David Fincher de A à Z

02/11/07 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma

A l’occasion de la sortie en DVD de Zodiac, retour sur la filmographie du réalisateur David Fincher, spécialiste en films chocs et caméra assistée par ordinateur. Parmi tous les réalisateurs hollywoodiens issus du clip et de la publicité, il en fut au choix considéré comme l’une des têtes de file… et l’un de plus mauvais représentants. Jusqu’à Zodiac.

David Fincher sur le tournage de Zodiac

Alien 3 (1992)

Le petit Fincher a 29 ans. Formé dans les effets spéciaux au sein d’ILM (Industrial Light and Magic, boîte de Georges Lucas) puis remarqué dans le clip et la pub, il tient là son ticket hollywoodien, succédant à Ridley Scott et James Cameron pour ce 3ème épisode de la célèbre franchise. Mais qui dit grosse machine dit grosses contraintes.

Sigourney Weaver en mauvaise posture dans le 3ème volet de la franchise Alien

Après le succès des deux premiers opus, les patrons de la 20th Century Fox sont nerveux. Le film a déjà coûté des millions de dollars en développements, le scénario a connu d’innombrables réécritures et de nombreux réalisateurs se sont succédés sur le projet avant d’aller se faire voir ailleurs. En engageant Fincher, la production souhaite avant tout disposer d’un technicien doué, mais débutant et donc malléable. Raté : le petit jeune – réputé comme un maniaque du détail – n’entend pas s’en laisser compter. Résultat : des conflits incessants entre les patrons et lui, une fin réécrite et tournée en 4ème vitesse… las, Fincher jette l’éponge à la fin du tournage. Le montage se fait sans lui et dure un an – une durée démesurée. Fincher a totalement désavoué le film et a toujours refusé de participer aux bonus des DVDs.

Ce qu’il en reste aujourd’hui ? Un cadre posé au cutter, une ambiance claustro et glauque à souhait, qui annonce l’univers de Seven.

Budget : 60 millions $, estimation moyenne selon différentes sources. Recettes mondiales: 159 millions $

Seven (1995)

Au début des années 90, Andrew Kevin Walker, inconnu au bataillon, fait tourner par la poste un scénario intitulé Seven. D’habitude, c’est le meilleur moyen de gâcher du papier et des timbres. Mais cette fois ci, le studio New Line dit banco. Et Fincher remet les pendules à l’heure avec ce polar emblématique des années 90.

Brad Pitt et Morgan Freeman traquent le tueur aux sept péchés capitaux dans le film le plus sombre de David Fincher

Brad Pitt, Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow sous des trombes d’eau. Une image poisseuse à souhait. Une atmosphère étouffante. Des meurtres horribles seulement suggérés à l’image par leur résultat. Une fin qui en a traumatisé plus d’un, et fait couler beaucoup d’encre, par sa noirceur désespérée très rare dans le cinéma hollywoodien. Les producteurs ont d’abord voulu la réécrire, et au tournage l’équipe était prête à tourner plusieurs fins alternatives. Les protestations indignées de Fincher, Pitt et Freeman, et les bons résultats de cette fin choc en projections-test en ont décidé autrement.

Ce qu’il en reste aujourd’hui ? La matrice de quasiment tous les films de tueurs en série depuis une quinzaine d’années.

Budget : 33 millions $. Recettes mondiales : 327 millions $.

The Game 1997

Le plus sous-estimé des films de Fincher, qui double un bon thriller aux accents hitchcockiens (paranoïaques) d’une réflexion sur les pouvoirs du divertissement, et une mise en abyme du cinéma. Le film prend son temps pour tisser une toile implacable autour de Michael Douglas, pauvre PDG millionnaire déprimé en quête de sensations fortes. Est-ce son rythme pépère ou son retournement final qui a dérouté le public ?
109 millions de dollars de recettes tout de même (budget n/c)

Mais à quoi joue Michael Douglas dans The Game?

Fight Club (1999)

Quand un roman à « potentiel » est sur le point d’être publié, on le fait parvenir aux agents du show-biz et aux studios. Celui de Fincher pense immédiatement à son poulain et le lui fait parvenir. Celui-ci pense immédiatement à en faire un film.

