Du sang dans le couscous

01/09/08 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , , , , , ,

Ce mois-ci, on passe aux choses sérieuses : on dit adieu aux séances de farniente, aux piqûres de méduses et aux barbecues au bord de la piscine. On va parler guerre(s), Histoire des États-Unis, adoption aux Philippines et gothique anglais. Ramassage des copies dans trente minutes.

Fais-moi du couscous, chérie

Considéré comme l’héritier de Maurice Pialat, le réalisateur Abdellatif Kechiche nous ressert une grande louche de cinéma-vérité avec La Graine et le Mulet. Quatre ans après l’Esquive et ses formidables portraits de jeunes déclamant des vers de Marivaux en plein cœur des cités, Kechiche fait montre une nouvelle fois de génie dans sa direction d’acteurs et dans sa capacité toute naturelle à peindre le portrait de magnifiques anonymes pendant plus de 2h30 de scènes de la vie quotidienne ; en l’occurrence celle d’un homme qui vient de perdre son travail et qui décide de créer sa propre affaire : un restaurant familial. Épatant, bouleversant, énergique et généreux. Du très grand art en caméra embarqué.
En DVD le 12 septembre, avec des bonus appétissants

Le cinéma vérité d’Abdellatif Kechiche a encore frappé… directement au coeur

Du septième art… artisanal

Clippeur fou et cinéaste décalé, Michel Gondry, né sur grand écran avec la comédie anthropologique et poilue Human Nature, livre avec Soyez sympas, rembobinez un hommage burlesque à l’essence même du cinéma. Servi par un Jack Black aussi sobre qu’un camion et un Mos Def autrement plus attachant, le film utilise un prétexte de départ complètement allumé – un homme au cerveau magnétisé efface toutes les cassettes d’un vidéo-club – pour vanter les vertus du “fait maison” : bien obligés de sauver les meubles, les deux hommes vont réaliser eux-mêmes les films effacés. Et forcément, c’est drôle. Peut-être pas le meilleur Gondry, mais l’un des plus beaux cris d’amour au 7ème art.
En DVD et Blu-ray 24 le septembre en version longue inédite avec des bonus filmés au caméscope

Mos Def et Jack Black en plein remake de Miss Daisy et son Chauffeur

L’orphelinat et ses fantômes

Laura rachète l’orphelinat où elle a grandi, dans l’idée de restaurer la vieille bâtisse et d’en faire un centre d’accueil pour enfants autistes. Elle s’y installe avec son mari et leur fils, Simon. Ce dernier se fait rapidement des amis… imaginaires. D’abord inquiète du comportement de son fils, Laura finit par se laisser convaincre, suite à un horrible incident, que l’orphelinat est peut-être bien hanté.
Véritable phénomène cinématographique de l’année en Espagne, où il a battu tous les records, L’Orphelinat, de Juan Antonio Bayona, est d’une facture trop classique pour être estampillé “film horrifique” et un peu trop angoissant pour n’être qu’une tragédie familiale. Cette constante hésitation entre deux genres constitue un point faible assez dérangeant pour le spectateur. Reste que ce dernier sera pris de court par la fin du film, absolument bouleversante.
En DVD simple, collector et ultime le 30 septembre, avec des bonus spectraux

L’un des occupants de l’Orphelinat. A première vue, il n’a pas l’air commode…

Le rêve américain sous la terre comme au ciel

Après les remarquables Boogie Nights, Magnolia et Punch Drunk Love, Paul Thomas Anderson, artisan du film-chorale, prend ses admirateurs à contre-pied en adaptant le roman Oil! de Upton Sinclair et en se plongeant dans l’Amérique du début du siècle. Symbole du rêve qu’elle incarne, le pétrole y coule à flots. Le prospecteur Daniel Plainview (Daniel Day Lewis), se rend dans un village perdu en Californie pour acheter à bas prix les terres des fermiers. Alors que l’or noir jaillit, Daniel se heurte aux volontés divines du jeune prêtre Eli Sunday (Paul Dano), et à l’explosion de toutes ses valeurs humaines. Deux acteurs incroyables qui rendent fascinant le conflit personnifié entre capitalisme et religion, au service d’un long-métrage qui rend définitive la filiation artistique entre PT Anderson et Stanley Kubrick.
En DVD et Blu-Ray le 3 septembre, avec des bonus à 150 dollars le baril

