A louer, charges comprises

07/03/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Des musiciens paraplégiques, une famille atypique, Deneuve en plante verte et une bonne nouvelle pour les fans de Roman Polanski.
Ce mois-ci, les musiciens du staff Benda Bilili, le jogging de Catherine Deneuve, et la sortie inespérée d’un chef d’œuvre de Polanski nous mettent en joie. On n’en dira pas autant du mignon mais raté Ce n’est qu’un début documentaire déjà chroniqué dans nos pages. Également en DVD au mois de mars, le frappadingue Kaboom de Gregg Araki et l’anxiogène Buried, porté de bout en bout par l’étonnant Ryan Reynolds. Pour le reste, c’est ici que ça se passe :

L’énergisante success story de Benda Bilili

Et si l’Afrique pouvait faire l’objet d’un documentaire français ne tombant pas, pour une fois, dans le misérabilisme et le complexe de culpabilité ? Et si des musiciens paraplégiques, alliés à un enfant vagabond, pouvaient quitter les rues sordides de Kinshasa le temps d’un concert acclamé au festival de Belfort ? Devant la caméra de Renaud Barret et de Florent de la Tullaye, le rêve du staff Benda Bilili devient réalité. Pendant cinq ans, les documentaristes ont suivi ces vedettes du ghetto kinois – des musiciens en fauteuils roulants – et les ont aidés à enregistrer en studio leurs premières chansons, avant d’assister à leur fulgurante ascension dans les festivals du monde entier. Cette miraculeuse aventure permet aux spectateurs de découvrir un univers musical euphorisant, sans que leur soit toutefois cachée la réalité d’un quotidien pas toujours rose : celle de la maladie qu’on ne soigne pas et celle des nuits entières sur des matelas en “tonkar”. Malgré les larmes retenues par moment, impossible de ne pas ressortir du film sans un sourire de trois kilomètres scotché au visage.

The kids are all right : le papa et la maman (et la maman)

Laser et Joni ont enfin l’âge légal pour s’adresser à la banque du sperme à laquelle leurs deux mamans – Nic et Jules – ont fait appel pour leur conception. Curieux de découvrir leur géniteur, les deux adolescents ne tardent pas à retrouver sa trace, et tombent immédiatement sous son charme. Pas de bol pour Nic : Jules n’est pas non plus insensible au sex appeal de cet homme, qui risque de mettre à mal le bel équilibre familial. Sur le papier, the kids are all right avait tout du petit film indé à la fraîcheur bienvenue. Sur l’écran, c’est une autre histoire. Certes, on ne peut que louer l’absence des clichés et de personnages caricaturaux auxquels on était en droit de s’attendre face au thème de l’homoparentalité. Mais malgré l’engagement de ses trois acteurs – Annette Bening, Julianne Moore et Marc Ruffalo – Cholodenko ne parvient pas à rendre captivante cette histoire finalement bien lisse, parfois ennuyeuse, souvent mal dialoguée, et qui finit par tomber dans un moralisme décevant malgré quelques scènes bien senties dans la première partie du film.

Potiche : quiche kitsch

A la fin des années 70, les femmes portent des pattes d’eph, divorcent trois fois par an, vont draguer en boite de nuit. Pas Suzanne Pujol. Épouse soumise d’un riche industriel qui la considère comme une plante verte, Suzanne va pourtant se retrouver, suite à la séquestration de son mari par des salariés grévistes, à la tête de l’usine.

