Coppola is a mook

01/04/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , , , ,

Ce mois-ci, Benoît P. et Isabelle C., qui souhaitent rester anonymes, se gavent de chocolat sous l’œil de deux monstres sacrés – Scorsese et Coppola, dont on réédite les vieilleries. De monstres, il est justement question dans… Monsters, mais aussi, d’une certaine manière, dans Cleveland contre Wall Street.

Les émotifs anonymes : avec deux sucres, pour moi

Deux amoureux de chocolat deviennent des amoureux tout court devant la caméra de Jean-Pierre Améris. A nouveau réunis après le triste et tendu Entre ses mains de Anne Fontaine, Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré, étrangement assortis, interprètent deux timides maladifs sur le mode fantaisiste : à la lisière de la comédie hollywoodienne – parfois, on y chante et on y danse – Les émotifs anonymes ne brille jamais par son inventivité scénaristique, mais capitalise sur son esthétique kitsch et surannée qui, à la manière d’un Amélie Poulain délesté de son horripilante franchouillardise, permet au spectateur de s’enfermer dans une jolie bulle de chewing-gum.
En DVD et Blu Ray le 27 avril, avec des bonus fondants.

Dementia 13 : les premières armes de Coppola

Avant de réaliser Conversation secrète, Le Parrain ou Apocalypse now, Francis Ford Coppola était surtout l’un des initiateurs du nouvel Hollywood, qui a vu naître les plus grands – De Palma et Scorsese entre autres. Fauché mais plein d’idées, Francis réalise son deuxième long en 1963, grâce au mécénat de Roger Corman, lequel lui alloue un budget de… 30 000 dollars (soit environ 23 000 euros). A ce prix-là, la couleur est totalement exclue, tout comme le confort des studios. Dementia 13 est donc tourné en même temps – et dans les mêmes décors – que The young racers, sur lequel Coppola assiste Corman. Axé sur une trame quasi similaire à celle du Psychose d’Alfred Hitchcock, Dementia 13 en est le pendant gore, multipliant les meurtres sanglants – à la hache – et anticipant ainsi la naissance du slasher. En dépit de son budget ridicule, le film bénéficie d’une belle mise en image, et témoigne déjà de l’attachement limite obsessionnel que Coppola accorde à la photographie.
En DVD le 5 avril, avec des bonus hachés menus.

Monsters : rencontre du troisième poulpe

Garreth Edwards est un malin. Afin de pallier au manque d’argent, et donc de personnel, sur le tournage de Monsters, le réalisateur-scénariste a également tenu les postes de chef opérateur et de décorateur du film, a embauché au casting ses amis proches et a tourné certains plans en Amérique Centrale sans autorisation préalable. Se contentant de bouts de ficelle, le Britannique, culotté, se met même en tête de faire du Terrence Malick (Badlands, La ligne rouge…), sur fond d’invasion extraterrestre. Un fou. Le résultat final est d’autant plus surprenant. Balade quasi naturaliste où un photographe de presse escorte une fille à papa au cœur d’une jungle mexicaine mise en quarantaine, Monsters est au film de science-fiction ce que Valhalla rising est au film de vikings : une épopée initiatique et poétique qui privilégie l’intime au grand spectacle. Autant dire une arnaque pour certains, un souffle nouveau pour d’autres. Il faudra donc attendre 90 minutes pour voir les monstres de Monsters – sortes de poulpes géants de l’espace – mais l’attente est plus que récompensée. On n’en dira pas plus ici pour laisser au spectateur le plaisir de découvrir l’une des scènes les plus romantiques de tous les temps. Un dénouement qui fait presque oublier quelques défauts, pourtant énormes : dialogues naïvement illustratifs, cadavres floutés ou expédiés hors champ pour contourner la censure…
En DVD le 6 avril, avec des bonus tentaculaires.

Scott Pilgrim : round one… fight !

Ils sont contents, les geeks, les neuneus à bonnets et les nostalgiques de la super nintendo : leur idole sort de sa case pour débarquer sur l’écran. Scott Pilgrim, bien décidé à conquérir Ramona, une jolie fille à rollers et à cheveux bleus, va d’abord devoir se débarrasser de tous les ex d’icelle. Une gravure bollywoodienne au jeu de jambes confondant, un skateur sexy cloné à l’infini, une rock star herbivore… Sept au total. Sept affreux à tatanner (dont une affreuse), le tout devant la caméra d’un Edgar Wright enfin capable d’être génial (avec Shaun of the dead et Hot fuzz, il était juste drôle). A la manière d’un Batman première génération ou d’un scopitone à la Gainsbourg, le réalisateur fait exploser les bulles de la BD originale, laissant quelques wizz s’imprimer à l’écran. Avec ce film à la croisée de Street fighter et Eternal sunshine of a spotless mind de Gondry, Edgar Wright utilise à satiété l’iconographie des mangas et des jeux vidéo pour souligner les émotions des personnages. Un appui inespéré pour l’acteur Michael Cera, incapable de les exprimer – ses émotions – autrement qu’en levant les sourcils et en adoptant un air benêt le rendant assez vite insupportable.
En DVD et Blu Ray le 5 avril, avec des… ah : game over.

