Petits mouchoirs et petits poissons

01/02/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , , ,

Un De Niro qui fait rire, un Disney qui fait peur, un film sur facebook, des petits poissons tueurs, Cotillard en short… ça n’existe pas. Et pourquoi pas ?
Ce mois-ci, on vous propose du réchauffé, du lacrymal, de la barbaque, des trucs de fou, du nul, du bon, du lourd, du trèèèèès lourd. Faites chauffer vos lecteurs DVD, et préparez la planche à dollars. Il va vous falloir un gros budget, pour acquérir tout ça :

Quand De Niro savait encore faire rire

On ignore les raisons pour lesquelles Seven7 décide de ressortir ce mois-ci Midnight run, de Martin Brest, mais on imputera cette réédition à la nomination toute fraîche de l’ex-acteur Robert de Niro à la présidence du prochain festival de Cannes. 1988 : Bob est au top de sa forme, et se lance dans la comédie. Mais attention : pas les machins dans lesquels il cabotine inlassablement depuis le milieu des années 90. Non. Le bon “buddy movie” bien fichu qui, ici, décrit le binôme invraisemblable formé par Bob et ce bon vieux Charles Grodin (qu’on soupçonne d’être décédé). Le premier, chasseur de primes, se voit proposer 100 000 dollars pour la capture du second, comptable en cavale après avoir dérobé 15 millions de dollars à un violent mafioso pour les reverser à des associations caritatives. Facile, hein ? Pas du tout, car le FBI est aussi sur le coup, le mafioso a des envies de vengeance, et le comptable charitable est un véritable emmerdeur, que Bob va devoir se coltiner d’un bout à l’autre des États-Unis.
Bien rythmé, bien joué, bien tout, le film fait surtout beaucoup rire, contrairement aux désastreuses bouses auxquelles De Niro associe désormais son nom. La belle époque, quoi…

Piranha 3D. Avec trois D comme Dents pointues, Débiles profonds et jolis Derrières.

Comme si la France n’avait pas assez de tâcherons derrière ses caméras, ses cinéastes doués se barrent de l’autre côté de l’Atlantique pour (parfois) gâcher leur talent au nom du sacro saint dollar. Alexandre Aja a du talent, et le cinéma français aimerait en profiter à nouveau. Comme à l’époque où il tournait son très réussi Haute Tension chez nous, dans nos campagnes. Alors que les choses soient claires : on a aimé Piranha. Aja nous avait franchement déçus avec son Mirrors tout pourri, mais là, Piranha, ça envoie de la tripe, ça dégomme de la bimbo, ça charcle du décérébré. Hyper sanglant, très très cul, super drôle, furieusement eighties jusque dans son traitement des effets gore (le travail de Nicotero, génie du maquillage, est irréprochable), le Piranha d’Alexandre Aja témoigne d’une réelle cinéphilie (certes très ciblée) de la part de son auteur – dans le genre, il connaît ses classiques. Mais enfin, pourquoi la 3D ? Pourquoi nous envoyer mollement à la figure des bouts de poissons morts, des zizis déchiquetés et des giclures de vomi alors qu’on aimerait simplement profiter dans des conditions un peu plus confortables, d’un bon petit film cheap et sans prétention ? Alors Piranha, on va l’acheter en DVD, parce que voir des petits poissons complètement “bis” qui bouffent des tétés en silicone, c’est marrant. Mais parmi les quatre (!) éditions proposées par Wild Side, on préfèrera largement celle dont la jaquette a abandonné la mention “3D”. Ceux qui tiennent toutefois à se casser la rétine peuvent aussi se procurer la version 3D anaglyphe (lunettes rouge/bleu incluses), tandis que les nantis (équipés d’un lecteur Blu-Ray 3D) pourront visionner le film en 3D active. Ça a l’air compliqué, mais va falloir s’y habituer, car tous les films tournés – ou convertis – en 3D subiront désormais ce traitement en DVD.

Un extrait particulièrement sanglant, à déconseiller aux végétariens.

C’est dans les vieux chaudrons qu’on fait les meilleures soupes

Je fête mes 25 ans cette année, je possède un cochon medium, j’ai failli couler les studios Disney à ma sortie, je suis, je suis… Taram et le chaudron magique. Flop historique, renié par ses concepteurs, Taram a pourtant droit à une réédition à l’occasion de son 25ème anniversaire, et pour avoir vu le film un bon millier de fois en VHS version française sur 10 cm² d’écran cathodique, on a envie de dire tant mieux. Car Disney, que ça lui plaise ou non, tenait là son dessin animé le moins niais (aucune chanson ne vient parasiter le récit), le plus sombre, le plus beau. Le moins Disney, en somme, et c’est bien là sa principale qualité. A sa sortie, le film a écopé d’une classification inédite pour les studios (les enfants devaient être accompagnés d’un adulte) qui a largement contribué à son désastre financier. Principaux responsables : une ambiance sinistre, des personnages effrayants (le prince des Ténèbres donne la chair de poule), une musique macabre… Disney, hélas, ne se hasardera plus jamais à mettre en chantier ce genre de projet.