Huit ans après Huit femmes, François Ozon retrouve Catherine Deneuve, et lui offre le rôle que tenait Jacqueline Maillan au théâtre en 1980 : cette fameuse potiche qui parvient à s’émanciper dans le patronat sert de prétexte au réalisateur pour se livrer à l’un de ses exercices favoris – le théâtre filmé – tout en alliant à la minutie de la reconstitution d’époque, une savoureuse résonance actuelle. Le film multiplie d’ailleurs les allusions politiques via des dialogues qui ne laissent aucune place à l’équivoque : “ils lui ont dit ”casse toi pauv’ con” !” relate le fils du patron fraîchement libéré de sa séquestration, et qui répond à ses salariés mécontents : “si vous voulez gagner plus, vous n’avez qu’à travailler plus !”. Magnifiquement écrit, Potiche est un monument de kitsch, à l’imagerie feuilletonnesque du plus bel effet, qui perd hélas de sa saveur dans la deuxième partie, beaucoup moins réussie sitôt que la potiche, à l’image du film, commence à se prendre un peu trop au sérieux. Les comédiens, Fabrice Luchini en tête, sont parfaits.

Le locataire : viens chez moi, j’habite chez des tarés

Trelkovsky, archiviste taciturne, emménage dans un appartement dont la précédente locataire s’est défenestrée quelques jours auparavant. Peu après s’être installé, le jeune homme subit les brimades de ses voisins. Tandis que ces derniers se livrent sur lui à un véritable harcèlement, la peur et la paranoïa le gagnent.

Dés le générique – une vraie leçon de cinéma – Roman Polanski, via un impressionnant plan séquence aérien détaillant chaque centimètre de l’immeuble où va se dérouler l’action, instaure une ambiance étrange. Teinté de fantastique, Le locataire (1976) reste à ce jour le film le plus personnel du cinéaste – davantage, même, que Le pianiste. Il est aussi le plus effrayant, le plus troublant, érigeant le glauque au rang de démarche artistique à part entière, à l’image du Possession d’Andrzej Żuławski. Les deux films partagent d’ailleurs, outre la présence ensorcelante d’Isabelle Adjani, une puissance malsaine et une fascination morbide pour la schizophrénie, qui s’empare de leurs personnages respectifs pour mieux les faire sombrer. Le film offre une plongée dans un immeuble angoissant et dans un cerveau malade, où les mouvements de caméra, délirants, incontrôlables, rendent littéralement fou. Révélant les peurs les plus intimes du cinéaste, Le locataire est transporté malgré lui dans une spirale de peur, jusqu’à un final malsain qui restera dans les mémoires. Fait inexplicable : ce chef d’œuvre n’avait encore jamais été édité en zone 2. C’est peu de dire que cette sortie – pile poil pendant le mois des fous – est un événement. Logiquement, Le locataire est notre DVD du mois.

On ne les a pas vus mais on s’en fout (ou presque)

Valeur sûre du classicisme à la française, le dernier Tavernier, La princesse de Montpensier, histoire d’amour en costumes sur fond de guerre de religion, a rencontré un joli succès public. Mais Envrak a oublié d’aller le voir, trop occupé à chercher au meilleur prix sur le net le DVD de la Reine Margot. Le jeune chanteur pêchu (et mêchu) Justin Bieber est un véritable dieu dans les écoles primaires du monde entier. Ceux qui se demandent pourquoi trouveront enfin des réponses à leurs interrogations dans le film Justin Bieber, c’est mon univers. Curieux (et mélomane), Envrak a eu envie d’en savoir plus via le site Deezer, et a tenu environ trois secondes. Autre star, autre génération : Bruce Willis s’entoure de Helen Mirren, John Malkovich et Morgan Freeman dans Red, de Robert Schwentke, et invente un nouveau genre : le film-d’action-avec-des-vieux-dedans. A cours de déambulateurs, on n’a pas pu faire le déplacement. Saw, c’est enfin terminé. Pour fêter la mort de cette affligeante franchise (si on excepte le très bon premier film), les producteurs nous font évidemment le coup de la 3D. Un argument marketing qui ne nous a pas convaincus outre mesure de découvrir ce septième et dernier opus de la saga, uniquement réservé aux fans. S’il en reste…
Les DVD du mois de février, c’est par .
Lire aussi : Ce n’est qu’un début / Kaboom / Buried

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