur est à la joie ou à la convivialité. Les pelleteuses et autres professionnels du bâtiment s’activent pour un évènement, qu’on devine important à la vue de la quantité de moyens mis en place. Pendant que certains déroulent le tapis rouge, d’autres procèdent à des chorégraphies millimétrées avec un visage sans émotions pour accueillir avec bonne humeur un éminent personnage.

Ce dernier n’est toujours pas apparu, mais du mouvement se fait sentir. Des berlines s’activent sur la piste de l’aéroport, des grilles métalliques se mettent en place pour canaliser l’agitation à la façon d’une bétaillère. Thomas Heise ne nous fournit que très peu de dialogues mais une des quelques phrases du film nous renseigne sur l’envie d’un organisateur d’être au lendemain matin, l’évènement fini.

Un plan en contre plongée nous montre un avion survolant une église, l’évènement commence. Les agents de sécurité regardent avec amour la foule étendue sur le bord de la route tandis qu’on devine une voiturette de golf tunée émerger, entourée de quatre marathoniens en costume. La voiture passe, l’évènement est terminé.

Condition s’éternise à ne pas nous montrer le sujet supposé du film et l’ironise à chaque instant quand il l’aborde. Un film difficile à regarder à l’heure de la sieste, autant pro-catholique qu’en couleurs, qui critique sans l’annoncer une mise en scène grotesque toute en voitures de luxe papales et d’organisation militaire à coup sûr tolérante avec son prochain.

Beauté de Carolin Schmitz

Carolin Schmitz va pour sa part directement à la rencontre de son sujet. Beauté est une somme d’interviews de pratiquants, non pas à une religion cette fois-ci, mais à la chirurgie esthétique.

La scène d’ouverture est un long plan séquence au milieu d’un salon automobile, où nous suivons deux femmes discutant voiture. Le lien entre le pitch et l’ouverture ne semble pas évidente.

Pourtant, au fur et à mesure du film, le lien paraît évident : chaque « personnage » semble aussi sophistiqué que ce salon où tout n’est qu’image, lumière, brillance. Et quelle peau passée sous le scalpel et l’aiguille ne présente pas une belle luisance grasse à partir de 50 ans ? Alors un par un, on découvre le pourquoi de cette augmentation mammaire, le comment de ce tirage de peau. Les interviewés pourraient facilement être les protagonistes d’un Strip-Tease, entre celui montrant avec bonheur l’emplacement qu’il s’est réservé dans un cimetière, et l’autre se piquant au botox dans la salle de bain.

En somme : Beauté et Condition sont deux documentaires plaisants par leurs engagements, orientés, avec recul, faisant parler des images d’apparence innocentes par un montage intelligent et intelligible.

* Pour lire l’épisode 1 : Oh Boy!
* Pour lire l’épisode 2 : Formentera et La Grâce

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