Di Caprio dans l’impasse

18/06/10 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Ce mois-ci, les monstres sacrés sont de sortie, entre un Gainsbourg biopiqué et un premier film suisse passé injustement inaperçu. On ne reviendra donc pas sur l’hommage poétique rendu au grand Serge par Joann Sfar (Envrak en a déjà parlé ici), ni sur Complices de Frédéric Mermoud dont Envrak a déjà parlé . On se contentera de signaler le retour en force de Martin Scorsese, qu’on aime particulièrement, le retour raté de Jim Sheridan, qu’on aime quand même beaucoup, et le retour en Blu-Ray d’un grand De Palma, qu’on aime tout autant.

Shutter Island : un film de fou(s)

Martin Scorsese avait tenté par le passé de récupérer à son compte les codes du cinéma d’horreur pour livrer une œuvre toute personnelle, pourtant adaptée d’un matériau existant : Cape Fear (Les nerfs à vif, 1991), remake du film éponyme réalisé en 1961 par Jack Lee Thompson, n’évitait pas les maladresses, mais laissait au final une impression de réussite due en partie à la performance de Robert De Niro.
Près de 20 ans plus tard, le réalisateur de Taxi Driver remet le couvert avec Shutter Island, où il décline une fois de plus sa propre vision du film d’épouvante, avec son nouvel acteur fétiche Leonardo Di Caprio. Cette fois-ci, c’est à l’adaptation d’un roman que s’attaque Scorsese, celui de l’auteur américain Dennis Lehane (déjà inspirateur du très beau Mystic River de Clint Eastwood).

1954 : le marshal Teddy Daniels (Di Caprio) et son coéquipier Chuck Aule (Mark Ruffalo) sont envoyés à l’hôpital psychiatrique de l’île de Shutter Island, pour enquêter sur la disparition d’une patiente, internée pour meurtre. Une évasion d’autant plus inexplicable que la cellule de la malade ne peut se fermer que de l’extérieur. Seul indice retrouvé sur les lieux, une feuille de papier sur laquelle est griffonnée une suite de lettres et de chiffres. Pour mener à bien leurs investigations, Daniels et Aule vont devoir déchiffrer ce document. Au bout de leur périple, une monstrueuse vérité.

Grand soulagement parmi les admirateurs de Scorsese, qui, il faut bien l’avouer, avaient été plus que déçus par Kundun, Gangs of New York, Aviator et The Departed. Car même si un Scorsese mineur reste un grand film, la filmographie passée du maître donne droit à un certain niveau d’exigence. Alors qu’importe la facilité avec laquelle le cinéaste se laisse tenter par la mode du “twist” final, la froideur avec laquelle il explore l’île, la surabondance de flashbacks inutiles, la cohabitation fragile entre onirisme et psychologie… Et tant pis si ces sujets passionnants que sont l’infanticide et les traumatismes de la Shoah ne sont qu’esquissés au milieu de la folie ambiante. Shutter Island réussit sur presque tous les plans, et permet à Scorsese de renouer avec la maestria qui a fait de lui l’un des plus grands réalisateurs de ce siècle.
En DVD le 24 juin, avec des bonus de dingue

Brothers : you fuck my wife ?

Chez Jim Sheridan, la famille, c’est sacré. Avec My left foot (1990), Au nom du père (1994) ou encore In America (2004), le cinéaste irlandais brossait les portraits de pères et de mères dignes et courageux (violons). Avec Brothers, sorti l’an dernier, c’est aux enfants qu’il s’intéresse.

Sam (Tobey Maguire), soldat envoyé en mission en Afghanistan, laisse “au pays” sa femme Grace (Natalie Portman) et ses deux fillettes, et confie à son frère Tommy (Jake Gyllenhaal), qui sort tout juste de prison, le soin de s’occuper d’elles. Après l’annonce de la mort présumée de Sam, Grace et Tommy vont finir par se rapprocher, unis par un deuil difficile à accepter. Jusqu’au jour où Sam revient.

On comprend immédiatement ce qui a pu attirer Sheridan dans le film original (Brodre, de la cinéaste danoise Susan Bier), son manichéisme (un peu simpliste), ce côté shakespearien qu’il affectionne par dessus tout. Mais contrairement à ses précédents films – Au nom du père en tête – Brothers ne permet pas à Sheridan de s’exprimer pleinement, lui qui aurait sans doute souhaité donné davantage dans la dénonciation du bellicisme américain et le traumatisme post-Bush. La tragédie familiale l’emporte ici, et installe le spectateur dans le fauteuil, le lit et la cuisine de Natalie Portman, au lieu d’accompagner le personnage du mari, là où le film aurait pu avoir une portée bien plus percutante. On ne pourra pas accuser le film de tomber dans le mélo, mais on regrettera ce choix narratif consistant à placer la caméra du mauvais côté du conflit. On n’est pas dans un film de guerre, certes, mais dans le genre “film familial”, on a déjà vu ça 100 fois. Reste la performance assez hallucinante de Tobey Maguire, qu’on est content de retrouver après plus d’une demi-heure passée aux côtés de deux personnages dont on se fiche de savoir s’ils vont ou non coucher ensemble.
En DVD depuis le 3 juin, avec des bonus fraternels.

L’impasse : le film requiem de De Palma

Ça et là dans Envrak, on a eu plusieurs fois l’occasion de dire tout le bien qu’on pense de Carlito’s Way (L’Impasse, 1993), dernier grand film de Brian De Palma, cinéaste aujourd’hui artistiquement décédé. On profite donc de la sortie du film en Blu-Ray, pour en remettre une couche.
Longtemps privées de bonus, les premières éditions DVD de L’Impasse ne rendaient pas justice au travail de Brian De Palma. Le Blu-Ray se charge de réparer cette injustice, même s’il se contente de reprendre les bonus du HD-DVD (format haute définition abandonné en 2008, victime du succès du Blu-Ray). Revoilà donc l’excellent making-of de Laurent Bouzereau, les huit minutes de scènes coupées. Un entretien avec le réalisateur complète le tout.

Douze ans après leur première collaboration sur Scarface, Brian de Palma retrouve Al Pacino pour ce film qui apporte au cinéma de gangster ce que Impitoyable de Clint Eastwood avait offert au western : une fin magistrale. Crépusculaire, tragique et violent, L’Impasse décrit l’impossible rédemption d’un ancien trafiquant de drogue décidé à rentrer dans le droit chemin après sa sortie de prison. C’est l’homme auquel il doit la liberté, son avocat (Sean Penn) qui va se charger de l’en détourner…
Mise en scène virtuose, montage au couteau, bande-son sublime et performances à couper le souffle : L’Impasse touche à la perfection, imprimant durablement dans les mémoires une atmosphère violente et mélancolique, et surtout une dernière demi-heure (la fameuse course-poursuite dans le métro) qui fera date dans l’histoire du cinéma.
En Blu-Ray le 29 juin, avec des bonus sans issue.
Les DVD du mois de mai, c’est par .

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Pas de commentaire

    Julien  | 18/06/10 à 17 h 54 min

  • The Departed un film mineur ?? Ah ouais, quand même.

  • Sab  | 18/06/10 à 19 h 05 min

  • Non. Un “Scorsese mineur”, j’ai dit. Et si tu le compares au film original (Infernal affairs), c’est même un “Scorsese de merde”, mais là je vais me faire taper, alors je dis rien.

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