Lars Von Trier sur le pont

01/11/09 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , ,

Une forêt inquiétante, un homme éléphant, une fille sur un pont, un sorcier boutonneux, un boxeur pauvre et un couple maudit.
Ce mois-ci, ta dévédéthèque va exploser, lecteur, car Envrak se fout de ton budget et veut que tu te procures tout ça :

Le chaos règne

Quand Lars Von Trier veut choquer son monde, il ne s’y prend pas à moitié. C’est ainsi qu’à sa sortie, Antichrist a provoqué tout un panel de réactions allant du profond dégoût à un enthousiasme exacerbé. Très peu de critiques auront finalement su déceler au sein de cette œuvre superbement malsaine la force du combat que Von Trier mène contre sa propre misogynie. Là où beaucoup d’autres, plus hermétiques à ce cinéma combinant naturalisme et poésie macabre, y voient au contraire une forte charge contre la femme originelle, celle qui provoque chaos et destruction. Ils se sont donc lourdement trompés. Ici, le plaisir charnel est désigné comme coupable de tous les maux. Les corps devront souffrir, et le cinéaste a l’intention de tout montrer (castration, mutilations, auto-excision…) quitte à mettre le spectateur dans une position inconfortable. Mais rarement la matérialisation de la peur aura été aussi aboutie au cinéma.

Le film est cru, horrible, triste, violent, compliqué – difficile d’en saisir le sens sans avoir tenu dans ses mains un livre de Nietzsche ou de Strindberg – mais la photographie est époustouflante et la prestation de Charlotte Gainsbourg à tomber par terre.
En DVD et Blu-ray le 4 novembre, avec des bonus forestiers.

Je ne suis pas un animal !

Elephant Man n’avait pas encore eu les honneurs d’une édition en blu-ray. C’est aujourd’hui chose faite grâce à Studio Canal, qui redonne un coup de jeune au second film de David Lynch… pour autant, on se demande si une remasterisation de l’image d’origine s’imposait, concernant un film qui doit autant à la performance étonnante de John Hurt dans le rôle titre qu’au grain faussement daté de sa photographie. Un parti pris dû à la fascination qu’a toujours exercé le chef d’œuvre de Tod Browning, Freaks, sur le cinéma de Lynch (son film précédent, Eraserhead, était lui aussi tourné en noir et blanc).

Vingt-huit ans après sa sortie, l’hymne à la tolérance du futur réalisateur culte de Twin Peaks, Lost Highway ou encore Mullholland drive, fait toujours autant d’effet, grâce à la caractérisation très réussie de son personnage, physiquement monstrueux (Joseph Merrick, atteint d’éléphantiasis, maladie qui déforme ses traits, a réellement existé à la fin du 19ème siècle), et profondément humain. Une réussite formelle, aussi, qui pose les grandes lignes de l’univers lynchéen à grand renfort de séquences étranges, oniriques et faisant appel au ressenti du spectateur. Un classique, en somme.
En Blu-ray le 3 novembre, avec des bonus qui ne trompent pas.

Faire un bon film, c’est pas sorcier

Après avoir massacré le 5ème tome de la saga Harry Potter, David Yates en remet une couche en commettant Le prince de sang mêlé. Alors que le livre se focalisait avec intelligence sur un personnage central de la mythologie Potter, l’inquiétant Severus Snape (Rogue, en français), le film fait semblant d’analyser les troubles de l’adolescence, ses émois, ses amours, ses boutons… On s’en fout. D’autant que les jeunes acteurs – hormis Emma Watson – sont aussi mauvais que trop âgés pour leurs rôles, et que Yates a oublié d’être doué derrière une caméra. Donner à Harry Potter des allures de teen movie ? Pourquoi pas donner une baguette magique aux héros de American Pie?

On se demande à quoi a bien pu être alloué le budget mirobolant du film, mais on est persuadé qu’il n’a pas servi à rémunérer les scénaristes. Vivement la sortie du septième opus. Celui-là aura au moins le mérite d’être le dernier.
En DVD et Blu-ray le 18 novembre, avec des bonus menés à la baguette.

