Cold in July de Jim Mickle – Quinzaine #Cannes2014

29/05/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

coldinjulyposterLa Quinzaine présente : un gars lambda qui tire sur un voyou, entré chez lui par effraction. Sauf que père de ce dernier, tout juste sorti de prison, menace le fils du premier. Et que le gars lambda va découvrir les joies de la mafia.

Machisme bonjour

Au début du festival de Cannes, une bonne âme nous avait envoyé le lien du blog “Sur l’échelle de Bechdel” qui traite des films par le biais de la dite échelle des préjugés sexistes. On compte trois femmes dans Cold In July : la bonne épouse, et deux prostituées. Forcement, on a pensé au test, que le Jim Mickle n’a pas passé – pendant ce temps, la sélection officielle présentait The Homesman, le western féministe de Tommy Lee Jones. On ne jettera cependant pas la pierre à Jim Mickle, dont on apprécie le travail (et son long précédent : We Are What We Are) et dont la réalisation frôle le sans fautes – pourvue qu’elle soit codée. Cold in July s’avère par ailleurs une adaptation du roman éponyme de Joe R. Lansdale, à qui l’on doit Bubba Ho-Tep de Don Coscarelli. Dès lors, le blâme devient compliqué, d’autant que le milieu mafieux ne brille pas par sa parité.

Mon fils, ma bataille

Entre le western texan et le thriller des années 80, Cold In July est définitivement un film de genres. Par nature, il use donc de chartes narratives et stylistiques mais aussi de citations (une bande originale calquée sur du John Carpenter). On pense à la photographie, à ses couleurs, aux qualités techniques qui s’infiltrent en nous pour ressurgir au générique dans cette exclamation : “ça avait de la gueule non ?”. Si.

Des gueules aussi, car Cold In July ne serait rien sans le charisme incontestable de ses acteurs. D’un côté, Sam Shepard, aka le type qui met sa pâte à des scénars vertigineux (Zabriskie Point d’Antonioni, Paris/Texas de Wenders…), dont les rides d’expressions suffisent à modeler son jeu et peuvent tout inspirer. Homme de peu de mot, il est le vrai personnage principal du film de Jim Mickle, celui autour duquel tourne l’intrigue, celui dont les répliques sonnent comme du Clint Eastwood dans du Sergio Leone – rien que ça. De l’autre, Don Johnson, aka le type qui a pris l’habitude faire des entrées remarquées dans une voiture rouge (Miami Vice) et auquel le personnage de Jim Bob – toujours le premier pour rire, jamais le dernier pour les choses sérieuses – correspond tout à fait. Au milieu, Michael C Hall, aka Dexter, méconnaissable pendant une minute avec sa coupe mulet.

En deux temps, le récit de Cold In July s’engouffre dans l’âme de ces anti-héros, dans la noirceur d’un monde violent et corrompu. Ça commence par un père, dont le quotidien se trouve bouleversé, et ça finit par un père qui prend ses responsabilités. Outre leur importance scénaristique, le prologue et l’épilogue du film permettent à Jim Mickle de se lâcher (tendance série B), de la giclée de sang camera à celle qui fait filtre au plafonnier (cette lumière rouge!). Mais après la torture psychologique, et avant les gros flingues, le réalisateur pose son histoire d’hommes et de compagnons d’armes, aussi virils que perméables. Au cœur de leurs préoccupations, la relation filiale, et le jusqu’au boutisme d’un père jadis absent qui doit maintenant juger de son œuvre. La légende veut que Mickle ait mis huit ans à porter cette idée forte sur grand écran pour des questions de production : plus mainstream que ces précédents longs, mais d’une humanité tout aussi éprouvante, Cold In July en a clairement bénéficié.

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