Daniel Day Lewis, oscar du meilleur acteur pour There will be blood

Du sang et des trémolo

Ambiance mortifère, cannibalisme, rouge qui tache, égorgements sadiques… Le dernier bis à la mode? Pas vraiment. Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, dernier fruit en date de la collaboration Tim Burton/Johnny Depp a même tout de la bluette rose bonbon en dépit d’une colorimétrie au couteau et de quelques scènes à la limite du gore. On attendait beaucoup – trop? – de cette évocation du barbier londonien fou qui assassine ses clients et offre leurs cadavres à sa complice, spécialiste des tourtes à la viande. Le format “comédie musicale” risque de décevoir les adeptes de l’épouvante, potentielles victimes d’une overdose de chansons envahissantes. A la vue de Johnny Depp et Alan Rickman chantant d’une seule voix les louanges de Johaaaaaannaaaa, on a qu’une seule envie : qu’ils la bouclent.
En DVD le 1er septembre avec des bonus tranchants

Johnny Depp et Helena Bonham Carter : bientôt la Star Ac

Le nouveau western

Ce qu’on aime bien avec les frères Coen, c’est qu’ils déçoivent rarement. Hormis le très hollywoodien Ladykillers et le relativement mauvais Intolerable cruelty, la filmographie de ces deux-là ressemble à la carte des vins du Fouquet’s. Autant dire que No country for old men y occupe une place de choix. Un No Man’s Land entre le Texas et le Mexique. Des cadavres, un camion à l’abandon, deux millions de dollars dans une valise, et un quidam qui passe par là… Le début des problèmes pour ce dernier, confronté à un tueur à gages à la psychopathie nonchalante et au verbe terrifiant, sous l’œil impuissant d’un shérif vraiment trop vieux pour ces conneries… Ici, la caractérisation au forceps, l’art de l’ellipse et une direction d’acteurs irréprochable (Josh Brolin, Javier Bardem, Tommy Lee Jones, Woody Harrelson, transcendants) donnent tout son sens au mot “chef d’œuvre”.
En DVD le 9 septembre avec des bonus sauvages

Javier Bardem : à ce stade du film, il a déjà tué 3420 personnes. Et ça n’est pas fini…

Une femme avec une femme

La graine et le mulet lui a fait de l’ombre. Une médiatisation inexistante et une distribution en catimini auront fait le reste. Dans la vie, de Philippe Faucon, n’en est pas pour autant dénué de qualités. Une dame âgée de confession juive, aigrie et coincée sur un fauteuil roulant, se lie d’amitié avec sa garde-malade, musulmane pratiquante. Un discours certes facile, mais assez dépouillé et sincère pour que le spectateur ne se sente jamais floué. Les deux actrices non professionnelles, recrutées par petites annonces, apportent un véritable plus au réalisme du récit.
En DVD le 18 septembre, avec des bonus casher

Ariane Jacquot dans la peau d’une femme juive qui décide de faire un pèlerinage à la Mecque

Prendre un enfant par la main

Avant de faire le beau sur la croisette en mai dernier pour la présentation de Serbis , Brillante Mendoza livrait avec John John un film quasi-documentaire sur le problème de l’adoption aux Philippines. Un regard réaliste dépendant de la caméra à l’épaule et d’une gestion frontale de l’espace, dans un bidonville de Manille. Là, une mère de famille aimante, Thelma, élève ses enfants. John John, le plus jeune, n’est pas le sien. Il lui a été confié par les services sociaux en attendant d’être remis à ses parents adoptifs, de riches Américains. En attendant cette échéance, chaque minute passée avec le petit garçon devient précieuse. Sans misérabilisme et avec beaucoup d’acuité, Brillante Mendoza dénonce le fossé sans fond entre pauvres et nantis, et donne de l’importance à chacune des longueurs de son film.
En DVD le 18 septembre, avec des bonus plein le biberon

John John, enfant ballotté de quartiers pauvres en hôtels de luxe

C’était pas ma guerre!

