Argento superstar

02/11/10 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Ce mois-ci, l’un des maîtres de l’horreur transalpine crée l’événement en DVD, avec la ressortie de cinq de ses chefs d’œuvres. L’occasion de rappeler qu’avant de pondre bouse sur bouse, Dario Argento faisait du cinéma. La preuve :

Le meurtre est un art

Alors qu’Adrien Brody tente désespérément d’empêcher la sortie DVD du film Giallo, le dernier navet en date de Dario Argento, et alors que les fans du maestro déchu n’ont pas fini de pleurer (de rire) en revoyant en boucle La terza madre (Mother of tears), le cinéaste italien, artistiquement mort depuis les années 90, est pourtant la star de l’automne. Après la soirée spéciale que lui a consacrée le Club de l’Étoile à Paris le 30 octobre dernier, les éditions remastérisées de cinq de ses films viennent rejoindre Suspiria et Profondo rosso dans le catalogue de Wild Side. Parmi eux, L’oiseau au plumage de cristal et Le chat à neuf queues : un petit événement, pour ceux qui avaient eu le malheur d’acquérir les deux premières œuvres du réalisateur chez des éditeurs désespérément laxistes (pas de bonus, un packaging assez laid). Films hitchcockiens posant les bases du cinéma d’Argento, L’oiseau… (1970) et Le chat… (1971) ont indéniablement assez mal vieilli, mais bénéficient de quelques atouts de taille : les surprises ménagées par le scénario, les trouvailles de mise en scène et cette fameuse manipulation par l’image qui prend le spectateur par défaut, à la manière du Blow up d’Antonioni. Et la musique composée par Ennio Morricone, aux notes parfois avant-gardistes, confère aux deux longs-métrages une atmosphère oppressante.

On ne reprochera à personne de ne pas se ruer sur ces deux opus, pour leur préférer Inferno (1980), jusqu’alors inédit en DVD en zone 2. Deuxième volet de sa trilogie fantastique dite “des trois mères”, trois ans après le sublime Suspiria et 27 ans avant le calamiteux La terza madre, Inferno est un cauchemar psychédélique, une explosion chromatique démentielle dont le génie formel fait parfois de l’ombre à un scénario, il faut bien le dire, assez simpliste (une jeune femme révèle à son frère l’existence de palaces à Rome, Fribourg et New York, construits par le même architecte et abritant les Trois Mères, sorcières gardiennes des portes de l’Enfer). Sans atteindre les sommets de Suspiria, Inferno s’impose toutefois comme l’un des films les plus réussis d’Argento, qui ne s’aventurera plus, à l’avenir, dans ce type d’expérimentation visuelle. Pour preuve, le très aseptisé Ténèbres (1982), thriller horrifique qui convoque l’esthétique des séries télé américaines, donnant l’impression de désaturer la quasi totalité des couleurs à l’image. A l’exception du rouge, qui inonde l’écran à de multiples reprises. Les meurtres, très graphiques, sont exécutés à l’arme blanche – hache, couteau – dans la grande tradition du thriller italien, le “giallo”, dont Argento est l’un des maîtres. Avec Ténèbres, où un écrivain américain à succès se retrouve mêlé à une affaire de meurtres perpétrés par l’un de ses admirateurs, Argento multiplie les tours de force. Notamment lors de la séquence du double meurtre, où un plan séquence inouï se termine dans un bain de sang.

Également remasterisé, Phenomena (1985), film beaucoup trop sous-estimé à sa sortie, bénéficie enfin d’un transfert digne de ce nom. Si le film a longtemps été une curiosité pour les fans de Jennifer Connely, alors très jeune (Argento l’a repérée quelques mois auparavant dans Il était une fois en Amérique, de son ami Sergio Leone), Phenomena devrait enfin trouver là une occasion d’être réhabilité. Parenthèse magique dans la filmographie d’Argento, Phenomena cherche sa place entre les sorcières de Suspiria et Inferno – dont il délaisse les outrances baroques – et les tueurs des gialli. Ici, une jeune fille que l’on croirait sortie d’un roman de Lewis Carroll, parle aux insectes et parvient grâce à ce don hors du commun à remonter la piste d’un psychopathe. Très poétique dans son traitement, puisant à satiété dans le cinéma expressionniste, Phenomena marque un tournant dans la carrière du réalisateur, qui compose ici un jeu de piste onirique et mystérieux. Comme souvent depuis Les frissons de l’angoisse, le groupe Goblin assure aux partitions.

Soigneusement réédités par les directeurs techniques de Wild Side Films (en présence des chefs opérateurs de chacun des films), ces longs-métrages offrent un panel parfait du cinéma de Dario Argento, auquel il convient d’ajouter Profondo rosso et Suspiria. Depuis Le syndrome de Stendhal (1996), Argento n’a plus réalisé un seul bon film, à l’exception des moyens-métrages Jennifer et Pelts, dans le cadre de l’anthologie Masters of horror. Un coma artistique inquiétant, qui rend d’autant plus précieux les chefs d’œuvres restaurés de ce cinéaste auquel on souhaite une prompte résurrection.

En DVD le 3 novembre avec des bonus hémoglobineux

Ils sortent aussi en DVD

Les réfractaires au film de genre ont aussi leur mot à dire, et leurs DVD à acheter, alors à ceux-là, on conseille en priorité Mammuth, du duo Kervern-Delépine. Les cinéastes grolandais offrent un rôle en or à Gérard Depardieu : celui d’un boucher qui, la retraite approchant, doit parcourir la France pour retrouver ses bulletins de salaire manquants. A l’opposé de Louise Michel, leur film précédent, les réalisateurs signent un beau film triste, poétique et barré, trash et drolatique, où Depardieu fait des merveilles. A l’heure où les Français pleurent la retraite à 60 ans, l’épopée à moto de cet homme en quête de reconnaissance et de “papelards”, trouve une étonnante – et amère – résonance sociale.


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Également fraîchement débarqués dans les rayonnages, les DVD de L’agence tous risques, adaptation de la série éponyme des années 80 – pour ceux qui ont du temps de cerveau disponible. Adèle Blanc Sec du gros Besson, Alice au pays des merveilles version Burton, deux films dont on a déjà parlé ici (en mal). Enfin, en bons fans de George Romero, on suggère de boycotter sans autre forme de procès le remake de The crazies pour lui préférer le (très cheap) modèle de 1973. Affublé du titre français La nuit des fous vivants, The crazies imagine les effets d’une mystérieuse infection sur les habitants d’une petite communauté, qui adoptent des comportements dangereux et sociopathes (pyromanie, inceste…) Le remake bénéficie de moyens financiers décuplés permettant notamment de transformer physiquement les personnages contaminés. Ce qui n’est pas forcément gage de qualité…
Les DVD du mois d’octobre, c’est par .

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