Cleveland contre Wall street : le scandale des subprimes

Un vrai documentaire sur un faux procès mais avec de vrais témoignages. Cette forme peu habituelle que revêt Cleveland contre Wall street est essentiellement le fruit d’un légitime questionnement : pourquoi les banques de Wall street, responsables des saisies immobilières qui ont dévasté la ville de Cleveland en 2008, n’ont pas été jugées ? Le réalisateur Jean-Stéphane Bron reconstitue ici le procès qui n’a pas eu lieu, convoquant pour l’occasion les victimes bien réelles. Mis à la porte de leurs maisons, ces hommes et ces femmes pris dans l’engrenage des prêts à taux variables et des crédits exorbitants, témoignent devant la caméra, espérant sans doute que leurs bourreaux les entendent enfin. Un exercice qui permet de mesurer, à une échelle humaine, les désastres du capitalisme libéral, et de donner la parole à ceux qui en subissent les excès. Captivant dans le propos, inintéressant dans la forme, pour peu qu’on y accorde de l’importance.
En DVD le 5 avril, avec des bonus à crédit.

Mean streets : heureux les mooks

“A mook ? What’s a mook ?” demande Johnny Boy (Robert De Niro) au barman qui vient de lui lancer cette insulte jugée incompréhensible. Préambule à une scène de baston rythmée par une bande originale rock (une habitude, chez Martin Scorsese), cette réplique culte de Mean Streets (1973) est l’ébauche du fameux “You’re talking to me ?” seriné par De Niro, trois ans plus tard devant son miroir, dans Taxi driver. Elle est à l’image du film : sans réponse. Impuissant à expliquer la violence qui gangrène peu à peu le quartier de son enfance – Little Italy à New York – Scorsese la filme sans ménagement, mais avec fraîcheur et humour. Qu’importe le dénouement forcément tragique, annoncé sitôt que Johnny Boy parvient à se procurer une arme à feu, ces jeunes gens désireux de percer dans le “milieu” sont les esquisses des personnages scorsesiens à venir, mais ne sont pas encore dénués de candeur. Devant une caméra nerveuse se permettant des mouvement élaborés dont le réalisateur fera plus tard sa marque de fabrique, les acteurs, en roue libre, sont tous étonnants. Aujourd’hui disponible en Blu-Ray dans une édition dite “limitée” – on espère simplement que le transfert aura respecté le grain de l’image – le film gagne à être redécouvert. C’est notre DVD du mois.
En Blu Ray le 6 avril, avec des bonus à la rue.

On ne les a pas vus mais on s’en fout (ou presque)

C’est pas qu’on l’aime pas, Claude Lelouch. Mais on a toujours un peu peur de croiser Bernard Tapie au détour d’un plan ou d’entendre chanter Nicole Croisille dans une scène d’enterrement. On est donc bourré d’a priori et on assume. A tel point qu’on a décidé de ne pas aller voir Ces amours-là, malgré les bons papiers qui ont accueilli la sortie du film. Ce qui, pour un Lelouch, est finalement assez rare. Autre film, autre Lellouche : Gilles, en l’occurrence, dont on adore ressasser à longueur d’article qu’on lui trouve un petit air de famille avec les Flanby. Lui on l’aime pas beaucoup. On a donc fui A bout portant et aujourd’hui encore, on ne sait pas de quoi ça parle. Par amour pour le cinéma français, et parce qu’on avait trouvé Anthony Zimmer frais et sympathique malgré ses énormes défauts, on a superbement snobbé son remake, The tourist, que beaucoup d’autres avant nous ont pris soin de ridiculiser dans leurs colonnes. Les enfants adoreront Raiponce, le dernier Disney, et on leur fait confiance pour faire tourner le DVD dans leur classe de CP où de toute façon, personne ne lit Envrak. On n’a donc pas jugé utile de le regarder. Concernant Skyline, il faut bien avouer que le film a fait illusion, le temps de la bande annonce. Ensuite, on a lu le synopsis, et on a bien rigolé. De là à vouloir faire le déplacement… Enfin, on est fort mécontent, car aucun cinéma proche de chez nous n’a eu la politesse de projeter le film espagnol Les yeux de Julia, qu’on attendait pourtant fébrilement. Un long-métrage labellisé “Guillermo Del Toro présente” et dont l’excellente réputation, depuis sa sortie, ne fait qu’accroitre notre curiosité. Et notre frustration.
Lire aussi : Les émotifs anonymes
Les DVD du mois de mars, c’est par .

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