Isabelle Adjani sent bon

18/05/09 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , , , ,

Ce mois-ci, entre deux classiques dépoussiérés, une histoire d’amour(s) et une balade traumatisante dans le plat pays, on va jouer au football avec un gamin brésilien.

Chef d’œuvre olfactif

Ancien capitaine de cavalerie ayant perdu la vue, Fausto, incapable d’assumer son infirmité, ne peut se déplacer sans sa canne, son jeune ordonnance, Ciccio, et une mauvaise humeur digne du prénom qu’il porte. Grand amateur de femmes, Fausto décèle leur présence grâce à leur parfum. Lors d’un voyage qui les mènera de Turin jusqu’à Naples, Ciccio va finir par mettre à jour les noirs desseins de cet homme tiraillé entre soif d’aimer et désir de mourir.
Parfum de femme (1975), l’un des joyaux de l’âge d’or du cinéma italien, est enfin mis à jour grâce aux bonus DVD, enrichis pour cette édition de toutes nouvelles interviews, dont celle de la toujours sublime Agostina Belli.
Grand observateur de la société italienne, le réalisateur Dino Risi offre à l’immense Vittorio Gassman l’un des rôles de sa vie et lui permet de donner corps à un pantin pathétique, personnage inoubliable qui vaudra à l’acteur l’un des prix d’interprétation les plus mérités de toute l’histoire du festival de Cannes.
En DVD le 7 mai, avec des bonus aveuglants.

Vittorio Gassman : la dernière cigarette du condamné?

Quand Adjani se fait tentaculer

Avec Possession (1981), le goût assumé du cinéaste polonais Andrzej Zulawski pour l’hystérie visuelle atteint son apogée. Situé dans une Allemagne toujours déchirée par le mur de la honte, le film raconte l’histoire en apparence toute simple d’une femme qui trompe son mari, mais en donnant à un monstre hideux le rôle de l’amant, Zulawski confère à son film une polysémie traumatisante. A tel point que Possession déclenchera la colère des censeurs – notamment aux États-Unis, où le montage final sera réduit comme peau de chagrin – 80 minutes de métrage seulement contre les 127 de la version intégrale connue en France.
Paranoïa, schizophrénie, manipulation des corps, caméra virtuose explorant les tréfonds de l’âme humaine et d’une ville gangrénée par la peur : du Zulawski pure souche qui, après avoir tiré de Romy Schneider sa plus grande performance (L’important c’est d’aimer, 1974), fait entrer Isabelle Adjani dans la légende. Dans le rôle d’Anna, l’actrice fascine, terrifie, vit son personnage avec une sauvagerie impressionnante.
Enfin en DVD le 7 mai, avec des bonus démoniaques.

Isabelle Adjani, nymphomane démonophile, en pleine folie destructrice sous les yeux de Sam Neil

Le vieil homme, l’enfant et le foot

1970 : le Brésil connaît ses heures de gloire footballistique, tandis que la dictature en place provoque la fuite de nombreux citoyens. Mauro, 12 ans, est confié à son grand-père par ses parents, partis “en vacances”. Dans leur précipitation, ces derniers ne remarquent pas que le papy n’est pas chez lui. Mauro se retrouve seul, et est rapidement accueilli par les habitants d’un quartier juif de Sao Paulo où il va se lier d’amitié avec une poignée d’enfants passionnés comme lui de ballon rond, et surtout, avec un vieil homme irascible.
En dépit d’un patronyme qui le prédestinait à une carrière dans la restauration rapide, il a choisi de devenir réalisateur, et il a bien fait. Dans L’année où mes parents sont partis en vacances, Cao Hamburger, en n’évoquant le contexte politique tendu de l’époque que par petites touches – bribes de conversation, non-dits – adopte le regard de l’enfant pour mieux émouvoir le spectateur. Et ça marche. Contraint de s’adapter à une nouvelle cellule familiale, Mauro, livré à lui-même dans un appartement désormais vide, vit au rythme de la coupe du monde, à l’image de tout un peuple qui cette année-là, a momentanément oublié l’oppression dont il était victime. En évitant le mélo politique au profit d’une comédie à la fraîcheur naïve, Hamburger a pris la meilleure décision.
En DVD le 7 mai, avec des bonus qui vont droit au but.

Le jeune Michel Joelsas, l’innocence incarnée.

Je t’aime, moi non plus

C’est sur une scène d’enterrement que s’achevait La nuit nous appartient. James Gray signifiait ainsi avec une classe infinie qu’il devait faire son deuil du polar, genre cinématographique dont il était devenu l’un des chefs de file outre-Atlantique. Pourtant, c’est sur une trame identique à celle d’un véritable film noir qu’il dessine la destinée de Leonard (Joaquin Phoenix), le protagoniste de Two lovers. Chez Gray, les histoires sentimentales étaient jusqu’alors seulement esquissées. Avec ce quatrième film, de facture aussi classique que les précédents, le cinéaste ose enfin filmer l’amour, le vrai, celui qui change une vie, la bouleverse, la confronte à des choix difficiles. Entre raison et passion, entre la brune, douce et aimante (Vinessa Shaw), et la blonde, provocante, impétueuse et insaisissable (Gwyneth Paltrow), Leonard va devoir prendre une décision cruciale… qui ne sera pas sans laisser de séquelles.
Avec Two lovers, James Gray parvient à trouver un nouveau souffle, aidé par une lumière sublime, une musique sensible, une écriture ciselée et des acteurs magnifiques. Comme à l’accoutumée, les seconds rôles (Isabella Rossellini, Elia Koteas) y sont prestigieux et aussi bien caractérisés que le trio central.
En DVD le 26 mai, avec des bonus indécis.

Joaquin Phoenix et Vinessa Shaw : là, visiblement, il a choisi la brune.

Les offices de tourisme belges lui disent merci

Les voies des éditeurs sont impénétrables. Catapulté sur les rayons des DVD par Wild Side en 2005, le premier film de Fabrice Du Welz, Calvaire, connaît une ressortie printanière, mais sous la griffe Studio Canal, avec la même jaquette et les mêmes bonus. On ne sait pas pourquoi, mais c’est ainsi. Et c’est tant mieux. Dans la foulée de Vinyan, le second film du cinéaste, sorti en DVD le mois dernier, cette pépite du cinéma belge mérite d’être redécouverte. Riche de ses emprunts assumés au cinéma d’exploitation des années 70, Calvaire est peuplé de marginaux – dont un très inquiétant Jacky Berroyer – vivant en autarcie dans une région que les femmes semblent avoir désertée. Le chanteur itinérant Marc Stevens (Laurent Lucas, toujours superbement ambigu) en fera les frais…
Extrêmement cruel et d’une splendeur esthétique inattendue, le film, inclassable, réserve son lots de scènes difficilement soutenables. Il serait pourtant dommage de passer à côté.
En DVD le 5 mai, avec des bonus, une fois.

Jacky Berroyer, veuf inconsolable et aubergiste sadique.

Les DVD du mois d’avril, c’est par

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire