Démineurs : de la bombe !

18/09/09 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Un film d’hommes fait par une femme sévérement burnée. Sortie en salle le 23 septembre.
Démineurs suit le quotidien d’une unité de trois hommes spécialisés dans le désamorçage d’engin explosifs artisanaux. Dans l’Irak de 2004, ils ont du boulot tous les jours ou presque. Si deux surveillent le terrain, prêts à abattre la moindre menace, un seul enfile l’armure et monte au plus près de la charge. Là, sa vie ne tient qu’à peu de chose. Un geste mal placé, une téléphone portable qui sonne au mauvais moment, un sniper embusqué, et boum.

« C’est un documentaire ? » demande l’amie de passage à qui on montre un extrait sur internet. Malgré les apparences, non. Si le film en revêt certaines qualités (zooms et caméra épaule, une certaine impression de réalisme…), si la trop rare Kathryn Bigelow a travaillé en étroite collaboration avec Mark Boal (journaliste « embedded » de longs mois au sein d’une unité de démineurs), son huitième long-métrage est avant tout un film d’action, qui a d’ailleurs rencontré une vive opposition des vétérans américains.

La réalisatrice la plus burnée du cinéma américain (elle a signé Point Break avec Keanu Reeves et Patrick Swayze, et fut mariée à James Cameron) livre un film haletant, l’un des meilleurs sur la guerre en Irak.

Démineurs s’affranchit avec justesse des clichés en vigueur dans le genre, loin des leçons de morale et d’héroïsme (Il faut sauver le soldat Ryan) ou du commentaire engagé (Redacted de De Palma) et avec de belles idées. Ici, les deux têtes d’affiches les plus connues du film se font dézinguer dans les 5 minutes suivant leur apparition à l’écran. La caméra ne lâche jamais le trio principal, ne fait pas de politique, ne cherche pas esthétiser les combats : la fusillade centrale se joue à 850 mètres de distance entre les deux camps. Elle est aussi fascinée par les gestes de ses soldats et notamment son démineur, filmé dans son armure comme un astronaute. Au delà, Bigelow dépeint Bagdad comme le théâtre d’une guérilla urbaine où le danger peut surgir de n’importe où. La scène où le sergent James s’introduit par effraction chez un habitant résume la barrière qui sépare les occupés des occupants, entre curiosité et nécessaire paranoïa. La cinégénie de ces démineurs et cette ambiance parano donnent à l’écran un mélange prenant et immersif.

A la moitié du film environ, un héros émerge, en la personne du sergent James – celui en armure, le démineur. En ayant recours à une sous-intrigue toute hollywoodienne et en faisant mine de creuser la psychologie, Démineurs perd de son subtil équilibre et s’embourbe un peu. Mais le dénouement n’en reste pas moins intéressant, en illustrant sa citation d’ouverture : « L’excitation de la bataille est souvent une addiction puissante et fatale, car la guerre est une drogue »

Les trois acteurs principaux sont au top. Les explosions (car il y en a quelques-unes) sont d’une rare beauté.

Un très bon film de guerre, et un chouette film tout court.

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