Edward Norton et Brad Pitt, l’emblématique Tyler Durden de Fight Club

Fight Club est difficile à résumer. D’abord, il se présente comme une charge ambigüe contre la société de consommation. Violent, cynique, ironique, frondeur, le film enchaîne les « vérités nues » politiquement incorrectes et déstabilisantes. On n’hésite pas à y taper sur Ikéa, Starbucks, Wolskwagen, tout en exhortant les spectateurs à se libérer des entraves aliénantes du boulot, des supermarchés, de la vie courante.

En même temps c’est un film produit par un grand studio. L’appel à la révolution peut-il être sincère quand il vient de la 20th Century Fox, et quand on sait les relations très cordiales entretenues entre le studio et David Fincher ? Doit-on adhérer sans sourciller à un film qui tire à vue sur un système tout en affichant ostensiblement une pub pour Pepsi à travers un placement de marques ? Fincher est-il honnête quand il passe son temps entre deux films à réaliser des pubs pour Heineken ou Nike ? Le post-modernisme est-il une fumisterie ?

En tous cas, Fincher s’amuse comme un petit fou avec une caméra et une narration qui va dans tous les sens, porté par sa connaissance des effets numériques et de la technique pour signer un thriller et comédie noire sur un monde désenchanté. Le film s’est fait laminer par les critiques, outrés par ses accents « fascisants » et irrités par le style « clinquant » de Fincher, et s’est ramassé en salles. Il est depuis devenu culte en DVD, les jeunes mâles se le repassant en boucle. Pour la petite histoire, les pertes financières et la mauvaise presse sont telles que les actionnaires de la Fox remercient le PDG d’alors, Bill Mechanic, qui leur avait pourtant offert peu de temps auparavant Titanic

Budget : 63 millions $. Recettes mondiales : 100 millions $.

Panic Room (2002)

C’est pas tout ça, mais après un The Game en demi-échec et un Fight Club foireux, on a beau être un réalisateur doué, il faut se remettre en question. Panic Room est le projet rêvé pour se refaire une virginité au box-office sans trop se fouler, d’autant que Nicole Kidman est envisagée pour le rôle principal (blessée sur le tournage de Moulin rouge, elle laissera sa place à Jodie Foster). Un thriller de commande sur un thème alors estampillé « phénomène de société », ou comment les riches américains apeurés par la « flambée » des violences urbaines se font construire chez eux des « chambres de panique » blindées pour se protéger de toute intrusion (ça ne vous rappelle rien ? La guerre froide et les abris anti-atomiques ?).

Les deux prisonnières de la Panic Room

Le film remplit donc son contrat de divertissement pépère et marche bien au box-office, même si une grande partie de la critique condamne encore une fois son réalisateur. Le premier tiers du film est marqué par un long-plan séquence d’une précision et d’une fluidité inhumaines, selon des angles impossibles puisque la caméra se permet entre autres de passer dans l’anse d’une cafetière.

A l’époque, les critiques ont encore crié à l’esbrouffe, fustigeant la vacuité d’un réalisateur qui ne peut pas s’empêcher d’en faire des tonnes pour montrer qu’il sait tenir une caméra. Ils n’ont été qu’une poignée à faire arrêt sur image, et à voir dans le plan de la cafetière un élément de discours méta-cinéma sur le voyeurisme, la caméra comme œil et l’implication du spectateur dans le film. Le geste cinématographique, quoi. Avec ce mouvement anti « naturel » au possible – le spectateur prend en une seconde conscience qu’il suit une caméra trop volumineuse pour passer par une anse de cafetière, et donc qu’il est dans un film – Fincher s’inscrit dans une tradition qui comprend Orson Welles (Le début de La soif du mal) et Hitchcock (La corde). Du grand art. Dans ces conditions, Zodiac est un film à marquer d’une pierre blanche dans la filmo du réalisateur.

Budget : 48 millions $. Recettes : 196 millions $

Zodiac (2007)

Fin des années 60. Le tueur en série Zodiac répand la terreur dans la région de San Francisco. Insaisissable, il envoie aux journaux des lettres codées dans lesquelles il défie ouvertement la police. Robert Graysmith, jeune dessinateur de presse et son collègue Paul Avery, spécialiste des affaires criminelles au San Francisco Chronicle, s’intéressent à l’enquête de l’Inspecteur David Toschi. Le Zodiac deviendra l’affaire de leur vie…

Robert Downey Junior et Jake Gyllenhaal tentent de décoder le message du Zodiac

6ème Film de David Fincher, Zodiac a fait son petit effet dans la compétition du dernier Festival de Cannes. Vendu comme un Seven 2, destination des amateurs de sensations fortes, le film est plus l’adaptation méticuleuse d’une enquête criminelle qu’un thriller sur un tueur en série. Méticuleuse et fouillée, puisque adaptée de deux livres sur l’affaire (dont l’un est signé du dessinateur de presse impliqué à l’époque, Robert Graysmith) et longue de 2 heures et demie. Fincher a passé des heures de recherches pour s’assurer que chaque détail collerait, qu’il embrasserait tout l’éventail dramatique offert par la traque du Zodiac.

C’est une étude d’époque et de personnages qui se débarrasse de toutes les tares du cinéma « spectaculaire » tout en suscitant un intérêt et une tension constants. Fincher a fait fi des travellings insensés et des collages numériques qui faisaient sa marque de fabrique, de son « esbrouffe », son clinquant si irritant aux yeux des critiques old-school. La débauche de signes sur-signifiants a laissé place à la reconstitution épurée d’une annale des enquêtes policière, qui a le malheur de « s’abattre » sur des personnages. Ce sont Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Robert Downey Jr, Chloë Sevigny, impressionnants sur une diégèse qui fait la part belle aux dialogues.

La critique, inévitablement sous le charme, s’est précipitée pour valider du label « film de la maturité » (expression valise de journalistes paresseux) un Zodiac qui concilie les préoccupations et les figures de Seven (récit d’une descente aux enfers et d’un constat d’échec) avec la rigueur de traitement d’un The game, la pertinence du fait plutôt que le spectaculaire de l’effet.

Budget : 65 millions $ – Recettes : 84 millions $.

Le DVD du film sort le 21 novembre en zone 2, dans une édition assez pauvre en bonus – un making-of de moins de 30 minutes, c’est peu pour un sujet qui laissait augurer un étalage de témoignages, de documentaires et autres scènes coupées ou commentaire audio. Tout porte à croire qu’il vaut mieux attendre sagement une édition collector, annoncée outre-atlantique, fortement souhaitée par chez nous. Aux Etats-Unis, l’édition collector proposera notamment une director’s cut du film, et des entretiens avec les acteurs clés de l’enquête, dont les rares personnes qui ont survécu aux attaques du tueur.
On croise donc les doigts pour que Warner France ne se contente pas de l’édition simple, indigne d’un film aussi passionnant.

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12 commentaires

    dolly  | 02/11/07 à 10 h 04 min

  • Prochain dvd que j’achéte c’est Zodiac c’est sur ! Deux raison à cela : ca parle de tueur et j’adore ! et …. y’a Jake Gyllenhaal !!! aie aie aie !!

  • engy  | 02/11/07 à 15 h 30 min

  • Emballée par [i]Alien[/i], par [i]Seven[/i], par [i]The Game[/i] et par [i]Fight Club[/i], je m’attendais à une montée en puissance. Malheureusement le soufflé est retombé pour moi avec [i]Panic room[/i] et [i]Le Zodiac[/i] qui m’ont tous les deux ennuyé… Ceci dit je reverais volontier [i]Panic Room[/i] pour cet effet d’anse qui semble m’avoir echapé! Merci Holden d’avoir l’oeil pour nous ;)

  • Dolly  | 02/11/07 à 16 h 18 min

  • Panic Room c’était pas top top en effet ! l’effet m’a également échapé et à mon avis y’a pas que ça qui a dû m’échaper !!

  • Marie  | 02/11/07 à 19 h 00 min

  • J’ai beaucoup aimé Zodiaque, j’ai trouvé l’histoire bien accrochante et intriguante.