Paradis se jette à l’eau

Un lanceur de couteaux . Une fille suicidaire. Un pont au-dessus de la Seine. Elle est sur le point de sauter, il va lui offrir un autre option. La fille sur le pont a 10 ans, et à cette occasion, Studio Canal / Universal ressort le film, avec une nouvelle jaquette mais un contenu identique à celui de l’ancienne édition.

Une nouvelle occasion pour les néophytes – ceux pour qui Patrice Leconte n’est QUE le réalisateur des Bronzés – et pour les habitués – ceux pour qui Patrice Leconte est AUSSI le réalisateur de Ridicule et Le mari de la coiffeuse – de redécouvrir le tandem formé par Daniel Auteuil et Vanessa Paradis, deux êtres fébriles dont le bonheur ne tient à plus grand chose. Encore leur faut-il ouvrir les yeux. Le noir et blanc, qui illumine les visages des protagonistes, et les dialogues, magnifiques, finissent de rendre ce film essentiel dans la dévédéthèque des romantiques de tous poils – ceux qui s’assument, et ceux qui s’ignorent.
En DVD le 3 novembre, avec des bonus au couteau.

Mieux vaut six fois qu’une..?

Après le très complet coffret Rambo sorti le mois dernier, c’est au tour de Rocky autre personnage emblématique incarné par Sylvester Stallone, de faire l’objet d’une anthologie où l’excellent premier volet – portrait humble d’un laissé pour compte qui touche du doigt le rêve américain sur les rings miteux d’une banlieue de Philadelphie – laisse le champ libre à des séquelles plus ou moins réussies : un deuxième épisode honnête; un troisième, bourrin; un quatrième, pitoyable; un cinquième, vraiment limite; et puis un sixième, rédempteur, inattendu, touchant…

De là à considérer qu’un coffret s’imposait, il n’y a qu’un pas que seuls les fans franchiront. Les autres se contenteront du film augural, qui avec les années acquiert un cachet poussiéreux qui le rend d’autant plus précieux, et du film final, qui boucle la boucle avec beaucoup d’élégance.
en DVD le 4 novembre avec six rounds de bonus.

Après les amants de Vérone, les amants de Jaffa

On se souvient de Mon trésor, son personnage de prostituée accro au trottoir, sa fille désespérée, son pessimisme latent – et du talent de sa réalisatrice, l’Israélienne Keren Yedaya, qui avec ce premier film révélait l’une des actrices les plus douées du cinéma contemporain (Ronit Elkabetz, vue depuis dans La visite de la fanfare, Les six jours, La fille du RER…) On découvre aujourd’hui son second film, Jaffa, où deux jeunes gens vivent un amour impossible à leurs yeux, et aux yeux d’une société déchirée par un conflit insolvable : Mali est israélienne, Toufik est palestinien, ils vont se marier en cachette. Mais lorsque Toufik tue par accident le frère de Mali, cette dernière est contrainte de l’oublier. Et de prendre une décision irrévocable : garder – ou pas – l’enfant qu’elle porte.

Keren Yedaya, de cette trame simple (simpliste, même) aurait pu tirer un film politique. Une facilité qu’elle évite pour livrer un film sur l’amour que l’on croit coupable et sur les non dits qui tiraillent une famille en apparence ordinaire mais où le racisme provoque des dégâts irrémédiables. Si l’ensemble est plombé par une certaine naïveté et par des zooms omniprésents (et très moches), on retient la performance électrisante de Ronit Elkabetz dans le rôle de la mère faussement indigne, et un final revigorant où pointe un mince espoir de réconciliation entre deux personnages que rien n’oppose sinon leur appartenance à deux peuples qui pourraient bien ne jamais s’entendre.
En DVD le 5 novembre, avec des bonus au pied du mur.
Les DVD du mois d’octobre, c’est par

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1 commentaire

    That Lovely Girl de Keren Yedaya – Ma Piccolo Bubble  | 12/11/16 à 0 h 50 min

  • […] Lovely Girl (Loin de mon père en français) de l’israélienne Keren Yedaya (Mon Trésor, Jaffa). On débute sur une longue scène de brossage de dent, si jusque là tout va bien, on se demande […]

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