J’étais sur la route…

02/05/10 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : ,

Ce mois-ci, on ne va pas à Cannes. Les footballeurs et les top-models, les coups de soleil et les files d’attente, très peu pour Envrak, qui se fait des toiles dans son salon pour moins cher. Ça tombe bien, entre nouveautés et ressorties, on a de quoi faire.

3000 km à pied, ça use, ça use…

Un père et son fils errent dans un monde dévasté, où ne subsistent que cendres et ruines. Sur leur route, de rares survivants qui, comme eux, ignorent ce qui a provoqué l’énorme éclair ayant tout détruit sur la planète dix années auparavant. L’homme et l’enfant n’ont plus de raison de vivre, mais se raccrochent à un seul but : voir l’océan, à l’autre bout du pays.

Inspiré du roman de l’Irlandais Cormac McCarthy, La route (prix Pulitzer 2006) est un cauchemar. De ses décors incroyables (le réalisateur John Hillcoat a filmé certaines séquences en Louisiane après le passage de Katrina), toute couleur est bannie. C’est dans un paysage de bout en bout apocalyptique qu’évoluent Viggo Mortensen et le jeune Kodi Smit-McPhee, en proie à leurs souvenirs (la mère disparue, les jours heureux) et à la menace permanente de tous ceux qui, pour survivre, se livrent au cannibalisme. Vendu un peu trop vite comme un survival, La route est un voyage quasi philosophique, planant. L’anti Mad Max. Et s’il se laisse aller à quelques séquences tendues (le père, prêt à tirer une balle dans la tête de son enfant pour lui éviter une fin atroce), le film n’évoque que très peu les cannibales, beaucoup plus présents dans le roman, et se concentre sur les relations entre l’homme et son fils, aidé par deux performances magistrales et une musique envoutante (parfois trop sirupeuse). Une très belle surprise.
En DVD et Blu-Ray le 4 mai, avec des bonus à tous les virages.

Attachez vos ceintures

Entre aéroports et chambres d’hôtels, Ryan Bingham mène une vie de misanthrope, un défaut qui le sert parfaitement dans son métier : spécialiste du licenciement. Les sociétés font appel à lui pour mettre leurs salariés à la porte, une tache dont il s’acquitte à la perfection. Jusqu’au jour où une nouvelle recrue de la direction – jeune femme d’une vingtaine d’années – décide que les licenciements se feront désormais par vidéo-conférence. Le monde de Ryan s’écroule : fini les voyages et les voitures de location. Une seule solution, emmener la jeune femme aux quatre coins des États-Unis pour lui prouver que rien ne vaut les vieilles méthodes.

Le public attendait Jason Reitman au tournant après le succès de Juno. Avec In the air, le réalisateur mise sur le capital de séduction de George Clooney. Ça ne suffit pas. Malgré l’ironie qu’il déploie pour égratigner le monde de l’entreprise et démonter le rêve américain, Reitman n’échappe pas à la niaiserie qui, à la fin du film, éclabousse l’écran. Il manque à In the air ce désir franc de dénoncer le conformisme américain (particulièrement hollywoodien) dans lequel il finit par se vautrer. Dommage pour les acteurs, dont les très pétillantes Anna Kendrick et Vera Farmiga.
En DVD et Blu-Ray le 27 mai, avec des bonus à prix duty-free.

Mironton mironton mirontaine

Johnny s’en va t-en guerre, (Johnny got his gun, 1971) est un film audacieux : à la fois anti-militariste et pro-euthanasie, le long-métrage de Dalton Trumbo (adapté du roman dont il est l’auteur) a marqué les esprits à plus d’un titre. Ses partis pris artistiques, notamment, lui ont assuré une excellente réputation, allant jusqu’à lui valoir le grand prix du jury au festival de Cannes. A l’époque, les États-Unis s’enlisent dans la guerre du Viet-Nam, et les différents mouvements pacifistes entourant ce conflit portent le film de Trumbo au rang d’œuvre culte. Son héros, jeune homme revenu mutilé de la première guerre mondiale, a perdu ses bras, ses jambes, et une partie de son visage a été arrachée. Mais il vit encore, et trouve un moyen de communiquer avec une infirmière, à laquelle il demande de le laisser mourir.

Violent pamphlet contre l’absurdité de toutes les guerres, le film permet à Dalton Trumbo d’expérimenter de nouvelles formes narratives, convoquant la couleur dans les souvenirs de Johnny mais ancrant le présent et la réalité dans le noir et blanc, pour mieux souligner l’état d’esprit du personnage. Une œuvre majeure, à découvrir sans plus attendre.
En DVD le 5 mai, avec des bonus euthanasiés (ce qui, pour le coup, est vrai…)

Le bal des fantômes

Suite à un accident de voiture, Mary, seule survivante, profondément choquée, se rend en Utah pour jouer de l’orgue dans une petite église. Là bas, elle est en proie à d’horribles visions, celle d’un fantôme au visage cadavérique. Sentant son esprit vaciller, Mary se réfugie dans un parc d’attractions désaffecté, persuadée qu’elle y trouvera la clé du mystère.
1962 : le réalisateur Herk Harvey se lance dans la réalisation de son premier (et unique) film, certain que l’idée qu’il a en tête lui permettra de se payer un joli succès dans les drive-in. Sans le savoir, Harvey livre avec Carnival of souls un film précurseur à plus d’un titre. A sa disposition, un budget ridicule (les fantômes sont maquillés au blanc d’œuf), une actrice méconnue (Candace Hilligoss) et deux décors obtenus gratuitement : une fabrique d’orgues (c’est ainsi que Harvey a l’idée de faire de son héroïne une musicienne) et le Saltair Pavilion, construit par les mormons à la fin du 19ème siècle non loin de Salt Lake City, et où se déroulera une séquence de bal onirique et sublime.

A mesure que la santé mentale de Mary se détériore, le film se fait plus pesant, grâce notamment à une musique glaçante, des jeux d’ombres inquiétants et des mouvements de caméra vertigineux. Avant-gardiste, ce Carnival of souls (aujourd’hui édité chez Wild Side après avoir été déterré par le Chat qui Fume) est une référence absolue pour David Lynch, Tim Burton, George A. Romero et M. Night Shymalan.
En DVD le 4 mai, avec des bonus ectoplasmiques.
Les DVD du mois d’avril, c’est par .

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