[CONTRE] Populaire : le charme nauséabond

06/12/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

A la fin des années 50, un agent d’assurance (Romain Duris) veut faire de sa secrétaire (Déborah François) la championne du monde de dactylographie. La belle, sous le charme, espère obtenir en retour l’amour de son patron/entraineur. Mais le bellâtre, ambitieux, pense à la victoire avant tout…

Pâle copie des comédies romantiques hollywoodiennes, George Cukor en tête, la guimauve qu’on avale dès les premières minutes descend difficilement. En récitant parfaitement les codes du genre – certes efficaces – de l’amour non avoué se substituant à la réussite professionnelle, l’œuvre ne dépasse, ni ne nuance à aucun moment ce formatage bien ficelé. Le comique de situation qui en découle (le patron tombant sur la lingerie de sa secrétaire, ou les parents les croyant par quiproquos fiancés) prêterait à sourire s’il n’était frappé d’une permanente sensation de déjà-vu. Le tout emballé avec des stéréotypes français pour l’exploitation du film à l’étranger, Populaire cristallise ainsi l’impasse créative du cinéma commercial, où la pellicule prend la forme d’un long ruban mauve.

L’histoire, une fois la situation et l’objectif posés, déroule mécaniquement les scènes (concours/entrainement/concours) jusqu’au trophée final, remplissant ainsi un deuxième acte aussi convenu qu’agaçant (il faut voir Déborah François s’époumoner à dire « JE T’AIMEUH ! »), et nous sert en guise d’entractes une galerie de personnages sans réelle surprise dans leur évolution ou leur linéarité. Le père sévère qui s’attendrit, le bon copain qui amuse la galerie, l’amour de jeunesse qui fait la morale, et le connard (Nicolas Bedos) qui fait… le connard. Tous les clichés y passent.

L’esthétique de chamallow est servie par une réalisation conventionnelle – préliminaire indispensable aux futures diffusions télévisuelles – sans éclat ni génie, si bien qu’au détour d’une scène l’hommage (emprunt ?) à Vertigo tombe comme un cheveu sur la soupe indigeste. Et l’ombre éphémère d’Hitchcock rejoint le spectre musical de Bernard Herrmann (Psycho, Vertigo, Cape fear…) tellement la partition semble provenir d’un fond de poubelle du compositeur new-yorkais.

Reste la morale du film. Là où Mad Men dresse le portait d’une société misogyne en laissant le spectateur seul juge des mœurs de l’époque, Populaire s’enferme dans son piège rose bonbon et porte finalement cette société en triomphe. La guimauve en est définitivement régurgitée.

Film d’un autre temps, enrobé sournoisement d’un parfum réactionnaire chauviniste, l’œuvre oublie le discernement au profit de la mièvrerie, et rejoint ses cousins cinématographiques dans l’antichambre de l’exception culturelle.

Avec ce genre de produit commercial, le cinéma français ne fait qu’exporter sa propre cendre et, sous l’œil bovin des critiques, les producteurs terminent d’y écraser leurs cigares. A moins que ce ne soit des Vogues.

Populaire, de Regis Roinsard
Avec Romain Duris et Déborah François
En salle depuis le 28 novembre 2012

* Lire le [POUR] Populaire : un couple star à croquer

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2 commentaires

    Héloïse  | 06/12/12 à 15 h 45 min

  • Comme vous êtes cruels !

    Il est fait allusion à une scène hommage/emprunt à Vertigo… De quoi s’agit-il?

  • Nils  | 08/12/12 à 11 h 38 min

  • Le réalisateur est influencé par Hitchcock et ça s’en ressent.

    Duris façonne sa femme parfaite – comme Stewart dans Vertigo – et la scène où il attend assis dans un fauteuil, éclairé par le néon extérieur, qu’elle apparaisse vêtue de sa robe rouge, est complètement claquée sur celle de Stewart attendant que Novak sorte de la salle de bain avec les cheveux attachés. Scène où d’ailleurs Hitchcock disait qu’elle enlevait symboliquement sa petite culotte et qu’elle était prête à faire l’amour. Idem pour Populaire.

    Mais pour la défense de Régis Roinsard (je ne suis pas si cruel que ça), je citerai Scorsese : « Si vous devez plagier, allez-y, mais plagiez au moins les meilleurs ! »

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