On pourra dire ce que l’on veut sur Rambo, son personnage caricatural de justicier indestructible, ses scènes de baston improbables, son manichéisme appuyé et ses cascades parfois involontairement drôles. On pourra gloser à loisir sur les séquelles douteuses auxquelles il a donné lieu avec plus ou moins de réussite. On n’oubliera pas pour autant que ce premier volet a largement contribué à la réhabilitation des vétérans du Vietnam au cœur de leur propre pays. Ceux à qui l’Amérique n’avait jamais pardonné la défaite, morts avant l’heure dans une patrie qui ne voulait plus d’eux. A défaut d’être le grand film qu’il prétendait être, Rambo a ce mérite de réussir en quelques lignes de dialogue – les dernières du film, clamées par un étonnant Stallone – ce qu’aucun discours politique n’était parvenu à faire : disculper les soldats yankees revenus du Vietnam en responsables uniques de la débâcle.
La trilogie en coffret ou les trois films séparément, en DVD et Blu-Ray le 23 septembre avec des bonus beuaaar

Rambo, son regard triste, sa veste kaki, son gobelet et ses séquelles de guerre : un indésirable dans l’Amérique qui gagne

C’était pas ma guerre non plus

De guerre au Vietnam, il en est également question avec le film culte de Michael Cimino, Voyage au bout de l’enfer, qui en 1978, choisissait de mettre en images le calvaire vécu par de jeunes soldats américains prisonniers des vietcongs, qui les soumettent à une forme de torture psychologique cauchemardesque : la roulette russe. A sa sortie, le film fit scandale, certains pays l’accusant de prendre trop de libertés avec l’histoire et d’insulter le peuple vietnamien, d’autres le taxant simplement de racisme. De nombreux vétérans affirmèrent que les vietcongs n’avaient jamais eu recours aux procédés dépeints dans le film. Reste que le long-métrage subjugue par son souffle épique, sa photographie, sa direction d’acteurs (Robert De Niro, John Cazale, John Savage, Christopher Walken et Meryl Streep partagent l’affiche) et la tension dramatique qui s’en dégage.
En DVD collector et en Blu-Ray le 23 septembre, avec des bonus dans le barillet

Après son passage dans les geôles vietcongs, Robert De Niro a définitivement arrêté de manger des nems

C’est vraiment pas leur guerre

Le film que les fans de Brian De Palma n’attendaient plus, c’est peut-être bien Redacted. Paradoxalement, c’est aussi celui dans lequel le réalisateur s’efface le plus, au profit de “filmeurs” fictifs dont les images – celles de la guerre en Irak – sont montées ensemble tel un patchwork d’horreurs : ici la vision d’une documentariste française, là les moments volés à une petite poignée de soldats américains par une caméra de surveillance. Là encore des vidéos glanées sur la toile. Autant de supports qui nous forcent à nous questionner sur le pouvoir de l’image médiatisée et sur la manière dont elle oriente nos opinions. En prenant comme principal centre d’intérêt un groupe de soldats s’apprêtant à commettre un crime ignoble – le viol d’une adolescente irakienne et le massacre de sa famille – De Palma ne nous épargne rien, y compris des scènes d’une rare violence, afin de dénoncer l’illégitimité du conflit. Le message passe, même s’il est parfois un peu trop appuyé.
En DVD le 18 septembre avec une tournante de bonus

Après son passage dans les villages irakiens, cet acteur anonyme a définitivement arrêté de voter républicain

Les DVD du mois d’août, c’est par

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Pas de commentaire

    Jeanphi  | 04/09/08 à 19 h 51 min

  • “Le cinéma vérité d’Abdellatif Kechiche a encore frappé… directement au coeur”

  • nempower  | 06/09/08 à 12 h 13 min

  • rien à ajouter…Sab, tu es la meilleure.Ne change rien.Je t’adore…

  • Sab  | 06/09/08 à 20 h 45 min

  • N’en fais trop, quand même…

  • Engy  | 07/09/08 à 18 h 45 min

  • Sacrée sélection pour le mois de septembre, j’approuve ! Et je suis d’accord avec nempower ;)
    Pour “L’Orphelinat”, je trouve habile l’entre-deux genre et la fin plutôt facile, comme quoi…!

  • Sab  | 09/09/08 à 11 h 48 min

  • Je me permets d’intervenir pour dévoiler mon gros coup de coeur perso – même si j’ai parfois du mal à être impartiale dans cette chronique : “There will be blood”. Enorme.

  • bcolo  | 18/09/08 à 11 h 02 min

  • Toujours une très bonne chronique que je lis avec beaucoup de plaisir même si je n’ai pas vu les films. Exercice de style au millimètre, notamment sur les titres (“Le rêve américain sous la terre comme au ciel”) et les bonus, autant de cerises sur le gâteau.

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