Danny Boyle : so british !

02/08/09 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : , , , ,

A l’occasion de la récente sortie DVD de Slumdog millionnaire, Envrak se penche sur la filmographie d’un cinéaste brillant.
En DVD depuis le 15 juillet, Slumdog millionaire vient couronner, par les lauriers qu’il a récoltés et le succès rencontré au box office, une carrière atypique. Celle du britannique Danny Boyle, qui, de la comédie macabre au film d’horreur en passant par la chronique sociale et même la science-fiction, s’est bâti une filmo touche-à-tout et (presque) irréprochable.

Ah si j’étais riche ! Je tuerais mes copains…

Lorsque Danny Boyle se lance dans la réalisation de son premier film, Petits meurtres entre amis (Shallow grave), il n’a à son actif qu’une poignée d’épisodes de séries télé et une solide expérience dans le théâtre. C’est donc un parfait inconnu qui crée la sensation cinématographique de l’année en Grande-Bretagne en 1994.

Petits meurtres… est le premier film d’une trilogie que Boyle veut consacrer à la cupidité. Trois colocataires, Alex (Ewan McGregor), David (Christopher Eccleston) et Juliet (Kerry Fox), cherchent un quatrième laron pour partager le loyer de leur appartement dans un quartier huppé d’Edimbourg. Ils pensent trouver la perle rare en la personne de Hugo, un homme intelligent et discret. Tellement discret, d’ailleurs, qu’il ne pipe mot de la valise bourrée de billets qu’il cache sous son lit. Le jour où Hugo meurt d’une overdose dans sa chambre, Alex découvre le magot. D’un commun accord, ses comparses et lui décident de ne rien signaler à la police, de se débarrasser du corps et de partager l’argent entre eux.

“Si on ne peut plus faire confiance à ses amis, où va t-on ?” C’est ce que se demande David, le plus timide de la bande, qu’un tirage à la courte paille désigne pour débarrasser le cadavre de Hugo de toutes preuves d’identité. C’est en pleine forêt, au milieu de la nuit, que David fracasse les dents de Hugo, coupe ses mains et ses pieds et mutile son visage, sous le regard impassible de ses deux complices. David, qui en plein milieu d’un repas avec ses “amis” et d’une discussion autour du thème “que va t-on faire de tout ce fric”, lance la réplique cinglante qui va faire basculer le film : “c’est pas vous qui avez scié les pieds”. Pour lui, il est inenvisageable de donner le moindre penny à ses ingrats de colocs. Alex et Juliet vont tout faire pour l’empêcher de partir avec la précieuse mallette, pendant que quelque part à Edimbourg, deux tueurs partent sur les traces de Hugo, décidés à récupérer l’argent qu’il leur a volé.

Maniant avec brio un humour noir fort à propos, Danny Boyle opte pour un ton complètement décalé, par le biais des seconds rôles – les deux enquêteurs, sortes de Dupont et Dupond surréalistes – et de situations parfois grotesques. Aux couleurs presque saturées de l’appartement, il oppose l’obscurité inquiétante des plans extérieurs. Même jeu de lumière sur le visage des acteurs : Christopher Eccleston, dont le personnage finit par se terrer dans le grenier avec le magot, est littéralement diabolisé par l’éclairage.

Le film, dont la fin ménage son petit lot de sursauts dramatiques et de rires jaunes, révèle une équipe soudée à laquelle on devra deux autres longs-métrages : Danny Boyle, entouré du scénariste John Hodge, du producteur Andrew McDonald et de l’acteur Ewan McGregor, ne tarde pas à livrer un second essai, qui devient culte dans la foulée.

Choose life, choose Trainspotting

En s’attaquant au roman d’Irvine Welsh, Trainspotting (le livre le plus vendu en Angleterre après la Bible, clâme son auteur), Danny Boyle sait qu’il est attendu au tournant. Trainspotting, c’est le récit à plusieurs voix d’un groupe de junkies, dont Mark Renton, qui veut se séparer de cette bande de losers et décrocher de son addiction à l’héroïne.
Le livre était écrit à une première personne plurielle – le “je” étant ici imputable à quatre personnages différents. Danny Boyle, lui, choisit d’axer le film sur le personnage de Renton (Ewan McGregor), s’autorisant avec réussite quelques délires visuels lors des crises de manque du personnage. Une mise en scène inventive qui n’est pas étrangère au succès du film.

Avec ses clins d’oeil à Brazil et ses petites touches d’onirisme (la scène où Renton plonge dans la cuvette des toilettes pour récupérer son suppositoire à l’opium est restée dans les an(n)ales), le film s’apparente à un trip détonnant. Porté par une séquence d’introduction inoubliable (le fameux monologue “choose life”), une bande-originale retraçant à elle seule l’histoire du pop-rock anglais (Iggy Pop, Blur, New Order…) et des acteurs transfigurés (le meilleur rôle d’Ewan Mcgregor, la révélation Robert Carlyle), le film dépeint avec acuité le quotidien de jeunes chômeurs sans illusions et peut-être sans avenir.

