Cristian Mungiu : de la palme aux contes

18/01/10 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : ,

PEn salles depuis deux semaines,Les contes de l’âge d’or traitent avec humour de quatre légendes urbaines communistes. Leur scénariste et producteur Cristian Mungiu – homme sympathique et trilingue de surcroît – a reçu la Palme d’or au soixantième Festival de Cannes pour la réalisation de 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Cette année-là, le succès inattendu de son film consacrait la nouvelle vague du cinéma roumain – et le public aimait ça. C’était hier, mais aujourd’hui rien n’a changé, Cristian revient avec une comédie-concept derrière laquelle se cachent justement de nouveaux cinéastes roumains.

Avant de commencer, quelques mots sur la Palme d’or ?

Cristian Mungiu : Ça a changé beaucoup de choses. Les gens me reconnaissent dans la rue, ce qui a des bons et mauvais côtés. Je suis timide mais très poli donc je gère plutôt mal. Je me fais offrir un tas de choses étranges qu’il me prend beaucoup d’énergie de refuser. Mais je ne devrais pas me plaindre, c’est la plus grande reconnaissance qu’on peut avoir en tant que réalisateur.

Ensuite, glissement de métier, vous êtes producteur des Contes de l’âge d’or. C’était bien ce projet collectif ?

CM : Nous étions amis avant et la meilleure chose une fois ce travail terminé, c’est que nous le sommes restés! Ça n’a pas été pas facile, les gens du cinéma ont des égos énormes. Je leur ai demandé de faire des efforts pour que le film soit un ensemble et non un assemblage de contributions individuelles.

Si on est plus friands de blockbusters américains que d’ensembles roumains, on s’y retrouvera quand même ?

CM : Le point fort des Américains est le star system. On nous a vendu des stars pour des années et aujourd’hui on regarde un film pour Michèle Pfeiffer ou Angelina Jolie sans savoir ce qu’il y a derrière, c’est dommage. Je dirais que Les contes de l’âge d’or est un film populaire, comme le cinéma américain finalement, sauf que ce n’est pas faux. C’est une histoire empreinte de réel !

Comment s’inscrit-elle dans votre propre parcours ?

CM : Le film est le deuxième d’une trilogie sur la Roumanie des années 80, commencée avec le drame 4 mois, 3 semaines, 2 jours. J’ai ensuite voulu faire cette comédie parce que l’humour permettait aux gens de survivre à l’époque. Le troisième film – qui sortira courant 2010 – portera sur l’amour et montrera comment le système communiste s’infiltrait dans les vies personnelles.

Et ce dernier volet sera aussi un conte collectif.

CM : Même concept, même structure, avec des histoires plus longues. Ce sera un film de 90 minutes comprenant trois épisodes de 30 minutes sur l’amour à travers différents âges : l’adolescence, les jeunes adultes et les séniors. On y retrouvera le personnage de l’avorteur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours dans un rôle aux antipodes : celui d’un conducteur timide de camion de poulet.

Ici à gauche dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Vlad Ivanov : d’abord l’œuf, ensuite la poule…

La trilogie achevée, vous nous parlerez encore du passé ?

CM : Justement non, je veux maintenant parler de la Roumanie d’aujourd’hui et reprendre ma route d’auteur. Ces deux films sont des choix de producteur et scénariste, presque de promoteur de nouveaux talents. C’était ma volonté de faire du populaire pour le public roumain qui croit que son cinéma ne peut être qu’artistique ou intellectuel.

Mais ce film touchera t-il également les spectateurs des autres pays ?

CM : Lorsque nous avons montré 4 mois, 3 semaines, 2 jours à Cannes, on parlait de « cette petite histoire roumaine ». Les gens du business n’y croyaient pas mais le film a pourtant été acheté par soixante pays et rapporté plus de dix millions de dollars. Je crois que le travail d’un cinéaste n’est pas de tenter d’avoir une cible qui concerne le public mais plutôt le ton de son œuvre. On ne s’adresse pas aux Roumains ou Français mais à ceux qui aiment le cinéma.

Ça laisse dubitatif…

CM : Pour être tout à fait honnête, les Roumains pensent le film destiné à un public international puisqu’ils connaissent déjà leurs légendes. Mais personne ne croyait qu’on oserait aborder le communisme par le biais de la comédie – bien que ça paraissait évident tant le système était absurde. Ça, c’est nouveau pour eux. Quant aux plus jeunes, ils y apprennent davantage sur le communisme que dans les bouquins d’histoire, il y a donc une visée éducative. Même si j’ai surtout fait ce film pour que partout cela provoque des souvenirs à partager.

Les contes de l’âge d’or : vous avez dit “absurde”?

Dans ce cas, un dernier souvenir pour conclure l’interview ?

CM : Je peux vous raconter la légende urbaine la plus populaire des années 80 : A l’époque, le parti décourageait les déplacements funéraires. Deux gars avaient donc monté leur business de transport de cadavres : ils achetaient un billet de train classique et aspergeaient le défunt d’alcool pour le prétendre ivre mort. Comme ça fonctionnait bien, ils partirent un jour boire un verre au wagon-bar, tout en demandant au jeune couple de leur compartiment de garder un œil sur leur papi alcoolisé. En région montagneuse, le mort secoué bascula sur l’épaule de la fille. Le petit ami le repoussa, une fois, deux fois et le grand père tomba en se fracassant la tête. Se croyant coupable de la mort du vieil homme, le couple paniqua et jeta le corps par la fenêtre. Quand les deux convoyeurs revinrent et demandèrent où était leur grand père, on leur répondit qu’il était descendu à la station précédente. C’est la première fois dans le système judiciaire roumain qu’on aurait condamné quelqu’un pour l’assassinat d’un homme déjà mort…
Photos 4 mois, 3 semaines, 2 jours (c) Bac films, Les contes de l’âge d’or (c) Le Pacte.

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