Danny Boyle : so british ! (2ème partie)

01/09/09 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : , , , ,

La plage : le bug de l’an 2000

C’est donc au moment où Danny Boyle fait son trou à Hollywood qu’il commet également la plus grosse erreur de sa carrière : croire que le seul nom d’une superstar suffit à monter un projet. Certes, Boyle bénéficie d’un budget beaucoup plus confortable qu’à l’accoutumée. Mais c’est paradoxalement pour cette même raison que le réalisateur va s’empêtrer dans un tournage casse-gueule et un scénario inepte.

Virginie Ledoyen, Leonardo di Caprio et Guillaume Canet attendent que la mer monte.

L’histoire de ce jeune américain en quête de nouvelles sensations à Bangkok et sa recherche effrénée d’un trésor prétendument enterré sur une île paradisiaque sert un propos beaucoup plus douteux : une apologie à peine cachée du néocolonialisme et la peinture grossière d’un pays assimilé au paradis des drogues. Plus grave, le film ne décolle jamais d’un exotisme d’Ikéa qui sonne résolument faux. La piètre performance du duo Leonardo Di Caprio-Virginie Ledoyen n’arrange pas les choses. Reste celles de Guillaume Canet et Robert Carlyle. Reste aussi la splendeur des paysages. Reste la musique, composée par l’immense Angelo Badalamenti. Et il reste à Boyle ses yeux pour pleurer.

28 jours plus tard : la fin du monde approche

En 2003, Danny Boyle prouve qu’il a tiré les leçons de l’échec essuyé avec La plage. Et c’est à un parfait inconnu – l’Irlandais Cillian Murphy – qu’il confie le rôle principal de 28 jours plus tard. Budget dérisoire et première incursion dans l’horreur pour le cinéaste (enfin de retour chez lui) qui choisit de tirer de la trame la plus banale – un virus échappé d’un laboratoire décime l’Angleterre et transforme ses habitants en créatures sanguinaires – un film étonnant.

Tirant un maximum de profit des possibilités esthétiques offertes par le numérique (c’est la première fois que Boyle tourne en DV), le réalisateur réussit à distiller une ambiance terne à souhait, réaliste et pour le moins… flippante. Un procédé qui permet également de filmer au plus près les fameux infectés lors de leurs sprints hallucinants (ils sont interprétés par des athlètes de haut niveau). Leur maquillage, confondant, se veut une évocation des effets provoqués par le virus Ebola et la dernière partie du film fera le bonheur des plus farouches antimilitaristes. Mais c’est ailleurs qu’il faut chercher la véritable prouesse, dans les incroyables plans d’ensemble d’une ville de Londres apocalyptique et vidée de ses habitants. Si Boyle a failli saper sa carrière avec La plage, 28 jours plus tard le réhabilite définitivement.

Sunshine (2007) : sous le soleil exactement

Et si le soleil s’éteignait ? C’est la question toute simple que pose Sunshine, dans lequel un groupe de sept scientifiques, à bord de la navette Icarus II, a pour mission de faire exploser un engin nucléaire à la surface du soleil pour en relancer l’activité. Mais en cours de route, les astronautes perçoivent un signal de détresse en provenance d’Icarus I, disparu sept ans auparavant.

Paradoxalement, Sunshine, en dépit de ses effets spéciaux spectaculaires et de son évidente valeur divertissante, se pose en antithèse du blockbuster spatial américain. Car la force du film réside dans son approche poétique, philosophique, et à la réappropriation de vieux mythes questionnant la finitude de notre monde ; le fameux “pourquoi l’Homme ?” Autant de pistes de réflexion qui n’empêchent nullement le cinéaste de multiplier les prouesses techniques et de livrer un long-métrage oppressant et passionnant. On appelle cela un coup de maître.

Slumdgog millionaire : qui veut gagner des oscars ?

Sunshine, nous, on aime bien, mais le box-office, moins. La Fox a pas vraiment su quoi faire du truc et l’a distribué un peu avec les pieds, faut dire. Boyle, au début, n’a pas plus de chance avec Slumdog Millionaire. Budgété à 15 millions de dollars, le projet peine à trouver un distributeur aux États-Unis. Il faut l’intervention des petits français de Pathé pour sortir le film ailleurs dans le monde. La branche indépendante de la Warner récupère le projet… mais ferme quelques mois plus tard. Son catalogue passe dans les mains des financiers de la maison mère, qui en ont un peu rien à secouer (un film avec 20% de dialogues sous-titrés ? Depuis quand on fait des films pour intellos ?), et envisagent de le sortir directement en DVD. Ou de le revendre à qui en voudra.

Dev Patel (Jamel) face à Jean-Pierre Foucault (ou presque)

Bref. Slumdog Millionaire. Quelques dizaines de prix et de millions de de recettes plus tard… “on” a cru bon, de ressortir certains travers Boylesques, cette manière qu’avait La Plage d’aseptiser son sujet à coups d’images de pacotilles pour touristes de ciné avides de pseudo exotisme. “Décoratif”, “mièvre” “calibré pour faire pleurer dans les chaumières”… lance une partie de la critique. Force est de constater que, malgré un côté conte de fées assumé (rags to riches, de la pauvreté à la richesse), avec happy end etc, l’argument ne tient pas tout à fait. Comme si les Indiens eux-mêmes ne produisaient pas en écrasante majorité des titres à mille lieux de leurs réalités sociales. Et “L’Inde, c’est aussi ça”, dit l’un des deux frères aux deux touristes (aux spectateurs) venus dans les slums comme on va en ballade (au cinéma), alors que leur voiture vient de se faire dépouiller sur place.

Les acteurs sont craquants (immenses, les gamins qui jouent les trois héros enfants). Et sur un scénario malin, transcendé par une caméra virtuose (immense aussi, le chef opérateur), Boyle signe un film comme il en a le secret, petit en moyens mais plein d’ambition. Et s’il ne se renouvelle pas fondamentalement, s’il ne transcende pas le cinéma non plus, c’est qu’il a peut-être trouvé sa place. Celle d’un honnête artisan, enthousiaste et inspiré.
A lire aussi, la première partie de notre dossier consacré au cinéaste : Danny Boyle : so british ! (première partie)

A noter : Millions, le film que Danny Boyle a réalisé juste après 28 jours plus tard, n’apparaît pas dans cet article pour une raison toute simple : on l’a pas vu. Toutes nos excuses !

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1 commentaire

    pumkin*  | 06/09/09 à 13 h 58 min

  • Danny Boyle, je trouve ça très inégal mais je le mets tout de même dans ma fan list ;)
    28 jours et slumdog : <3

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