  • Bébou  | 04/11/07 à 13 h 49 min

  • Bon allez je me lance: le meilleur Fincher, c’est Zodiaaaaaac, c’est ZODIAC le meilleur, pas photo, c’est le meilleur.
    Un oscar pour Robert Downey jr, siouplé.

  • marlène  | 16/11/07 à 14 h 17 min

  • Pour Alien3, il faut voir la version de David Fincher en bonus sur le DVD qui n’a rien à voir avec le film sortie en salle. Pour une fan de cette saga comme moi, c’est comme avoir droit à un cinquième film !

  • Sab  | 17/11/07 à 15 h 15 min

  • Ouahou, je savais pas, ça…
    Et alors, il est mieux?

  • LVB  | 18/11/07 à 17 h 58 min

  • Punaise j’avais pas noté cette phrase à propos de Fight Club : “les jeunes mâles se le repassant en boucle”. MORT DE RIRE ! C’est quoi ce cliché à 10 centimes d’Euro ? Serieux ? Et les nanas qui le matent pour voir Brad Pitt hein … t’en fais quoi ?

  • LVB  | 18/11/07 à 18 h 00 min

  • Sinon Zodiac m’a royalement fait chier ! Je l’ai vu il y a trop longtemps pour vous en dire plus … mais j’ai somnolé la moitié du film tellement c’est laborieux !

  • Sab  | 20/11/07 à 17 h 17 min

  • Heu… je suis une fille et je regarde pas le film pour Brad Pitt. A la rigueur, si je regardais le film uniquement pour mater du beau gosse, ce serait pour Edward Norton. Pas pour Brad Pitt. C’était quoi ce cliché à 2 centimes? Brad Pitt, sans déconner…

  • Holden  | 21/11/07 à 0 h 46 min

  • A LVB : Avant de sortir des “clichés”, le journaliste, même sans être diplômé d’une école, observe autour de lui et réfléchit avant d’écrire. En 99, année de sortie du film, j’étais moi-même un “jeune mâle” et j’ai vu le film 4 fois, avant d’acheter le dvd et de le revoir de nombreuses fois. 2007 : quelques jours avant la sortie de cette article, dans un magasin spécialisé en DVDs, j’entendais 3 jeunes mâles de 17 – 20 ans parler ciné, ils sont tombés sur Fight Club et tous trois se sont entendus pour le citer comme l’un de leurs films de chevet, dont l’un qui disait l’avoir vu “je sais pas combien de fois”. Ca m’a fait tilt, et je m’en suis souvenu en rédigeant l’article. J’aurais pu développer en expliquant qu’à cet âge, on est particulièrement sensibles aux idées révolutionnaires / anti-consommation / rebellion développées par le film (d’où l’idée de se le repasser en boucle) mais là n’était pas la question. C’est un fait, le film trône en bonne place dans les DVDthèques des jeunes mâles, qui se le repassent en boucle. J’aurais aussi pu développer aussi sur l’attirance des jeunes femmes par Brad Pitt, mais j’ai comme dans l’idée qu’elles préfèreraient revoir Légendes d’automne, Rencontre avec Joe Black, Sept ans au Tibet ou mieux, Entretien avec un Vampire. Non pas qu’elles soient réfractaires aux films de mecs… qu’est-ce que vs en dites les filles ?

  • Engy  | 21/11/07 à 13 h 15 min

  • J’en dit que j’ai vu le film plusieurs fois avant d’acheter le dvd qui est à mon chevet en bonne place dans ma DVDthèque ;)
    Mais ça doit être mon côté jeune mâle révolutionnaire…
    Pour Brad Pitt, il est effectivement plus en valeur dans d’autres films, le must étant [i]Sept ans au Tibet[/i] mais il est très sexe aussi dans [i]Fight Club[/i] et j’aime bien son côté looser dans le [i]Mexicain[/i] et dans l’excellent [i]Babel[/i] quoiqu’en fait c’est en jeune loup dans [i]Thelma et Louise[/i] qu’il aurait ptêt le plus de potentiel… Mais j’dis ça, j’dis rien, j’préfère les bruns! :P

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