Des solutions sur un couffin d’argent

01/04/10 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Le 7 avril sort en salles un film intitulé Solutions locales pour un désordre global. C’est un documentaire d’1h53 traitant d’écologie [ndl : agronomie]. Un objet inesthétique et engagé. Qui n’a rien – strictement rien – de rebutant. Au contraire. Il est amusant, passionnant, émouvant. Et méritant !

D’amour…

Coline Serreau aime les titres longs. Le succès de Trois hommes et un couffin (1985) lui ayant prouvé qu’on s’en fout. Depuis qu’elle fait des documentaires, elle remarque que le propos prime, qu’importe le flacon, pourvu qu’on retienne tout. On retient surtout sa comédie culte, mais Coline Serreau a également réalisé des courts-métrages pour Amnesty International, contre les mines anti-personnel, les violences conjugales : elle voudrait un monde dont elle n’aurait pas honte. Nous aussi, on aimerait bien, si on savait à quoi ça pourrait ressembler.

C’est là que Coline prend sa caméra, pour nous montrer. Elle tourne 170 heures de rushes, elle fait le tour du monde (France, Inde, Brésil, Russie), elle interview des gens, ceux de la théorie comme ceux de la pratique. Et elle découvre – dingue – que tout le monde est d’accord. On sait d’où vient le mal – cette crise économique, écologique et politique -, on sait presque comment le soigner. Enfin : ils savent. Alors la réalisatrice, pédagogue et rigoureuse, en construit l’exposé. Solutions locales… présente d’abord les causes, ensuite les conséquences et enfin, les solutions. Comme ça, sans chichi, parce que la forme ne fera pas l’originalité que possède déjà son sujet. Contextualisation : quid de l’après guerre et de la révolution verte ? Problématisation : où et comment souffre la planète ? Hypothèses : de quelles façons peut-on évoluer ? On fait la moue parce que c’est un peu simpliste, un peu moche aussi (comme l’anti-Vie Moderne de Depardon), que les coupes du montage privilégient la clarté du propos à la cohérence de l’image. Ça manque d’homogénéité comme une synthèse de bout à bout où les lieux se mélangent et où les entretiens sont tantôt sous-titrés, tantôt doublés. N’empêche, c’était compliqué et on a tout compris. On s’en est même voulu d’avoir râlé quand les intervenants se réjouissaient de posséder les réponses, leur condescendance s’excusait par leur universalité – jusqu’à ce qu’on voit la tristesse dans leur sourire : le savoir n’a pas le pouvoir. Et ça aussi, on a vite saisi.

… et d’eau fraiche

L’action, c’est donc à notre échelle qu’elle peut se mener. A l’instar de ces militants plus proches de notre fleuriste que du profil type de l’activiste. Cultiver son propre potager est déjà un acte politique : l’autonomie est une révolte. Solutions locales… évoque les semences, les AMAP, démystifie le labour et le progrès, fait sa fête aux OGM, convertit au bio et nous ferait presque sniffer la forêt (humer sa terre/aimer sa diversité). Pour parvenir à ses fins, le documentaire ne fait qu’expliquer simplement, avec beaucoup d’humour et d’humains. Il y a bien des amalgames qu’on s’appliquera à distinguer, quelques points qu’on aimerait ensuite vérifier, une insistance sur le patriarcat qu’on trouve parfois déplacée, en bref : des défauts. Qui demeurent bien moins nombreux que les infos, incroyablement regroupées en moins de deux heures comme ne pourront jamais mieux le faire les cours de SVT. Qu’on ne pourra d’ailleurs pas résumer ni même analyser avec plus d’efficacité qu’en vous laissant aller de vous-même au cinéma disposer de votre cerveau. Il y a quelque chose dans le travail de Coline Serreau d’aussi éducatif qu’encourageant. Et quand, dans un dernier plan, les sourires des paysans qui ont pris conscience de leur importance deviennent l’espoir d’une nature respectée, on avouera qu’on a faillit en pleurer.
En savoir plus : http://www.solutionslocales-lefilm.com

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1 commentaire

    Marion  | 01/04/10 à 13 h 59 min

  • absolutely Ok….sauf que et comme tous les journalistes tu commets la faute…ce film ne traite pas d’écologie, il traite d’agronomie et surtout des intéractions hommes-milieux : comment utliser au mieux le milieu aux bénéfices de l’homme (faut bien tous manger!!! c’est pas comme si 2 milliards de personnes ne mangeaient pas correctement) et ce qui est bon pour l’homme l’est également pour les milieux! CQFD!

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