L’Art d’Aimer selon Emmanuel Mouret

29/10/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

Au moment où l’on devient amoureux, à cet instant précis, il se produit en nous une musique particulière. Elle est pour chacun différente et peut survenir à des moments inattendus…

Il y a chez Emmanuel Mouret quelque chose de “rohmérien” qui confine presque à la citation. Une manière de filmer des vies comme s’il filmait un livre ouvert. Avec L’Art d’aimer, le réalisateur marseillais ouvre celui, éponyme, d’Ovide et plonge ses personnages dans un récit choral où tous n’ont qu’une aspiration : assouvir leurs désirs. Celui d’un homme pour sa superbe mais déconcertante voisine ; celui d’une femme pour un inconnu qu’elle rencontre dans une chambre d’hôtel plongée dans l’obscurité ; celui d’une quinquagénaire pour tous les mâles qui croisent sa route ; celui d’un musicien solitaire qui, malgré ses multiples conquêtes, ne parvient jamais à entendre dans son cœur la petite musique de l’amour. “L’Art d’Aimer est l’un des premiers best-sellers de la littérature romaine” affirme Emmanuel Mouret, “d’ailleurs il se vend encore très bien de nos jours”. C’est dire si l’ouvrage, atemporel, était légitimement adaptable au cinéma. C’est par des saynètes que le réalisateur choisit d’illustrer quelques aphorismes ovidiens (réécrits pour la circonstance), sous forme de cartons apparaissant à l’écran entre chaque sketch : “Sans danger, le plaisir est moins vif“, “le désir est inconstant“, “il ne faut pas refuser ce que l’on nous offre” ou encore “arrangez-vous pour que vos infidélités soient ignorées“.

Contrairement à mes précédents films, Changement d’Adresse et Fais-moi Plaisir, qui étaient assez burlesques, le comique ici relève davantage des dialogues que des situations”. Outre les références à la Nouvelle Vague et à sa manière d’intellectualiser le cinéma jusqu’à privilégier le texte au détriment de toute audace formelle, Woody Allen est convoqué au travers de personnages et de dialogues qu’on croirait empruntés au mythique Manhattan. Libraires stressés, bourgeoise engoncée dans son tailleur col Claudine, couple bobo en quête d’une liberté sexuelle paradoxalement aliénante… La galerie de caractères est savoureuse, et les bonnes lignes font mouche (le duo formé par François Cluzet et Frédérique Bel est le mieux servi).

“Une autobiographie de mes rêveries”

La caméra, en toute désinvolture et guidée par la voix off de Philippe Torreton, espionne les acteurs en binômes et laisse l’écriture ciselée de Mouret porter ces récits parfois invraisemblables, souvent drôles, toujours légers. On tente de trouver au fil des histoires, un soupçon de vécu : “pour être franc, ces personnages ne sont pas moi. Je n’ai rien vécu de tout cela : ma compagne ne m’a jamais proposé de coucher avec l’une de ses amies, je n’ai jamais reçu la visite de ma voisine en nuisette, je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec une inconnue dans le noir… Ce film, c’est juste une autobiographie de mes rêveries”. Et si elles sont en apparence différentes, toutes les histoires que raconte le cinéaste ont, pour lui, un point commun : “elles relatent toutes un échec heureux. C’est une idée qui me plait bien : ce qui nous arrive, ça n’est pas ce qu’on voulait, mais c’est pas plus mal !” Pour nous, elles en ont un autre : se limiter aux beaux quartiers et à leurs autochtones lettrés, bobos, friqués, et ainsi exclure de ces fantaisies d’autres archétypes – plus populaires – qui pourtant, cherchent eux aussi à entendre la petite musique de l’amour. C’est bien là le principal reproche qu’on a envie de faire à Emmanuel Mouret.

 

 

 

“L’Art d’Aimer”, d’Emmanuel Mouret, avec François Cluzet, Frédérique Bel, Ariane Ascaride, Judith Godrèche, Laurent Stocker, Gaspard Ulliel, Julie Depardieu, Stanislas Merhar, Pascale Arbillot, Emmanuel Mouret… sortie nationale le 23 novembre.

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