Un heureux événement

29/09/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

“Quand est-ce qu’une histoire commence ? Au premier rendez-vous ? Au premier baiser ? Au premier… je t’aime ?” Au bout de 3/4 d’heure d’Un heureux événement, et des déboires de Louise Bourgouin et Pio Marmaï autour de la naissance de leur premier enfant, on pense à Clem, la fiction de TF1 star du prime-time depuis 2010. Et on s’interroge : qu’est-ce qui fait la différence entre un film de cinéma et un téléfilm ? Au risque de déclencher une tempête sous un crâne, et de se faire piquer dans son orgueil par le réalisateur lui-même, qui a déjà prévenu : “dire que mon film est proche du téléfilm est pour moi un aveu d’incompétence pour un critique digne de ce nom”.

Un heureux événement est très écrit, trop. Aidé par sa co-scénariste (et compagne) Vanessa Portal et par Eliette Abecassis, auteur du roman original, Rémi Bezançon a le goût du dialogue qui claque dans l’espace, de la répartie qui fait mouche. Les personnages n’arrêtent pas de parler, commentant tout ce qui se passe à l’écran : “Fais moi un enfant”, j’ai l’impression qu’il nous regarde”, “J’ai un alien dans le ventre”, “Je me sens moche”, “Tu ne me reconnais plus”. “Je ne suis pas qu’un utérus, merde !”. Et quand ils se taisent enfin, c’est la voix off de Louise qui offre en pâture ses états d’âme à une caméra qui ne la quitte jamais. Jusqu’à commenter ses propres cauchemars, pourtant propices à l’imagerie débridée. C’est dommage, c’était plutôt bien parti, avec un savoureux prologue où nos amoureux se font la cour silencieusement, en se montrant des jaquettes de film dans le vidéo-club où Il travaille. Pour retrouver un tel morceau de bravoure, il faudra attendre les 2 dernières minutes du film, et un regard de Pio Marmaï qui vaut à lui tout seul 2 pages de scénario. C’est dommage, parce que le réalisateur et son chef op emballent une image dont beaucoup peuvent être jaloux.

L’histoire se déroule comme une gentillette succession de vignettes / passages obligés / clichés frappés du sceau de la rubrique “société” des magazines féminins : l’annonce aux parents, la recherche du prénom, les poussettes ridiculement perfectionnées, les dérèglements hormonaux (“je rêve d’un gang-bang putain”). Lisse et propre, le film tient tout entier accroché à l’éternel sourire en coin de Louise Bourgoin – laquelle, au passage, ne se contente pas d’être sublime et se montre plutôt convaincante. C’est d’ailleurs après l’accouchement (et au bout d’une heure seulement), en salissant son héroïne qui souffre, qui transpire, ballotée de crise en crise, femme et non plus objet du désir, qu’Un heureux événement trouve son souffle : sombre mais pas trop. Si avec la maternité, Eliette Abecassis en a vraiment bavé, le réalisateur – qui n’a pas encore d’enfant mais y pense très fort – a souhaité adoucir le propos. Il a cependant le bon goût de ne pas avoir cherché à distribuer les points dans les responsabilités de ce couple qui vacille autour de bébé.

L’alchimie de la belle avec Pio Marmaï est patente, les rôles de Balasko et Firmine Richard, deux bonnes idées, et le twist final, plutôt bien vu.

Mais on préfère quand le cinéma est moins bavard, moins évident, un peu plus risqué, quand il se niche dans les silences, les regards, les hors-champs : les interstices entre deux didascalies du scénario. Ce cinéma qu’on attend pas de voir à la télé…

Un heureux évènement – sortie le 28 septembre – de Rémi Bezançon avec Louise Bourgouin, Pio Marmai.

LIRE AUSSI : Interview du réalisateur Rémi Bezançon

(Photos : © 2011 GAUMONT – MANDARIN CINEMA / NICOLAS SCHUL)

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1 commentaire

    Héloïse  | 26/09/11 à 9 h 42 min

  • Chouette! Voici une bonne critique approfondie… Ce que les critiques ressemblent à des (psych)analystes parfois!

    Rémi Bezançon a vraiment prononcé “dire que mon film est proche du téléfilm est pour moi un aveu d’incompétence pour un critique digne de ce nom”? Je trouve ça incroyable. Faudrait lui envoyer le lien vers Envrak…

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