Django Unchained : et pour quelques critiques de plus…

21/01/13 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

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Difficile de passer à côté de la sortie en grandes pompes le 16 janvier dernier du dernier Tarantino, salué par des critiques dithyrambiques. Voici un bref aperçu de la clé du succès, à quelques nuances près…

Place à l’Histoire…

L’histoire des Etats-Unis d’Amérique traîne derrière elle deux hontes nationales, scellées aux chevilles de la liberté : le génocide indien et l’esclavage.

Le premier cas a été longuement mis en scène dans les westerns, d’abord en montrant l’Indien comme un sauvage hostile et bon à abattre (La piste des géants, La chevauchée fantastique), avant qu’un mea culpa ne s’opère progressivement à partir des années 50 pour admettre le terrible ethnocide, comme en témoigne La porte du diable d’Anthony Mann, ressorti en DVD en juillet 2012 avec un texte très documenté de Bernard Eisenschitz.
Le second cas, celui de l’esclavage, appartient davantage au film historique qu’au western, et ce dès 1915 et le controversé Naissance d’une Nation de Griffith. Le réalisateur se défendra des aspects racistes de son film en expliquant avoir simplement raconté l’histoire de son pays telle qu’elle s’est passée, en toute objectivité (en montrant par exemple les glorieuses chevauchées du KKK venant libérer le pays de l’oppression des vilains noirs – mauvaise foi, quand tu nous tiens).

Sujet délicat donc, dont la présence était souvent indésirable dans l’histoire de l’Ouest made in Hollywood, car le western repose sur deux thématiques essentielles : la conquête du territoire, c’est-à-dire le cow-boy blanc face à une nature hostile dont font partie intégrante les Indiens, et la construction d’une civilisation, c’est-à-dire l’avènement des institutions (l’autorité, la justice, l’éducation…) au détour d’une bagarre de saloon. En résumé : le western, c’est une histoire de Blancs, de colonisateurs européens.

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D’où l’illumination de Quentin le cinéphage : un cow-boy noir. Malin le bougre, il sait qu’ainsi il pourra réaliser son vieux fantasme, faire un western à la sauce spaghetti (sachant qu’il avait jusque-là déjà bien puisé dans cette imagerie du genre), tout en se targuant de donner une bonne conscience, même si quelques rares films de la blaxploitation avaient déjà tenté le coup.

Il convient d’abord de préciser que le cow-boy noir n’est pas du tout une aberration de l’histoire, puisqu’à partir de 1865 les cow-boys comptaient dans leurs rangs de nombreux afro-américains pour convoyer le bétail. Hollywood a simplement « omis » de représenter ainsi son pionnier de la civilisation (un cow-boy noir à la place de John Wayne, impensable à l’époque…). C’est donc tout à l’honneur de Tarantino de rétablir une partie de la vérité, sauf que, en situant son film avant la guerre de sécession, on nage en pleine invraisemblance assumée, à l’image d’Inglourious Basterds et de ses juifs réglant le compte d’Hitler. Mais revisiter l’histoire peut aussi avoir quelque chose de jouissif, et c’est d’ailleurs un exercice dans lequel semble de plus en plus s’épanouir le réalisateur.

Place au film…

Un chasseur de prime affranchit un esclave pour qu’il l’aide à tuer des hors-la-loi. En échange, celui-ci veut retrouver sa femme et lui rendre sa liberté.

Deux hommes, qui ne sont à priori pas les meilleurs amis du monde, ont besoin l’un de l’autre pour arriver à leurs fins. Ce postulat, sur lequel reposent d’ailleurs presque tous les films de Sergio Leone, sert de base pour que Tarantino y développe son thème fétiche, la vengeance. En y rajoutant des personnages outrancièrement cyniques et des litres d’hémoglobines, on obtient tout ce qui fait son cinéma : du spectacle baroque et violent, où la forme prédomine sur le contenu.

Jubilatoire pour certains, creux pour d’autres, son style a le mérite d’être clairement identifiable. La scène typique : On installe une tension (on informe le spectateur qu’une bombe est cachée sous la table comme disait Hitchcock) et on déverse des kilomètres de dialogues, souvent brillants, pour parler de la pluie et du beau temps. Le décalage entre la conversation anodine et le danger guettant les protagonistes, nous rend ironiquement complice de la tension grandissante. C’est efficace et Tarantino ne cesse d’en user.

Seulement, et c’est malheureusement le défaut récurrent de ses derniers films, la star, ce n’est pas l’histoire, mais sa mise en scène tape-à-l’œil. Et comme celle-ci est souvent basée sur un scénario assez grotesque (imaginez un orchestre philarmonique interprétant une chanson paillarde), ça peut amuser un temps, mais sur 2h45, ça finit forcément par lasser. De même, le cinéaste se montre beaucoup moins percutant quand il s’agit de mettre en scène certaines émotions (il ne suffit pas de filmer quelqu’un en train de pleurer pour transmettre la tristesse), préférant se réfugier comme souvent derrière des zooms et des ralentis pour faire la petite blague « je filme façon série B » (avec un budget 100 fois supérieur).

djangoaffS’il tend donc à s’éparpiller et à manquer de finesse dans sa narration rafistolée, Tarantino nous sert toutefois un casting réussi, une attaque du KKK tournée en dérision façon Monty Python, et bien entendu son habituelle masturbation cinéphilique (la chanson du Django originel, l’apparition de Franco Nero, les mythiques rochers d’Alabama Hills immortalisés par les westerns de Budd Boetticher, etc…).

L’homme est pétri de qualités, c’est indéniable, dommage que son écriture soit devenue aussi paresseuse après la fraîcheur des premières œuvres (Reservoir Dogs, Pulp Fiction). Sergio Leone, dont l’influence sur Tarantino n’est plus à démontrer, confiait au sujet des dérives du western spaghetti : « j’étais très inquiet. On m’avait désigné comme le père du genre ! Je n’avais eu que des enfants tarés. Aucun ne pouvait être légitime. De quoi être écœuré… ». A bon entendeur…

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3 commentaires

    Puck  | 21/01/13 à 12 h 30 min

  • Petite anecdote concernant le dernier paragraphe :

    dans “Le nouvel Hollywood”, Peter Biskind dit que “Pulp Fiction” a été quasi entièrement par Roger Avary, mais que Tarantino l’a écarté pour pouvoir mettre au générique “écrit et réalisé par…”.

    Sa participation au scénario de “Reservoir Dogs” n’est, parait-il, pas non plus négligeable, bien que non crédité (même source, donc peut être faudrait-il la confronter). Du coup, Avary fait la gueule et n’écrit plus pour ou avec Tarentino.

  • Puck  | 21/01/13 à 12 h 31 min

  • *Tarantino (pardon)

  • Mady  | 16/02/13 à 18 h 14 min

  • Et encore, je le trouve gentil le critique…dire que le film est long est un doux euphémisme, un vrai supplice de tout regarder !

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