Guillaume Canet : vacances, j’oublie tout

Sortez les huitres, le pinard et le scooter des mers : énorme succès en salles en 2010, Les petits mouchoirs de Guillaume Canet arrive au rayon DVD. Ode à l’amitié, au short de Marion Cotillard, aux forfaits texto et aux choses simples – un peu à l’image d’une publicité pour le jambon Herta – le film possédait tous les ingrédients pour rendre le cinéma de Canet comparable à celui de Claude Sautet ou Lawrence Kasdan. Mais l’overdose de bons sentiments, de situations tellement clichées qu’elles en deviennent embarrassantes, de dialogues bien trop mièvres pour être crédibles et une fin digne des pires mélos télévisuels transforment ces Petits mouchoirs en gros rouleau de sopalin. Les acteurs (sauf Gilles Lellouche, toujours aussi mauvais) tirent heureusement leur épingle du jeu, l’hilarante Valérie Bonneton en tête.

L’histoire d’un mec qui voulait juste envoyer un poke à sa copine…

Il va en moissonner, des oscars, le Social network de David Fincher Pourtant, au stade du tournage, le projet avait tout pour nous faire mourir de rire (mdr) : un film sur le créateur de facebook ? What the fuck ??? (wtf). Fincher nous a surpris : entre ses mains, le biopic du geek jeune et moche Mark Zuckerberg se transforme en tragédie grecque à l’heure du 2.0. Amour, jalousie, trahisons, pouvoir sont au cœur d’une histoire pourtant simple : celle d’un jeune homme asocial qui va se fabriquer une “usine à amis” virtuelle, se trouvant de plus en plus seul à mesure qu’il devient de plus en plus influent. Remarquablement écrit et dialogué, The social network est une œuvre brillante, peut-être trop, ne souffrant d’aucune aspérité à laquelle le spectateur puisse s’accrocher, ne serait-ce que pour se remettre de la logorrhée de son personnage/interprète (Jesse Eisenberg, parfait en jeune geek moche, donc). Sa seule limite réside finalement dans l’âge de son protagoniste, dont on ignore si la création révolutionnaire (qu’on soit pro ou anti-facebook, on ne peut nier son impact souvent négatif sur la vie sociale de ceux qui ne communiquent plus que par murs interposés) finira par disparaître un jour de nos écrans au profit d’un nouveau web-phénomène. A ce moment-là, Zuckerberg fera peut-être l’objet d’un nouveau film, celui racontant l’histoire de sa déchéance. En attendant, The social network est tout naturellement notre DVD du mois.


THE SOCIAL NETWORK : BANDE-ANNONCE VOST HD

On ne les a pas vus mais on s’en fout

Comment ? Envrak a raté la palme d’or ?? Alors non seulement Envrak l’a ratée, mais en plus, Envrak s’en tamponne. Après avoir vu et pas du tout aimé Tropical malady, grand classique d’Apichatpong Weerasethakul, on n’a pas eu envie d’en savoir plus sur cet énigmatique Oncle Boonmee, qui a pourtant séduit Tim Burton (président du jury en 2010 à Cannes). On promet cependant de se rattraper avec la sortie du film en DVD. Donnant donnant, d’Isabelle Mergault, nous donne violemment l’impression d’être assez représentatif du cinéma beauf et franchouillard qui plait tant à TF1, on passe donc notre tour. On laisse également aux seuls fans de Julia Roberts le soin d’admirer la star dans Mange, prie, aime, un film pourtant écrit et réalisé par Ryan Murphy (le créateur de Nip / Tuck), mais dont le titre, à défaut de nous donner envie d’en savoir plus, nous fait bien marrer. C’est déjà ça, remarquez… Les lecteurs d’Envrak savent que Luc Besson n’est pas le bienvenu dans nos dévédéthèques, c’est pourquoi son Arthur 3 n’aura droit qu’à quelques lignes dans cette chronique, ainsi qu’à notre plus grand désintérêt. Enfin, on a adoré Morse, du suédois Tomas Alfredson, qui revisitait de façon inouïe le film de vampires et observait avec une froide tendresse le monde si cruel de l’enfance. Par respect pour cette œuvre sublime, on affichera la plus grande condescendance à l’égard de son remake américain, Laisse-moi entrer, qu’on laisse donc (poliment) à la porte.

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2 commentaires

    milenko  | 02/02/11 à 19 h 55 min

  • un lien intéressant sur les dernière prestation de deniro:
    http://www.madatoms.com/site/blog/deniro/

  • Sab  | 02/02/11 à 23 h 26 min

  • Hahaha ouais, bien vu. Il a quand même mis 1 à “meet the parents”, le mec…

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