Davantage que le formalisme de sa réalisation, c’est par cette peinture d’une réalité sociale pessimiste que Trainspotting fait mouche. La caractérisation des personnages met le doigt sur le refus du modèle universel et sur une rébellion indispensable, même si Renton est conscient que la drogue n’est pas le meilleur moyen de dire “fuck” à la société.
Et la cupidité, dans tout ça ? C’est véritablement avec ce film que Danny Boyle décide d’en faire son thème de prédilection. Mais depuis Petits meutres…, ses personnages se sont “humanisés”. Après s’être débarrassé de Francis Begbie (le seul de la bande à ne pas prendre de drogue, mais considéré par les autres comme un véritable psychopathe), Renton se retrouve en possession d’un sac de sport rempli de billets de banque. Promettant en voix off de choisir enfin la vie – même si le spectateur se doute que ses bonnes résolutions sont vouées à l’échec – Renton décide de partager l’argent avec son seul ami, Spud. Un geste insufflant un peu d’optimisme dans un récit qui en est cruellement dépourvu, et qui témoigne d’une évolution dans la mentalité des personnages mis en scène par Boyle.

Réussi en tous points, le film lui permet d’amorcer une percée à Hollywood, où Trainspotting est nommé à l’oscar du meilleur scénario. Mais pour l’instant, le réalisateur garde les pieds sur terre et refuse la proposition qui lui est faite de mettre en scène Alien 4. A la place, il préfère tourner… une comédie romantique.

Un ange passe

1997 : un an après Trainspotting, c’est donc à la réalisation d’Une vie moins ordinaire que s’attèle Danny Boyle, sacrifiant le succès certain qu’une participation à la saga Alien lui aurait apporté.
Avec un humour toujours corrosif, le réalisateur filme cette fois une histoire d’amour teintée de fantastique.

Le jeune Robert (Ewan McGregor) est membre du personnel d’entretien dans une grande entreprise. Le jour où il est licencié pour être remplacé par un robot, il décide d’aller protester dans le bureau de son patron. Ce dernier est en pleine dispute avec sa fille Céline (Cameron Diaz). Dans un moment de panique, Robert kidnappe la jeune femme et part en cavale avec elle. Son objectif : l’échanger contre une rançon. Au même moment, deux anges (Holly Hunter et Delroy Lindo) sont envoyés sur Terre pour mener à bien une mission quasi impossible : faire en sorte que Robert et Céline tombent amoureux.

Avec Une vie moins ordinaire, Danny Boyle s’offre un road-movie romantique lui permettant comme à l’accoutumée de glisser ça et là quelques critiques acerbes de la société moderne. Mais à l’inverse d’un Trainspotting, cette comédie n’a d’autres prétentions que celle de divertir. Laissant de côté les mouvements de caméra hallucinants qui faisaient de son long-métrage précédent une œuvre viscérale, Boyle se contente ici de filmer des personnages enfin capables de s’aimer… même si le pari n’est pas gagné d’avance. L’intrusion des deux anges provisoirement déchus (ils seront condamnés à errer sur terre s’ils ne mènent pas à bien leur mission) permet au récit de flirter avec le fantastique rigolo (les scènes que se partagent Hunter et Lindo sont les plus drôles du film). Et c’est parce qu’au final l’amour l’emporte sur tout le reste, en particulier sur l’attrait de la fortune facile, que Danny Boyle peut clôturer en beauté sa fameuse trilogie. La cupidité n’aura pas eu le dernier mot.

Un joli film qui, s’il n’a pas eu le succès en salles d’un Alien 4 finalement confié à Jean-Pierre Jeunet, bénéficie de la présence à son générique d’une star hollywoodienne (Cameron Diaz). Définitivement adopté par la cinématographie étasunienne, Boyle s’apprête pourtant à faire un premier faux pas. En évinçant Ewan McGregor du casting de La Plage au profit de Leonardo di Caprio (McGregor apprendra la nouvelle dans la presse. Classe…), le réalisateur ne perd pas seulement son acteur fétiche, mais aussi sa crédibilité artistique.
La suite de notre dossier sur le cinéaste, avec La plage, 28 jours plus tard, Sunshine et Slumdog millionnaire : Danny Boyle (2ème partie)

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Pas de commentaire

    Le Nem  | 04/08/09 à 10 h 19 min

  • Effectivement Danny Boyle a un sacré tableau de chasse et au moins un gros boulet (même si j’avoue ne pas avoir vu La Plage). Mais il ne pouvait pas rester enfermé dans le sordide du nord de l’Angleterre.

  • pumkin*  | 06/09/09 à 14 h 07 min

  • ah oui “une vie moins ordinaire” j’avais adoré ce film, adolescente, bcp plus abordable que trainspotting qd on est gamin…
    petits meurtres entre amis c memorable ça aussi

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